Marseille: Les questions que pose la fermeture de la mosquée salafiste

ISLAM L'imam de cette mosquée est un salafiste connu et influent...  

Mathilde Ceilles
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Illustration de musulmans en train de prier (archives).
Illustration de musulmans en train de prier (archives). — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • Une mosquée boulevard National a été fermée à Marseille.
  • La mosquée accueillerait 400 fidèles, ce serait l’une des plus fréquentées de la ville.

L’arrêté a été publié ce lundi. Quatre pages au cours desquelles le préfet de police des Bouches-du-Rhône Olivier de Mazières justifie la fermeture de la mosquée marseillaise As Sounna, une première à Marseille cette année, survenue quelques semaines après une décision similaire pour une mosquée d’Aix-en-Provence.

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Où est cette mosquée ? Cette mosquée est située au 351 et 353 boulevard National dans le IIIe arrondissement de Marseille, tout proche de l’arrêt de métro National. C’est l’une des plus fréquentées de la ville : selon un article de La Provence publiée en 2015, elle accueillerait jusqu’à 400 fidèles. Elle est de mouvance salafiste, ce qui veut dire qu’elle défend un retour à l’Islam d’origine. On estime en France qu’il y a 15.000 personnes appartenant au salafisme, dont une majorité se réclamant de la mouvance quiétiste. Ce courant fondamentaliste rejette la violence armée, contrairement au salafisme djihadiste qui la promeut.

Qui est l’imam ? « Président de l’association des musulmans du boulevard national » selon l’arrêté préfectoral, El Hadi Doudi est également connu sous le nom d’Abdel-Hadi Doudi, également Cheikh Abdelhadi. Agé d’une soixantaine d’années, il est arrivé en France en 1981 et aurait officié en tant qu’imam dans des mosquées des Bouches-du-Rhône. « C’est un salafiste quiétiste, un des principaux référents du salafisme en France, un des plus influents aussi », analyse Romain Caillet, chercheur et consultant spécialiste de la mouvance djihadiste, auteur notamment de Le combat vous a été prescrit. Une histoire du jihad en France, avec Pierre Puchot aux éditions Stock.

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« Il a la réputation de prôner un islam ultraorthodoxe, mais en s’abstenant de systématiquement de parler de politique, et très critique envers le djihad », abonde Samir Amghar, sociologue à l’université libre de Bruxelles spécialiste du salafisme. L’imam influent et connu avait ainsi cosigné un courrier adressé à l’Elysée dans lequel quinze prédicateurs salafistes affirmaient être aux côtés de l’Etat dans la lutte antiterroriste, et n’ayant aucun lien avec Daech, Al-Qaida ou Boko Haram.

Que lui est-il reproché ? Or, dans l’arrêté préfectoral, les autorités pointent du doigt des prêches qui « légitiment le djihad armé » et des « messages de haine et de violence ». Toujours selon le préfet de police, cet imam avait « pour ambition de faire de la mosquée As Sounna le plus grand lieu de culte musulman en effectuant des acquisitions immobilières, facilitées financièrement par une association salafiste niçoise », appelant pour ce faire ses fidèles au don. La préfecture affirme même qu’il était prêt à accepter de « l’argent sale » selon ce même arrêté.

La fermeture a été ordonnée dans le cadre des nouveaux attributs du préfet prévu dans la nouvelle loi antiterroriste, dans un but de « prévention du terrorisme et du radicalisme », précise la préfecture de police. Dans l’arrêté préfectoral, la préfecture affirme que « la teneur de ces prêches, depuis plusieurs années, a conduit plusieurs fidèles de la mosquée à rejoindre la zone irako-syrienne ».

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Est-ce une fermeture définitive ? Non, cette fermeture, inédite à Marseille, est provisoire, pour une durée de six mois. Pour rappel, depuis la fin de l’état d’urgence en France, début novembre, deux mosquées, qui avaient déjà été frappées d’interdiction ont été fermées, et trois autres n’ont pas rouvert, selon des chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur. Cette fermeture d’une des plus importantes mosquées marseillaises intervient dans un contexte de pénurie de lieux de prière pour les musulmans de la cité phocéenne. On estime qu’un quart de la population marseillaise est de confession musulman, pour environ 70 lieux de culte.

Cela peut-il être efficace ? « On a attendu longtemps cette décision », témoignait mardi à l’AFP le vice-président du Conseil représentatif du culte musulman (CRCM) en région Paca, Abderrahmane Ghoul. L’imam El Hadi Doudi est « le chef spirituel d’une tendance qui appelle à la haine et à la violence », martèle-t-il. « On l’a averti, on a essayé de le convaincre, mais malheureusement il n’écoute pas ». Toutefois, cette fermeture d’une mosquée en raison des prêches d’un imam connu, et se présentant comme quiétiste, interpelle. « On connaissait l’individu, ce n’est pas un obscur imam de banlieue, analyse Samir Amghar. S’il y a eu des départs, pourquoi attendre aussi longtemps avant de prendre une décision ? »

Et d’ajouter : « Il n’y a plus de départ à ma connaissance. Le filtrage est énorme : si quelqu’un manifeste aujourd’hui le désir de partir, il est rapidement arrêté. » Certaines sources évoquent même une décision purement politique, sans que l’on puisse l’affirmer avec certitude. En effet, sollicité, le préfet de police a refusé de commenter sa décision, appelant à se référer à l’arrêté.