«Je n'ai jamais dévoilé mon homosexualité au travail»

VOUS TEMOIGNEZ Selon un sondage Ifop, 30% des personnes LGBT sont victimes de discrimination au travail. Des internautes témoignent...

Charlotte Murat

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Le drapeau LGBT.
Le drapeau LGBT. — Andreea Alexandru/AP/SIPA

Selon un sondage Ifop, 30% des personnes LGBT sont victimes de discrimination au travail et beaucoup cachent leur orientation sexuelle pour ne pas en souffrir.

  • Des internautes témoignent.

 Au travail, je n’ai jamais eu le moindre problème sur le fait que je sois gay, puisque personne ne le savait. » Timothée, 25 ans, n’a jamais évoqué son homosexualité avec ses collègues de travail. Ne rien dire pour rester invisible, c’est le choix que font 73 % des LGBT qui évitent de parler de leur vie privée au travail. 14 % d’entre eux feraient même croire qu’ils sont hétérosexuels, selon un sondage Ipsos pour l’association L’Autre Cerclerévélé par franceinfo. Parler ouvertement de sa vie privée, de son compagnon, Vianney a pourtant essayé. Et cela s’est soldé par « des vexations, des remarques, des petites piques qui font que l’ambiance au travail se dégrade. Le plus surprenant, souligne ce dernier, c’est que ce genre de comportement n’a jamais émané de collègues mais toujours de supérieurs hiérarchiques. »

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Lassé des remarques du style « Comment va ta femme ? » ou « De toute façon, ton mari peut bien s’occuper sans toi, ça fonctionne comme ça non ? (sous-entendu : il peut aller s’envoyer en l’air en attendant.) », il a fini par « taper du poing sur la table ». « J’ai dit que ces propos n’avaient rien à faire dans un milieu professionnel. La situation s’est calmée mais je suis devenu méfiant. »

Une robe pour un garçon

Lorsque Vianney a changé d’entreprise, il a décidé de ne plus évoquer sa vie privée. Sans doute avec raison : « Je n’ai plus eu de problème, mais une collègue lesbienne qui était enceinte s’est vu offrir à la naissance une jolie petite robe pour son… garçon. Réponse de l’employeuse : "Oh, comme vous n’arrivez pas à faire la différence…". »

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Si Vianney a appris à ses dépens que les discriminations peuvent avoir la vie dure dans le monde de l’entreprise, Timothée, lui, a préféré la prévention. « Je reste sur l’idée que beaucoup de personnes ne sont pas encore ouvertes à l’homosexualité, et que c’est quelque chose qu’il ne vaut mieux pas dévoiler en criant sur les toits. Pourquoi ? Pour la sécurité de son emploi, peut-être. Et si je tombais sur un chef homophobe ? Et si le directeur l’apprenait ? Et si des collègues avec qui je m’entends bien, qui me donnent envie de venir travailler grâce à leur bonne humeur, étaient homophobes ? Toutes ces questions, je me les pose à chaque fois. » Timothée a travaillé dans une poissonnerie et affirme que les métiers de bouche ne sont pas favorables à un coming out : « ce sont des métiers physiques, avec de forts caractères, un langage souvent cru. Dans la mode, c’est accepté pus facilement. C’est cliché, mais c’est vrai. Mon copain est manager dans une boutique de luxe et il est entouré d’homosexuels. »

Des différences d’un métier à l’autre

Matt fait à peu près le même constat : « Je pense que la difficulté de parler de sa vie privée, pour les hommes gays en tous cas, est beaucoup plus présente dans les milieux masculins. A titre personnel, ça ne me correspond pas du tout. L’ambiance est teintée de blagues grivoises, de sous-entendus douteux et de sexisme. Ayant travaillé par deux fois dans ce genre de milieux -espaces verts d’une mairie et centre technique municipal-, j’ai trouvé à chaque fois le même genre de calendriers sexy placardé sur les casiers, le même genre de coups de sifflet lorsqu’une jolie nana passe dans la rue et les mêmes discussions beaufs et sexistes. Allez dire que vous êtes gay dans ce genre de milieu et vous êtes sûr d’être, au mieux, mis à l’écart du groupe. A contrario, lorsque le groupe de travail est mixte (grandes surfaces, manutention…) ou plutôt féminin (services administratifs), je n’ai jamais eu de soucis pour parler de ma vie privée. »

Alors que faire ? Le silence est-il la bonne solution ? Evidemment que non. Clara affirme que toutes les discriminations qu’elle a subies « se sont réglées aux Prud’hommes. » Est-ce la meilleure solution ? Il faut en tout cas que les mentalités évoluent.