VIDEO. Hautes-Alpes: Pieds nus dans la neige, déshydratation, amputation... L'enfer des migrants pour traverser les Alpes

RÉFUGIÉS Tout l'hiver, des associations se sont mobilisées pour aider les migrants qui ont fait face à des conditions extrêmes pour traverser la frontière…

Adrien Max

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Les militants des collectifs lors de la cordée solidaire.
Les militants des collectifs lors de la cordée solidaire. — Sophie LAUTIER / AFP
  • Malgré le froid et la neige, les migrants ont traversé les Alpes tout l'hiver, pour venir en France, au péril de leur vie.
  • Des bénévoles se sont organisés pour leur porter secours dans la montagne où ils sont chassés par la police et les militants de Génération Identitaire. 
  • Beaucoup arrivent avec des gelures, déshydratés, avec le risque de se faire amputer.

Moins 15 degrés, ressenti entre - 20 et - 30 degrés. Ce sont les conditions auxquelles ont du faire face les migrants venus d' Italie vers la France, dans les Hautes-Alpes , cet hiver. Ce week-end, une centaine de militants du groupe Génération Identitaire est venu sur le col de l'Echelle pour matéraliser et « rétablir » la frontière entre la France et l'Italie, à l'aide d'une barrière en plastique. 

Tout l'hiver de nombreuses association se sont mobilisés pour venir en aide aux migrants, dont le passage de la frontière italienne à la France, vers Briançon relevait de l’exploit… ou du suicide. A la différence des militants d'extrêmes droite, dont l'action a été qualifiée de coup de communication par la préfete des Hautes-Alpes, Cécile Bigot-Dekeyzer. Claire Guérin, membre du collectif refuge, chargé de l’accueil d’urgence des migrants, raconte :

« On a été prévenu qu’une personne appelait au secours, on l’a retrouvée à moitié ensevelie sous la neige. Le peloton de gendarmerie en haute montagne (PGHM) est intervenu, il avait perdu ses baskets… »

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Basket en toile et pantalon de jogging

Pour faire face à cette situation extrême, les associations et collectifs ont mis en place des rondes, dont est chargé Alain Mouchet, accompagnateur en montagne à la retraite. « Nous avons une cinquantaine de bénévoles, dont la moitié est des professionnels de la montagne. Chaque nuit, deux équipes se répartissent les cols de l’Echelle et de Montgenèvre, par où les migrants passent, et où il y a de grosse quantité de neige. »

Très mal équipés, souvent de basket en toile, de pantalon de jogging, de chaussettes en guise de gants, ils sont pourtant obligés d’emprunter des chemins de traverse pour éviter la police. Rien ne pourrait les dissuader de prendre de tels risques

« Avec le peu de contact que nous avons avec l’Italie, nous essayons de les dissuader de franchir la frontière. Mais après avoir traversé le désert, la Libye, la Méditerranée et l’Italie, la montagne ne leur fait pas peur »

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Gelures, engelures, déshydratation

A leur arrivée en France, et plus particulièrement dans les alentours de Briançon, ils sont accueillis au « Refuge », un lieu de premier assistance. Magali y gère le suivi médical des migrants. « Nous avons mobilisé tous les professionnels de santé des alentours », explique-t-elle. Les principales blessures sont évidemment liées au froid. « Nous avons de plus en plus de cas de gelures, d’engelures, certains risquent l’amputation, ils arrivent frigorifiés, parfois déshydratés », ajoute Magali.

Le refuge permet aussi de faire un tri parmi les personnes qui requièrent le plus de soin. « Les cas les plus urgents sont envoyés à l’hôpital, sinon on s’occupe des autres. On leur permet de se reposer et de prendre des forces pour continuer leur parcours migratoire car nous savons que Briançon ne peut tous les accueillir », raconte-t-elle, lucide.

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Quand viendra le printemps…

Les cas les plus graves arrivent donc au service de Yann Fillet, chef des urgences et du SMUR de Briançon.

« C’est notre quotidien depuis le printemps dernier mais nous pensions qu’avec l’hiver les traversées seraient stoppées. Il n’en est rien, aujourd’hui [ce mercredi], nous sommes allés en chercher deux. Avec le froid et la neige ils mettent clairement leur vie en danger »

« Le gamin qu’on a récupéré alors qu’il avait marché un quart d’heure pieds nus dans la neige, c’est incroyable. Personne ici n’aurait résisté », ajoute-t-il. Cela ne l’empêche pas de craindre énormément pour leur vie. « J’ai peur qu’il arrive un drame. Il suffit d’une avalanche, que leur téléphone ne passe pas, qu’ils n’aient pas le bon numéro, qu’ils se perdent. On les retrouvera morts, quand la neige aura fondu. »