Sécurité: Les routes françaises sont-elles dangereuses?

ROUTES Alors que le gouvernement réfléchit à de nouvelles ressources pour l'entretien des routes, le Sénat et un rapport pointent les dégradation du patrimoine routier...

Oihana Gabriel
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Les routes françaises sont en train de se dégrader s'inquiètent plusieurs sénateurs et spécialistes car les crédit ne permettent pas leur entretien.
Les routes françaises sont en train de se dégrader s'inquiètent plusieurs sénateurs et spécialistes car les crédit ne permettent pas leur entretien. — AFP
  • La baisse des crédits depuis des années pour les routes françaises a engendré des dégradations.
  • L'Etat a pris la mesure de l'urgence et cherche de nouveaux moyens pour entretenir ses routes.
  • Les nids de poule et autres infiltrations pèsent-ils sur la sécurité des Français?

Le gouvernement serait-il en train de rebrousser chemin ? Alors qu’un article du Parisien avance qu’il serait en train d’étudier l’idée de créer une nouvelle vignette pour financer l’entretien des routes, le ministère des Transports a démenti. Reste un problème : le financement de l’entretien de plus d’un million de kilomètres de routes. 

Car même dans un contexte d’économie, la chasse aux nids-de-poule s’avère nécessaire. Mais le gouvernement se donne encore un peu de temps : il présentera en février ses orientations pour une nouvelle politique de mobilité. Le ministère a-t-il entendu l’alerte sur les dégradations de nos routes ?

Des dégradations plus ou moins visibles

« Quand on n’entretient pas sa toiture pendant cinq ans, au bout d’un moment il pleut dans la maison, ironise Hervé Maurey, sénateur UDI et président de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat. Depuis dix ans, la baisse des crédits pour les routes françaises se traduit par une dégradation tangible. » Un marquage au sol moins visible, des panneaux de signalisation trop usagés, des nids-de-poule, des fissurations, un bitume moins adhérent… Un rapport de ce sénateur souligne par exemple que les couches de surface ont une durée de vie optimale de 8 à 15 ans en fonction du trafic. Or, les crédits actuels permettent un renouvellement tous les 20 à 25 ans en moyenne.

« La route se dégrade sur le long terme, de manière invisible, souligne David Zambon, directeur général de l’Idrrim (Institut des routes, des rues et des infrastructures pour la mobilité). C’est donc difficile de défendre un budget pour son entretien. Et pourtant, les Français doivent se préoccuper de l’avenir de nos routes. Quand ça commence à être tangible, ça peut être structurel et donc cela va coûter plus cher. »

Des moyens en dessous des besoins

Le Sénat vient d'ailleurs de lancer un signal d’alarme. « On ne voudrait pas que ce manque d’entretien ait les mêmes conséquences que la baisse de moyens pour le réseau ferroviaire », tranche Hervé Maurey, sénateur UDI et président de la Commission de l’Aménagement du territoire et du développement durable du Sénat.

 

Le premier rapport de l’Observatoire de la route de novembre 2017 dévoile que les moyens consacrés aux travaux routiers ne sont pas à la hauteur des enjeux. « Les départements ne baissent pas la garde et l’État est en phase de rattrapage mais encore aujourd’hui, il n’y a pas assez de moyens pour empêcher que le réseau se dégrade, regrette David Zambon. Ce rapport donne quelques indicateurs, mais on ne peut pas dire quel est l’état global des routes. » Les études à venir de cet Observatoire de la route, créé en 2016, permettront donc de mesurer les besoins et l’évolution de ce patrimoine.

Pas de lien direct avec la sécurité

Pourtant, l'état des routes ne semble pas si catastrophique. « Par rapport à beaucoup de pays globalement, on a un réseau routier en bon état, nuance le directeur de l’Idrrim. Qui rappelle que cette prise de conscience a été encouragée par un rapport  du World Economic Forum de 2015 qui place la France en 7e position sur la qualité de ses routes… Alors qu’elle était dans le peloton de tête. « Mais c’est une légère variation, nuance le spécialiste. Et il faut distinguer l’évolution du patrimoine routier et la gestion de la sécurité, qui nécessite une analyse fine itinéraire par itinéraire selon les usages, les vitesses pratiquées, la largeur, le trafic… »

Certes, la mortalité routière augmente (légèrement) depuis trois ans : il y a eu 16 morts de plus en 2016 qu’en 2015. Mais les statistiques pointent clairement comme première cause des accidents les comportements des automobilistes : l’alcool étant un facteur pour 28 % des tués sur la route, la vitesse excessive pour 26%. « L’infrastructure pardonne plus ou moins les erreurs de conduite », nuance David Zambon. « Une route mauvaise quand on téléphone, c’est plutôt un facteur aggravant des accidents », renchérit le sénateur.