Radiographie des agressions sexuelles dans les transports en commun: 60% des victimes sont des Franciliennes

TRANSPORTS Les Franciliennes représentent 60 % des victimes d’atteintes sexuelles dans les transports en commun, selon une étude de l’Observatoire national de la délinquance…

Caroline Politi
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Les Franciliennes sont les premières victimes des atteintes sexuelles dans les transports.
Les Franciliennes sont les premières victimes des atteintes sexuelles dans les transports. — EMARZARI
  • 267.000 personnes ont été victimes d'atteinte sexuelle dans les transports.
  • Les plaintes sont encore très rares.
  • Les Franciliennes représentent 60% des victimes.

Siffler une femme sur le quai du métro ou du RER n’est pas un signe d’attention. Lui toucher les fesses, la poitrine ou tenter de l’embrasser alors qu’elle est plongée dans son livre ou sa partie de Candy Crush n’est pas une technique d’approche. C’est même une agression sexuelle. Tout comme le fait d’exhiber son sexe dans la gare ou un wagon à moitié vide. Des évidences ? Pas pour tout le monde si on se réfère à la dernière étude publiée par l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP).

En 2014 et 2015, 267.000 personnes âgées de 18 à 75 ans ont été victimes d’atteintes sexuelles dans les transports en commun. Précision de taille : ce chiffre - qui s’appuie sur les enquêtes « sécurité et cadre de vie » de l’Insee - est une « fourchette basse » du phénomène. « L’enquête ne prend en compte que la dernière atteinte déclarée. Par exemple, si une femme a été victime d’une atteinte dans le bus puis dans la rue, l’agression dans le bus ne sera pas comptabilisée », explique le directeur de l’observatoire, Christophe Soullez. Dans le détail, 160.000 personnes décrivent des gestes déplacés (notamment des caresses ou baisers forcés), 110.000 des exhibitions sexuelles et 16.000 des attouchements, viols ou tentatives. Voire, pour 44 % des victimes, plusieurs de ces atteintes en même temps.

Femmes, jeunes et franciliennes

Sans grande surprise, les victimes sont pour la grande majorité (85 %) des femmes. Quant aux hommes, ils ont la particularité d’être essentiellement exposés à des exhibitions, sans contact physique. Les Franciliennes sont de loin les plus exposées. Elles représentent 60 % des victimes en métropole. « Cette surexposition s’explique notamment par le fait qu’en Ile-de-France l’utilisation des transports en commun est très développée », précise néanmoins Christophe Soullez.

L’âge des victimes complète ce portrait-robot : jeunes voire très jeunes. 7,6 % des femmes de 18 à 21 ans vivant à Paris et en banlieue ont subi au cours des deux dernières années une atteinte sexuelle dans les transports, soit trois fois plus qu’ailleurs en France. Le risque d’agression reste élevé jusqu’à 35 ans puis diminue de manière très significative. A 45 ans, seules 1 % des Franciliennes assurent avoir subi une atteinte dans les transports.

Les plaintes sont rares

Comme souvent en matière de violences sexuelles, les plaintes sont relativement rares, environ 10 % des faits. « Par lassitude ou résignation, les victimes vont rarement porter plainte, poursuit le directeur de l’observatoire. Certaines se disent que ce n’est pas si grave, d’autres ne veulent pas se lancer dans une procédure longue. »

Néanmoins, les plaintes consignées sur la plateforme Giros de la sous-direction régionale de la PJ de Paris éclairent sur le mode opératoire. La nature des atteintes varie en fonction du contexte. 41 % des agressions ayant lieu sur le quai sont des mains aux fesses. « C’est le cas typique d’un individu qui effectue des attouchements sur les fesses de la victime avant de s’enfuir », précise l’étude. Dans les rames en mouvement, les femmes décrivent, dans 52 % des cas, des agresseurs qui leur caressent la cuisse ou l’entrejambe.

Dans l’immense majorité des cas, l’auteur profite de l’ouverture des portes pour prendre la fuite. « Dans ce cas de figure, ce sont parfois les cris de la victime qui paraissent être à l’origine de cette fuite », précise l’étude. Dans d’autres cas, l’auteur minimise son comportement, assure par exemple qu’il ne l’a pas fait exprès.