Esclavage domestique: Après douze ans d'attente, le procès du bourreau présumé d'une jeune Malienne s'ouvre ce lundi

JUSTICE Une jeune Malienne a été réduite en esclave domestique pendant six ans. La procédure judiciaire, elle, dure depuis près de douze ans…

Helene Sergent

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Le Tribunal de grande instance de Nanterre.

Le Tribunal de grande instance de Nanterre. — DURAND FLORENCE/SIPA

  • La victime, une jeune malienne aujourd’hui âgée de 32 ans, a été exploitée au domicile d’une connaissance de ses parents.
  • La prévenue est poursuivie pour « aide au séjour irrégulier » et « soumission d’une personne vulnérable à des conditions de travail ou d’hébergement indignes ».
  • Son procès s’ouvre ce lundi devant le tribunal correctionnel de Nanterre (Hauts-de-Seine).

Leila* avait treize ans lorsqu’elle est arrivée en France. « On avait promis à son papa, issu d’un milieu très pauvre au Mali une scolarisation pour sa fille », raconte l'avocate de Leila, Juliette Vogel. Mais l’adolescente n’ira jamais au collège. Hébergée par une connaissance familiale installée dans un appartement de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), elle a été réduite à la servitude domestique pendant cinq ans entre 2000 et 2005.

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Deux signalements des voisins

« Elle travaillait jusqu'à 18 heures par jour, n’a jamais été rémunérée et ses papiers d’identité lui ont été confisqués. Elle s’occupait de l’entretien du foyer qui pouvait compter jusqu’à neuf personnes et sortait uniquement pour aller chercher les enfants à l’école ou faire les courses. Elle dormait sur un matelas à même le sol et subissait régulièrement des violences physiques et psychiques », énumère Juliette Vogel. A deux reprises, des voisins font un signalement à la police, en vain. En 2006, elle parvient finalement à fuir grâce aux conseils d’un jeune homme rencontré lors d’un cours d’alphabétisation concédé par sa « logeuse ».

Rapidement épaulée par le Comité contre l’Esclavage Moderne (CCEM), elle dépose plainte le 25 octobre 2006 pour « rétribution inexistante », « soumission d’une personne vulnérable à des conditions de travail et d’hébergement contraires à la dignité́ humaine », « abus de la situation de faiblesse d’un mineur », « aide à l’entrée et au séjour irrégulier d’un étranger » et « travail dissimulé ». Une première étape d’un processus judiciaire qui durera douze ans.

« Ca a laissé des traces »

Douze années d’un combat judiciaire marqué par une ordonnance de non-lieu et deux pourvois en Cassation avant d’aboutir au renvoi de cette affaire devant le tribunal correctionnel de Nanterre (Hauts-de-Seine). Aujourd’hui âgée de 32 ans et mère de deux enfants, Leila attend beaucoup du procès de celle qui l’a exploitée pendant cinq ans. « Cette situation a laissé des traces, au-delà des cicatrices sur son corps », souligne Juliette Vogel.

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Aux côtés de sa cliente depuis le début de l’affaire, l’avocate déplore « les difficultés de la justice à appréhender ces dossiers » : « Ils se déroulent dans un huis-clos et c’est très souvent la parole de l’un contre la parole de l’autre. Mais sur ce sujet-là comme pour l’exploitation sexuelle, il faut une meilleure formation de certains magistrats instructeurs. Ils ont parfois du mal à accepter que cela puisse exister chez nous, en France. Pourtant c’est le cas ».

* Le prénom a été changé