Mieux vaut avoir un nom français que maghrébin pour louer un logement, selon une étude

DISCRIMINATION Un patronyme à consonance extra-européenne serait un sérieux handicap quand il s’agit de trouver un logement…

20 Minutes avec AFP

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Illustration de l'accès au logement locatif.
Illustration de l'accès au logement locatif. — ALLILI/SIPA
  • Le CNRS a publié ce vendredi un rapport étudiant les candidatures fictives envoyées en réponse à une sélection de 5.000 annonces de location et les retours de ces 25.000 réponses.
  • Selon les chercheurs, il en ressort une discrimination dans l’accès au logement en fonction du patronyme.
  • Ainsi, un candidat ayant un nom d’origine maghrébine aurait moins de chances de décrocher une location qu’un candidat au patronyme d’origine européenne.

C’est une étude qui devrait avoir un impact retentissant. Le CNRS (centre national de la recherche scientifique) a, entre juin et décembre 2016, envoyé cinq candidatures fictives en réponse à une sélection de 5.000 annonces de location, et étudié les retours de ces 25.000 réponses.

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Et il en ressort que les propriétaires privés désireux de louer un logement répondent moins facilement à un candidat portant un nom d’origine maghrébine ou africaine, selon leur rapport publié ce vendredi. Cette discrimination serait particulièrement « importante » dans les villes moyennes expliquent les chercheurs.

Une opération de « testing » à grande échelle encore rare en France

Les candidats fictifs, aux noms évoquant des origines diverses (Petit, Rousseau, Chettouh, Mehdaoui, Sambou, etc.) ont envoyé le même jour et à quelques heures d’intervalle de courts e-mails où apparaissaient leur nom, âge, lieu de résidence et statut professionnel, en réponse aux annonces sélectionnées.

Les résultats font apparaître d'« importantes discriminations selon l’origine » en pénalisant les candidats aux noms et prénoms d’origine « maghrébine » ou « africaine », notent les auteurs de l’étude. En revanche, aucune discrimination n’apparaît en fonction de l’âge ou du lieu de résidence des candidats.

Plus de 25 % de chances en moins pour un « Maghrébin »

En résumé, un candidat « maghrébin » aurait 26,7 % moins de chance de recevoir une réponse positive qu’un candidat présumé d’origine française. Ces discriminations apparaîtraient « très marquées » pour les offres de particuliers mais celles des agences immobilières sont aussi concernées.

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Elles sont en revanche atténuées lorsque le candidat à la location ajoute un « signal de qualité », par exemple en précisant qu’il est fonctionnaire. Sur la base de leurs résultats, les chercheurs du CNRS ont établi un « top 10 » des villes les plus discriminantes. Ainsi, Limoges, Orléans, Amiens, Béthune, Caen, Le Havre, Valenciennes, Avignon, Perpignan et Nancy seraient les plus mauvais élèves de l’Hexagone.

La raison pour laquelle certaines villes sont plus discriminantes reste un mystère

Mais les auteurs de l’étude ne peuvent pour l’heure pas explique pourquoi ces villes sont particulièrement discriminantes, ces agglomérations n’étant guère éloignées des moyennes nationales en termes de pyramide des âges, de niveau de diplômes et de revenus, d’état du marché immobilier ou de nombre d’habitants issus de l’immigration.

Enfin, selon le CNRS, si cette étude ne se limite pour l’instant qu’à « la première marche de l’accès au logement », c’est-à-dire « la prise de rendez-vous avec un loueur », ses « résultats sont suffisamment robustes pour plaider pour des réactions de politique publique ».

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Selon une autre étude publiée ce jeudi par le Défenseur des droits, les personnes discriminées pour l’accès au logement locatif privé en raison de leur handicap, leur couleur de peau ou leur situation familiale renonceraient à faire valoir leurs droits et se tournent vers le logement social.