Comment éviter que Noël se transforme en énorme prise de tête familiale?

FETES OU DEFAITES La période des fêtes est propice aux conflits familiaux, mais vous n'êtes pas obligés de tomber dans le piège...

Delphine Bancaud

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Un repas de Noël.

Un repas de Noël. — VivienvivO/Pixabay

  • Beaucoup de personnes surinvestissent Noël et attendent trop de leurs proches.
  • Le fait d’anticiper l’organisation de la fête et ses propres réactions peut permettre de mieux vivre les fêtes.
  • Le jour J, il faut savoir garder de la distance par rapport aux provocations des uns et des autres.

Une réflexion malencontreuse sur le plat concocté par votre hôte, une discussion sur un sujet qui fâche, un cadeau qui a déçu votre beau-frère et ça s’est vu… A Noël, les occasions de s’écharper avec sa famille sont multiples.

Au moindre grain de sable, la machine peut s’enrayer. Et les fêtes tournent parfois à l’orage. Ce dont témoignent les lecteurs de 20 Minutes. « Lors d’un Noël, ma belle-mère s’est énervée à cause d’une histoire de plan de table. Elle a fini par se réfugier à la cuisine et a plombé littéralement l’ambiance en laissant ses invités debout qui n’osaient plus s’asseoir ! », raconte ainsi Karine. « Mon beau-père vieil égoïste sans jugeote et sans cœur a décidé de bouder notre fête familiale parce que notre chiot serait présent », s’énerve aussi Laetitia. « Moi je prends particulièrement mal le fait que mon frère m’offre toujours des cadeaux pourris. J’ai vraiment l’impression que je ne compte pas à ses yeux », confie Caroline.

Les vieilles rancœurs ressurgissent

« C’est une des périodes les plus stressantes de l’année. Car il y a une accumulation de pressions : voyages sur les routes enneigées, obligation de dépenser pour des cadeaux que nous n’avons pas toujours le temps de choisir avec notre cœur, retrouvailles forcées, repas trop longs, trop copieux, trop arrosés », observe la psychologue Marion Blique et auteur de J’arrête les relations toxiques*. Et si Noël est une période électrique, c’est aussi que les Français idéalisent beaucoup les fêtes de fin d'année. « On mise beaucoup sur Noël. On a l’impression que c’est une occasion exceptionnelle et l’on s’attend à ce que tout le monde soit content », constate la psycho-sociologue Dominique Picard. « C’est une période difficile car chacun a de grandes attentes de bonheur, de liens familiaux sereins, mais en fait la plupart du temps, nous nous retrouvons déçus. Les guirlandes et les lumières ne suffisent pas à cacher le désert émotionnel et relationnel que nous pouvons rencontrer parfois dans nos familles », renchérit Marion Blique.

Et alors que l’on a rêvé un réveillon du 24 ou un déjeuner du 25 comme des parenthèses enchantées, il suffit parfois d’une petite réflexion d’un proche, d’une discussion sur un sujet qui fâche ou d’une blague un peu méchante, pour que les esprits s’échauffent. « Toutes les dynamiques familiales toxiques sont exacerbées par ce regroupement et toutes les obligations et les attentes qui l’entourent », souligne Marion Blique. « A Noël, nous prenons le parti pris d’être heureux et de ne pas entrer en conflit, à condition que la représentation ne soit pas trop longue. Mais ce n’est pas toujours possible et les choses refoulées ressortent bien souvent sous forme de petites piques. D’autant que l’alcool à un rôle des désinhibiteur », complète Dominique Picard, pycho-sociologue.

Anticiper les conflits en amont pour mieux les contourner

Alors sachant que ces fêtes peuvent tourner au vinaigre, le mieux est tout d’abord de ne pas mettre la barre trop haut, conseille Dominique Picard : « Il faut désinvestir cette fête familiale. Et ne pas en attendre trop, à part de passer un bon moment ». Béatrice Trelaün, médiatrice et auteur de Conflits dans la famille abonde dans son sens : « Il faut relativiser le sens de cette fête par rapport à d’autres événements familiaux et cesser de croire que la famille idéale existe ». Pour éviter les malentendus, les non dits, les reproches, mieux vaut aussi anticiper. « Si on sait que les choses risquent de mal se passer, il faut limiter le temps que l’on passera avec sa famille. Ou faire en sorte que la fête ne soit pas uniquement familiale, en invitant des amis. Car il y est plus difficile de faire des esclandres quand il y a des « personnes étrangères » parmi les convives », recommande Dominique Picard.

« Si l’on reçoit chez soi, il faut aussi se demander en amont ce que l’on est capable de préparer en fonction de l’énergie que l’on a. Et déléguer le reste pour ne pas s’épuiser », ajoute Béatrice Trelaün, « le mieux étant que chacun prenne en charge une partie des tâches de Noël : la décoration, une partie des courses, la cuisine… », poursuit-elle. Et avant d’accepter de partager ce repas en famille, rien n’empêche de « mettre des limites, poser certaines conditions », souffle Marion Blique « On peut indiquer que l’on ne souhaite pas que soient évoqués certains sujets douloureux ou que l’on n’acceptera pas les remarques désagréables… », poursuit-elle. « Il peut être utile aussi de prévoir en amont des activités pendant le temps des retrouvailles familiales : un spectacle joué par les enfants, une balade en forêt, une séquence de chant collective », suggère Béatrice Trelaün.

Ne pas bondir au premier accroc

Le jour J, pour que la fête prenne, il faudra évidemment que chacun des convives fasse preuve de bienveillance, dans les limites du raisonnable, comme le souligne Marion Blique : « Il faut essayer de mettre de l’eau dans son vin et être conciliants sans vous laisser marcher sur les pieds par une mère ou une belle-mère toxique ».

Et si une vanne fuse entre la poire et le dessert, tenter de rester stoïque et détaché le plus possible, conseille Dominique Picard : « Il faut éviter de faire de surenchère et ne pas réagir aux provocations. En n’hésitant pas à s’appuyer sur son conjoint pour y parvenir, car ce dernier a bien souvent un regard plus distancé sur notre propre famille », ajoute-t-elle. Le silence peut s’avérer la meilleure solution. « Si on ne parvient pas à faire dévier la conversation, il ne faut pas hésiter à s’isoler ou à aller respirer pour prendre du recul. Dans ces cas-là, il faut se demander ce qui est important pour soi ce jour-là : la joie des enfants qui ouvrent leurs cadeaux ou les bisbilles familiales ? », interroge Béatrice Trelaün. Une bonne stratégie pour éviter les conversations pesantes peut être aussi de s’activer le plus possible en cuisine ou auprès des enfants… « Et puis il y a des cas où l’on peut accepter les défauts des gens pour une soirée ou un repas, parce qu’avoir une famille est aussi un atout et une force incroyable dans la vie », ajoute Marion Blique. Et si Noël, c’était aussi l’occasion de prendre de la hauteur?

 

*J’arrête les relations toxiques, Marion Blique, Eyrolles, 11,90 euros.

**Les conflits relationnels, Dominique Picard, PUF, 9 euros.

*** Conflits dans la famille, Béatrice Trelaün, Chronique Sociale, 13,80 euros.