Sécurité routière: La limitation de vitesse à 80 km/h sur le réseau secondaire, une mesure efficace?

SECURITE ROUTIERE Les automobilistes et les experts de la sécurité routière s’écharpent sur la question…

Delphine Bancaud

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Un panneau à 80 km/h sur la RN57 à Hyet.
Un panneau à 80 km/h sur la RN57 à Hyet. — SEBASTIEN BOZON / AFP
  • Les experts de la sécurité routière estiment que la baisse de la vitesse sur ces routes, entraînera forcément une diminution des accidents mortels.
  • L’association 40 millions d’automobilistes conteste cela et prend le contre exemple du Danemark.
  • La bataille d'arguments des pour et des contre montre que le sujet sera sensible pour le gouvernement s'il décide d'appliquer la mesure...

L’hypothèse d’un abaissement de la vitesse autorisée sur le réseau secondaire de 80 km/h au lieu de 90 km/h semble de plus en plus se confirmer. La Sécurité routière a envoyé aux préfets une note dans laquelle sont détaillés des arguments en faveur de l’abaissement controversé de la vitesse maximale à 80 km/h sur certaines routes secondaires, selon un document publié ce jeudi sur le site moto-net.com.

Edouard Philippe s’était déjà déclaré la semaine dernière favorable à cette mesure et pourrait annoncer en janvier sa mise en œuvre. Mais mardi, l’association 40 millions d’automobilistes et le sénateur Alain Fouché ont lancé une nouvelle contre-offensive.

La question centrale pour chacune des parties est de savoir si cette réduction de la vitesse à 80 km/h sur les routes nationales et départementales bidirectionnelles contribuerait à réduire la mortalité routière. C’est ce que croit le délégué interministériel à la sécurité routière, Emmanuel Barbe : « C’est une donnée scientifique qui a été mesurée par de nombreuses études dans le monde. Si on fait baisser de 10 % la vitesse moyenne, on obtient une baisse de 4,6 % du nombre de morts » a-t-il déclaré  sur franceinfo. 

Le contre-exemple danois selon 40 millions d’automobilistes

Christophe Ramond, directeur des études et recherches à l’association Prévention routière, interrogé par 20 Minutes acquiesce : « La gravité des accidents est dépendante de la vitesse. Si l’on diminue la vitesse autorisée sur le réseau secondaire, les vitesses moyennes constatées vont elles aussi baisser et les chocs entre véhicules seront moins violents ».  Un rapport du Conseil national de la sécurité routière publié en 2013, avait fait la même analyse et avait d’ailleurs chiffré les retombées de la mesure. Il avait assuré que 450 vies seraient sauvées chaque année si cette limitation s’appliquait sur l’ensemble du réseau concerné, et au moins 200 vies seraient épargnées, si elle n’était mise en place que dans les zones les plus dangereuses.

Un avis contesté par le sénateur de la Vienne Alain Fouché. « S’il n’y a plus d’accidents sur les routes départementales et nationales ce n’est pas parce que la vitesse autorisée est trop élevée, mais en raison de l’état des routes qui ne pourra être amélioré tant que l’Etat continuera à ne pas reverser aux départements les dotations qui lui reviennent », a-t-il déclaré ce mardi, lors de sa conférence de presse commune avec 40 millions d’automobilistes. De son côté, l’association a pris comme contre exemple, une expérimentation menée au Danemark où la vitesse sur le réseau secondaire n’a pas été réduite, mais augmentée. Entre 2011 et 2013, la vitesse a ainsi été portée de 80 à 90 km/h sur 100 km du réseau national. Et selon Pierre Chasseray, le délégué général de l’association : « les accidents matériels ou corporels ont baissé de 11 % sur les routes concernées par l’expérimentation et la mortalité a chuté de 13 % sur deux ans. Et ce, notamment parce que les automobilistes en roulant plus vite, ont diminué leurs manœuvres dangereuses de dépassement », a-t-il indiqué, appuyant son discours sur un film.

Une mesure qui serait mal acceptée au début

Un raisonnement un peu court selon Claude Got, expert en sécurité routière : « On ne peut pas en conclure qu’augmenter la vitesse sur le réseau secondaire permet de baisser l’accidentalité routière. Il faut replacer les résultats de cette expérimentation dans le contexte de l’époque. Car entre 2011 et 2013, le nombre de tués sur les routes est passé de 221 à 191. Et cela s’explique par plusieurs facteurs : les progrès des véhicules, l’amélioration des infrastructures et l’évolution des comportements sur la route », affirme-t-il. Un avis partagé par Christophe Ramond : « Le Danemark a effectué un gros travail d’aménagement de ses routes secondaires en installant des glissières de sécurité, en faisant des 2X2 voies, en évitant les carrefours en croix. Ce qui explique en partie la baisse de l’accidentalité, même sur les routes où la vitesse limite a augmenté », indique-t-il.

Une guerre d’arguments qui témoignent du clivage des Français sur cette question de la limitation de vitesse. « Si le gouvernement décide de baisser la vitesse autorisée sur le réseau secondaire, il va être confronté à un problème d’acceptabilité de la mesure par les Français. Comme ce fut le cas lorsque l’on est passé de la limitation de 60km/h en ville à 50. Il faut toujours un temps d’adaptation, mais les choses finissent par se tasser », estime Christophe Ramond. En attendant, l’association 40 millions d’automobilistes ne compte pas désarmer a d’ailleurs lancé une pétition en ligne pour que la vitesse reste limitée à 90km/h.