Nord: La polémique sur le «blackface» s'invite au carnaval de Dunkerque

TRADITION La Nuit des « Noirs » organisée tous les cinq ans à l’occasion du carnaval de Dunkerque déclenche la polémique sur les réseaux sociaux…

Gilles Durand

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Illustration du carnaval de Dunkerque, avec es «Noirs» au premier plan.
Illustration du carnaval de Dunkerque, avec es «Noirs» au premier plan. — M.Libert/20 Minutes
  • Un collectif, la Brigade anti négrophobie, s’en prend à un bal du carnaval de Dunkerque sur les réseaux sociaux.
  • La Nuit des « Noirs » est organisée par des carnavaleux grimés en noir.
  • Le Blackface est une tradition théâtrale américaine visant à se moquer des personnes noires.

D’Antoine Griezmann à Dunkerque, il n’y a qu’un pas. Celui que vient de franchir la « brigade anti-négrophobie » via Facebook. Après avoir fustigé le « blackface » (visage en noir) du joueur de foot en début de semaine, c’est une soirée du carnaval de Dunkerque, la Nuit des « Noirs », qui est visée par la polémique depuis mercredi.

>> A lire aussi : VIDEO. Le « "blackface" révèle un profond oubli des origines racistes de ces spectacles »

Les 50 ans des « Noirs »

L’événement, organisé tous les cinq ans à Leffrincoucke, près de Dunkerque, devait avoir lieu, cette fois, au Kursaal de Dunkerque, le 10 mars 2018, pour célébrer les 50 ans de ce groupe privé dont la tenue carnavalesque est très codifiée : le visage grimé en noir, un collier d’os autour du cou et une jupe de raphia.

Sur son profil Facebook, la brigade prévient : « S’ils veulent que la #NuitDesNoirs aient (sic) lieu dans la sérénité, les organisateurs doivent accepter de se remettre en cause et veiller à ce que la tenue de cet événement soit purgée de toute forme de #NégrophobieFaciale ! »

Héritage colonial

Le blackface est une tradition américaine issue du théâtre et qui avait pour objectif de tourner en ridicule les gens noirs présentés comme paresseux, indolents ou stupides. En France aussi, le théâtre a utilisé ces codes depuis le XVIIIe siècle, mais la connotation sociale est moins marquée qu’aux Etats-Unis.

Pour la brigade anti-négrophobie, il s’agit néanmoins d’un « héritage colonial qui, même s’il n’avoue pas son nom, traduit (in) consciemment un #HumourNoirRaciste ».

La menace qui pèse sur cette soirée est donc prise très au sérieux à la mairie de Dunkerque. « Nous avions envisagé d’adopter le même dispositif de sécurité que pour les bals classiques du carnaval, mais rien n’est acté. Il est possible que la sous-préfecture, au vu de la polémique, exige un renforcement de la sécurité », explique le service communication de la ville.

Et le côté sexiste ?

En attendant, sur les réseaux sociaux, les commentaires et les insultes vont bon train. « On pourrait aussi reprocher au carnaval son côté sexiste, regrette la ville de Dunkerque. C’est dommage d’abolir ainsi cette tradition et cet esprit potache qui consiste à abolir les classes sociales et les races. Au lieu de cela, cette polémique ne fait que monter les gens les uns contre les autres. c’est un beau gâchis. »

« Le malentendu vient que ce maquillage noir ne représente en France qu’un déguisement amusant et festif », explique Peter Wiisbye, étudiant danois de 27 ans qui a travaillé, il y a quelques années, sur le thème du blackface avec, notamment, le groupe des « Noirs » à Dunkerque.

Les membres du groupe n’utilisent jamais le mot nègre

« La controverse qui entoure cette pratique est le contexte historique qui se joue en arrière-plan, note-t-il. En France, on cherche à oublier le passé colonial. Quand j’avais interviewé le chef du groupe de Noirs, il ne m’a jamais évoqué l’histoire esclavagiste du pays comme référence à son maquillage et il tient à ce que les membres du groupe n’utilisent jamais le mot nègre, car il est condescendant ».

Le chef du groupe, Bernard Vandenbroucque, avait d’ailleurs avoué à l’étudiant : « On a choisi le noir car ça donne un visage magnifique ».