Lyon, le 8 janvier 2018. Les pompiers ont manifesté pour dénoncer les agressions dont ils sont victimes lors de leurs interventions dans certains quartiers sensibles. Lancer le diaporama
Lyon, le 8 janvier 2018. Les pompiers ont manifesté pour dénoncer les agressions dont ils sont victimes lors de leurs interventions dans certains quartiers sensibles. — E. Frisullo / 20 Minutes

VIOLENCES

Lyon: Les pompiers retournent dans la rue pour dénoncer les violences à leur encontre

Des pompiers du Rhône, mais également d'autres départements, ont défilé ce lundi matin dans le centre de Lyon... 

  • Les pompiers entendaient dénoncer une nouvelle fois les agressions dont ils sont victimes dans certains quartiers sensibles.
  • Les manifestants ont demandé aux autorités de tenir leurs engagements faits lors d’une première journée de mobilisation, en novembre dernier.

« Toutes les quatre heures en France, un pompier est agressé en intervention. Nous sommes là pour aider la population, pas pour être pris à partie ». Ce lundi matin, trois cents pompiers du Rhône, mais également de l’Ain, du Nord, de l’Allier ou encore du Val d'Oise, ont de nouveau manifesté dans le centre de Lyon à l’appel de Sud Sdis pour dénoncer les agressions dont ils sont victimes dans certains quartiers sensibles.

Cette action faisait suite à une précédente journée de mobilisation, organisée le 6 novembre entre Rhône et Saône après l’agression d’un équipage de Feyzin qui intervenait sur la commune de Vénissieux. « Nous en avons assez des violences à notre encontre. On tire sur l’ambulance et cette situation est inacceptable. Nous n’avons aucune revendication salariale. Nous sommes en grève car nous faisons notre métier avec passion et que nous ne pouvons pas tolérer d’être reçus, dans certains quartiers, avec des jets de pierre et des crachats », a martelé dans un micro l’un des pompiers, Michel Suau, membre du syndicat Sud.

L’entrée du tribunal envahie

Après un rassemblement à la caserne de la Madeleine, dans le 7e arrondissement de Lyon, les hommes du feu, manifestant symboliquement derrière un cercueil, ont rejoint le palais de justice de Lyon, en changeant délibérément le parcours du défilé à plusieurs reprises. Une situation qui n’a pas manqué d’agacer les forces de l’ordre chargées d’encadrer les manifestants, priés à l’origine de ne pas se rendre au tribunal.

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Après discussion avec les policiers et plusieurs sit-in improvisés sur les voies du tram ou à certains carrefours stratégiques, les grévistes, pétards et fumigènes à la main, ont enfin rejoint le Palais de justice. Là encore, des tensions avec les forces de l’ordre ont éclaté lorsque plusieurs pompiers ont décidé d’envahir l’entrée du tribunal, avant de ressortir quelques instants plus tard pour occuper, dans le calme, la cour extérieure du Palais. Un lieu hautement symbolique pour les grévistes, soucieux de voir leurs plaintes anonymisées en cas de procédure.

Des caméras réclamées pour filmer les interventions à risque

« Aujourd’hui, lorsqu’un pompier volontaire porte plainte après une agression, il n’est pas protégé. Son nom est donné dès le début de la procédure, alors qu’en tant que volontaire, le quartier où il travaille est le même que celui dans lequel il vit. Ce n’est pas possible. Il faut que ces plaintes puissent être anonymes », explique Didier Dupir, secrétaire général de Sud Sdis 69 et pompiers à Lyon.

Pour voir leur sécurité renforcée sur le terrain, les pompiers réclament également la mise à disposition de caméras embarquées lors de leurs interventions. « Aujourd’hui, la législation ne nous y autorise pas. Cela nous permettrait de prouver plus facilement, en cas de violences et de plaintes, les agressions dont nous avons été victimes », ajoute le pompier lyonnais.

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Lyon, le 8 janvier 2018. Les pompiers ont manifesté contre les violences dont ils sont victimes lors d'interventions dans les quartiers sensibles.
Lyon, le 8 janvier 2018. Les pompiers ont manifesté contre les violences dont ils sont victimes lors d'interventions dans les quartiers sensibles. - E. Frisullo / 20 Minutes

 

Depuis novembre, le ministère de l’Intérieur s’est engagé, selon les manifestants, à mener une étude afin d’évaluer de quelle manière faire évoluer la loi et permettre aux pompiers d’être équipés de caméras, au même titre que les policiers. « Mais cela traîne en longueur. Les autorités doivent accélérer », ajoute Didier Dupir.

Depuis leur dernière mobilisation, les inquiétudes des hommes du feu ont toutefois été entendues sur plusieurs points. « Des mesures locales ont été mises en place », indique l’adjudant Rémy Chabbouh, secrétaire général de Sud Sdis 69.

Dépôt de plainte systématique

Une cartographie précise des lieux sensibles a été réalisée, en lien avec les services de police, pour encadrer les interventions des sapeurs pompiers. « Cela permet de graduer les risques encourus sur le terrain. Dans les zones les plus risquées, nous n’intervenons qu’une fois que la zone a été sécurisée et nous sommes accompagnés d’un équipage de police », précise Didier Dupir.

Le dépôt de plainte systématique a également été mis en place. « Dès qu’il y a agression, il y a une plainte, avec le soutien de la direction des sapeurs-pompiers, afin de ne plus laisser les violences impunies », ajoute un gréviste, soucieux toutefois que la réponse judiciaire évolue. « Trop souvent, les plaintes déposées par les pompiers après une agression n’aboutissent pas », déplore un manifestant.

Les pompiers, déterminés à se faire entendre, ont promis ce lundi de nouvelles actions si les autorités venaient à ne pas respecter leurs engagements pour sécuriser leurs missions de secours auprès de la population.