VIDEO. Traque, planques et fusillade... Pourquoi Salah Abdeslam est jugé en Belgique à partir de ce lundi

JUSTICE Le seul survivant des commandos des attentats du 13 novembre est jugé pour « tentative d’assassinat dans un contexte terroriste sur plusieurs policiers » et « port d’armes prohibées dans un contexte terroriste »…

Hélène Sergent

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Les présumés terroristes Salah Abdeslam et Mohamed Abrini ont tous les deux changé de prison;
Les présumés terroristes Salah Abdeslam et Mohamed Abrini ont tous les deux changé de prison; — KENZO TRIBOUILLARD
  • Depuis son interpellation en Belgique le 18 mars 2016, Salah Abdeslam a systématiquement refusé de s’exprimer lors des auditions.
  • Il comparait pour sa participation présumée à la fusillade survenue à Forest dans l’une des « planques » utilisées par la cellule.
  • Trois policiers ont été blessés, l’un des occupants de l’appartement perquisitionné a été tué.

La formule revient comme un mantra dans le dossier d'instruction: «Je fais usage de mon droit de me taire». Muet depuis son interpellation le 18 mars 2016 à Molenbeek, le seul survivant des commandos des attaques terroristes de Paris, Salah Abdeslam acceptera-t-il de briser le silence dans lequel il s'est muré? Ce lundi et pour la première fois, il doit comparaître publiquement devant un tribunal.  Reporté en décembre à la demande de l’avocat de Salah Abdeslam, Sven Mary, le procès doit se tenir jusqu’au vendredi 9 février à Bruxelles. 

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Aux côtés du tunisien Sofien Ayari, le détenu le plus surveillé de France est jugé pour « tentative d’assassinat dans un contexte terroriste sur plusieurs policiers » et « port d’armes prohibées dans un contexte terroriste ». En cause, leur présence lors de la perquisition de l’appartement situé au 60 rue de Dries à Forest, et la fusillade qui a suivi blessant trois policiers belges et français. Tous deux encourent jusqu’à 40 ans de prison selon Luc Hennart, président du tribunal de première instance de Bruxelles.

Quatre heures d’intervention

Le 15 mars 2016, cela fait déjà trois mois que les enquêteurs tentent de remonter la piste du commando terroriste suspecté d’être à l’origine des attentats de Paris et Saint-Denis. La perquisition au 60 rue de Dries s’inscrit alors dans une interminable liste d’opérations policières qui n’ont jusque-là, jamais permis de mettre la main sur l’un des membres du groupe djihadiste. Une intervention presque banale dans cette procédure tentaculaire, qui a pourtant précipité l’arrestation du principal suspect du 13 novembre 2015.

Il aura fallu près de quatre heures aux forces de l’ordre belges et françaises pour prendre possession de l’appartement. « Après plusieurs coups dans la porte, celle-ci finit par céder. Dès son ouverture (…) nous apercevons le canon d’une arme que nous reconnaissons comme étant une kalachnikov (…) la silhouette de l’homme nous fait alors face. Il tient son arme au niveau des hanches, pointe celle-ci dans notre direction, vise et se met immédiatement à tirer », décrivent les policiers dans un procès-verbal consulté par 20 Minutes.

Photo prise le 16 mars 2016 de l'appartement situé au 60 rue de Dries à Forest.
Photo prise le 16 mars 2016 de l'appartement situé au 60 rue de Dries à Forest. - BRUNO FAHY / BELGA / AFP

Au total, trois policiers sont blessés lors des échanges de tirs. L’auteur des coups de feu, Mohamed Belkaïd, un djihadiste d’origine algérienne âgé de 35 ans, est tué. Chargés de sécuriser les alentours de la rue de Dries, les policiers sont alors approchés par un témoin qui assure avoir vu « deux personnes » prendre la fuite « par les toits ». « L’un d’entre eux portait une barbe et une arme longue, le second ne portait pas de barbe et aucune arme n’a été vue en sa possession », détaillent les enquêteurs.

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« Que j’ai honte »

Dans l’appartement la police scientifique identifie, entre autres, l’ADN de Salah Abdeslam sur différents éléments saisis. Trois courriers manuscrits rédigés en français et signés « Abdrahman », du nom choisi par Abdeslam dans le djihad, sont également retrouvés. Dans l’une de ces lettres adressée à sa « petite sœur bien aimé », le prévenu s’offusque de l’hommage rendu par son frère aîné quelques jours après les attentats : « J’ai même vue des bougie allumé à notre balcon en signe de solidarité pour ces koffar alors que des milliers de musulmans on été tué et la y’a pas de réaction, wollah que j’ai honte » [le courrier a été retranscrit tel quel].

Placé sur écoute dès le 15 mars, il sera interpellé trois jours plus tard au côté de Sofien Ayari. Planqués dans la cave d’un immeuble à Molenbeek appartenant à la mère d’un cousin éloigné d’Abdeslam, les deux fuyards tenteront une dernière fois d’échapper aux policiers. En vain, Salah Abdeslam sera blessé à la jambe lors de son arrestation. Incarcéré depuis le 27 avril 2016 à Fleury-Mérogis, il a systématiquement refusé de répondre aux questions des juges d’instruction français. S’il s’est dit prêt à comparaître devant la justice belge, rien ne dit qu’il apportera les premières réponses tant attendues par les parties civiles.