Affaire des «massages de pieds»: Au procès de Georges Tron, c’est parole contre parole

PROCÈS La policière qui a mené l’enquête sur les accusations de viols visant Georges Tron a dû se justifier quasiment toute la journée de mercredi, devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis…

Vincent Vantighem

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Georges Tron lors de son arrivée à la cour d'assises de Seine-Saint-Denis où il est jugé pour viols.
Georges Tron lors de son arrivée à la cour d'assises de Seine-Saint-Denis où il est jugé pour viols. — JACQUES DEMARTHON / AFP
  • Georges Tron et une de ses anciennes adjointes sont jugés pour viols.
  • Ils auraient abusé de deux employées de la mairie de Draveil (Essonne).
  • Ils nient les faits qui leur sont reprochés.
  • La policière qui a enquêté a été passée sur le gril, mercredi.

A Bobigny,

En arrivant, à 9 heures mercredi, Patricia Pendariès a précisé qu’elle avait un « programme chargé ». Mais qu’elle se tenait « évidemment » à disposition de la cour d’assises de Seine-Saint-Denis qui juge, depuis mardi, Georges Tron et son ancienne adjointe Brigitte Gruel pour des faits de viols. La cour a retenu la deuxième partie de sa phrase. Et la directrice d’enquête de la police judiciaire de Versailles (Yvelines) a pu finalement quitter les lieux, peu avant 20 heures.

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Toute la journée quasiment, elle a dû justifier l’enquête qu’elle a menée, en mai 2011, après le dépôt de deux plaintes visant l’ancien secrétaire d’État du gouvernement Fillon II. Des plaintes déposées dix-huit mois après les faits dénoncés : des pénétrations digitales commises après un massage de pieds dans la mairie de Draveil. Il n’y a donc pas d’analyse ADN. Pas d’éléments matériels. Il n’y a que des témoins à charge ou à décharge. Plus de 130 ont été entendus. « Un malstrom », selon Eric Dupond-Moretti, avocat de Georges Tron, dans lequel l’enquêtrice s’est empêtrée.

Le témoignage non vérifié d’une ancienne journaliste

« Vous dites que votre enquête démontre ! Mais vous ne démontrez rien », l’a-t-il vivement attaqué. Illustration avec le témoignage de Delphine. B. Ancienne journaliste à Paris Match, elle est venue à la barre raconter comment Georges Tron lui avait attrapé le pied, un jour de 2002, alors qu’il la ramenait en voiture à l’Assemblée nationale après un déjeuner. La policière n’a pas vérifié que l’élu avait une « petite voiture blanche », n’a pas questionné les restaurants autour de l’Assemblée, pas plus qu’elle n’a cherché « le collègue » à qui la journaliste s’est confiée après les faits.

Mais Patricia Pendariès maintient que son enquête a été « exemplaire » au vu « des circonstances ». Des « boules puantes », même selon les propos de l’avocat général. Il y a notamment ces témoins à décharge qui ont, tous, envoyé des attestations de soutien à Georges Tron comportant « d’étranges similitudes », à commencer par les enveloppes qui les abritaient. Comme s’ils étaient téléguidés. Ou encore cet homme qui a tenté de monnayer un enregistrement clandestin prétendument désastreux pour l’une des plaignantes.

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Une dizaine de femmes décrivent le même rituel

Au beau milieu de tout ça, la policière s’est donc concentrée sur les témoignages. Notamment ceux des plaignantes. Mais ils sont fragiles. Les deux femmes se sont trompées dans les dates, ont menti sur certains points, ont omis certaines informations. Mais, en même temps, le « rituel » au cours duquel Georges Tron les aurait violées ressemble beaucoup à celui qu’une dizaine d’autres femmes ont décrit aux enquêteurs.

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Cette somme de témoignages ne fera jamais une preuve. Ni de culpabilité, ni d’innocence. Il reste donc une grosse semaine aux jurés pour choisir quelle version de l’histoire ils vont croire pour se forger leur intime conviction. Georges Tron et Brigitte Gruel encourent une peine de vingt ans de réclusion criminelle.