Notre-Dame-des-Landes: Que deviendrait la ZAD si l'aéroport ne se faisait pas?

AEROPORT L'abandon du projet d'aéroport, au profit d'une modernisation de Nantes-Atlantique, fait figure de scénario favori...

Frédéric Brenon avec Julie Urbach

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Manifestation sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes le 21 octobre 2017.
Manifestation sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes le 21 octobre 2017. — L.Venance/AFP
  • Les pro-aéroport n'envisagent rien d'autre, pour l'heure, qu'une évacuation de la ZAD.
  • Les majorité des opposants apprécient l'idée d'une gestion collective des terres dans un but agricole.
  • Les Zadistes non historiques ne prévoient pas de partir, quel que soit le scénario retenu.

Le gouvernement doit rendre une décision définitive concernant le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes « entre le 15 et le 30 janvier ». Mais depuis la publication du rapport des médiateurs, mi-décembre, un scénario semble favori : celui d’un abandon du projet au profit d’un réaménagement de l’actuel aéroport Nantes-Atlantique. Dans cette hypothèse, que deviendrait la ZAD, ce territoire de 1650 ha constitué de 90 lieux habités par 200 à 300 personnes (habitants historiques et opposants illégaux) ?

Du côté des pro-aéroport, personne n’envisage cette perspective, du moins officiellement. « Il faudrait d’abord évacuer tous les radicaux qui ne seraient pas partis d’eux-mêmes, ose tout de même un élu socialiste sous couvert d’anonymat. On ne peut pas continuer avec une zone de non-droit où certains occupent des terrains gratuitement en dépit des lois et droits de propriété. Après, le secteur conserverait j’imagine une dominante agricole. Mais il sera difficile, sur la durée, de résister à la spéculation foncière. »

La plupart des Zadistes ne veulent pas partir

Du côté des opposants au projet, le sujet est, évidemment, mieux accueilli. Tous s’accordent sur le souhait que les propriétaires historiques faisant l’objet d’une procédure d’expulsion puissent rester et recouvrer leurs droits. Même chose pour les agriculteurs en activité. L’attribution et l’usage des autres parcelles font un peu moins consensus.

Un militant en lutte exploitant un terrain sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.
Un militant en lutte exploitant un terrain sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. - L.Venance/AFP

La plupart des militants altermondialistes ayant rejoint la ZAD dans le cadre de « la lutte » ont déjà prévenu qu’ils ne partiraient pas. Ils souhaitent y poursuivre leurs expérimentations agricoles hors cadres, conserver leurs « habitats auto construits » et formes de vies alternatives. Peu d’entre eux semblent prêts à négocier avec les pouvoirs publics. Le député Mathieu Orphelin (LREM), un proche du ministre Nicolas Hulot, propose que les « citoyens non-violents » puissent continuer leurs expérimentations mais seulement dans une « zone définie » et une « relation régularisée ».

Une gestion collective des terres, comme au Larzac ?

Inspirée de ce qui existe sur le plateau du Larzac, l’idée d’une gestion collective des terres préemptées plaît aussi à un grand nombre d’anti-aéroport. « Pour l’Etat, c’est le meilleur moyen de ne pas avoir d’emmerdes », considère Julien Durand, l’une des figures de la lutte. Le collectif d’agriculteurs Copain propose ainsi que la gestion des usages soit confiée à une entité représentative du mouvement. « Nous participons depuis plusieurs mois à sa constitution », avance-t-il.

Mais tous les agriculteurs ne sont pas sur la même lignée. « Cette proposition de type Larzac sort de la mécanique règlementaire », s’agace Jacques Lemaître, le président de la chambre d’agriculture de Loire-Atlantique, qui plaide pour une réallocation des terres via la commission officielle qu'elle anime (en lien avec l'Etat), avec une priorité donnée à l'agrandissement des fermes actuelles. 

« Sur cette zone, beaucoup de gens se sont appropriés le foncier illégalement, sans aucun projet économique, et sans les règles sanitaires qui doivent être respectés par tous », estime Mickaël Huneau, président des Jeunes Agriculteurs 44

Libérer la RD 281

Dans tous les cas, il faudra un « retour de l’ordre public », estiment plusieurs élus écologistes, notamment « libérer la RD 281 », cette route obstruée par des barricades en tous genres depuis 5 ans, qui « doit sans délai retrouver une circulation normale ».

Photo prise le 27 février 2014 d'une route entravée par des objets déposés par les
Photo prise le 27 février 2014 d'une route entravée par des objets déposés par les - Jean-Sebastien Evrard AFP

A noter que dans leur rapport de décembre, les médiateurs nommés par le gouvernement évoquent, en cas d’abandon de Notre-Dame-des-Landes, « un projet global de territoire et une réallocation des terres à exploiter tenant compte des besoins réels des agriculteurs ».

Dans l’attente de la décision gouvernementale, les opposants au projet d’aéroport appellent à un grand rassemblement le 10 février sur la ZAD.