Tempêtes, ouragans: «Les gens qui prennent des risques sont comme des ados en révolte, il est difficile de les raisonner»

INTERVIEW Les événements climatiques extrêmes comme la tempête Eleanor donnent souvent lieu à des comportements à risques…

Propos recueillis par Nicolas Raffin

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Les côtes d'Etretat balayées par les vents de la tempête Eleanor, le 3 janvier 2018.
Les côtes d'Etretat balayées par les vents de la tempête Eleanor, le 3 janvier 2018. — ISABELLE SIMON/SIPA

La tempête Eléanor qui a balayé l’Europe a fait des victimes dans plusieurs pays, dont au moins quatre en France. En Espagne, un couple a été emporté par une vague alors qu’il se trouvait sur une jetée en pleine tempête. Si ces drames sont parfois accidentels, ils peuvent aussi découler d’une trop grande prise de risque. 20Minutes a interrogé le psychanalyste François Duparc, auteur du livre Le Travail du psychanalyste(Ed. Ithaque, 2017).

Par quoi sont motivées les personnes qui prennent des risques ?

Il y a des gens qui érotisent la souffrance et d’autres qui érotisent la peur. Prendre un risque devient une drogue en soi (par le biais des endomorphines), et peut devenir chez certains une vraie addiction. Il peut y avoir aussi une provocation de la loi et des interdits. Dans ces cas, il s’agit de comportements psychopathiques avec des gens qui jouent avec la loi et qui recherchent inconsciemment la punition. L’individu estime qu’il n’a pas été respecté, donc il ne voit pas pourquoi il devrait suivre les règles.

Enfin, la prise de risque peut aussi venir du sentiment de toute puissance, qui vient lutter contre un sentiment d’impuissance et de dépression. Les personnes concernées essayent de montrer qu’ils sont plus forts que tout. C’est un comportement un peu enfantin.

Les médias et les réseaux sociaux peuvent-ils jouer un rôle dans la prise de risques ?

La quête de l’image est l’un des problèmes de la société d’aujourd’hui. Une des pathologies, c’est la consommation et la séduction par l’image. On veut avoir le plus « d’amis » possible, on veut être complimentés pour les photos qu’on fait. Résultat, on se retrouve à prendre des risques. La prise de risques permet de se donner une image qui frappe vite et fort.

L’autre problème, c’est celui de la temporalité. Pour réussir, il faut du temps, les gens ne le savent pas forcément, ils veulent aller vite. Pour eux, le temps d’attente est compliqué. Par exemple en montagne, certains promeneurs ne peuvent pas attendre que les conditions météo soient propices avant de partir. La difficulté d’accepter le temps long, c’est un vrai phénomène de société.

Peut-on raisonner une personne qui prend un risque ?

C’est difficile, et en général et on n’y arrive qu’après un accident. Les gens qui prennent des risques sont comme des ados en révolte, c’est difficile de les raisonner. Pour ceux qui ont l’impression que leur vie n’a pas de sens, le risque vient pallier ce manque. L’accident peut être un avertissement salutaire mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Les gens les plus atteints vont continuer à prendre des risques et à exhiber leur blessure, et c’est un vrai problème.