Justice: Jean-Marie Le Pen restera-t-il président d’honneur du Front national?

JUSTICE Le Front national fait appel de la décision de justice qui a conforté Jean-Marie Le Pen comme président d’honneur du parti...

Anne-Laëtitia Béraud

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Jean-Marie Le Pen, président d'honneur du Front national, le 20 juillet 2017 à Nanterre devant le siège du FN
Jean-Marie Le Pen, président d'honneur du Front national, le 20 juillet 2017 à Nanterre devant le siège du FN — YANN BOHAC/SIPA
  • Un nouveau chapitre judiciaire entre le Front national (FN) et Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du parti, s’est ouvert ce lundi.
  • Le FN a fait appel de la décision rendue en novembre 2016 par le tribunal de grande instance de Nanterre qui a confirmé l’exclusion de Jean-Marie Le Pen du FN, tout en lui laissant la présidence d’honneur du mouvement. 
  • La décision de la cour d'appel de Versailles sera rendue le 9 février.

Un nouveau chapitre judiciaire entre le Front national (FN) et Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du parti, s’est ouvert ce lundi. Le FN a fait appel de la décision rendue en novembre 2016 par le tribunal de grande instance de Nanterre qui confirmait l’exclusion de Jean-Marie Le Pen du FN, tout en lui laissant la présidence d’honneur du mouvement cofondé en 1972. Une décision « aberrante », avait alors jugé Marine Le Pen, présidente du FN.

Direction donc la cour d’appel de Versailles ce lundi matin, pour les plaidoiries des avocats des deux parties. Au premier rang de la petite salle d’audience, figurait le « menhir », 89 ans, immobile devant les discours virevoltants des avocats. Georges Sauveur, avocat du FN, a commencé sa plaidoirie en évoquant la « logique juridique » et en usant d’une analogie : « L’exclusion d’une personne de son domicile est prononcée. En dépit de cette décision, la personne est maintenue par la juridiction dans ce domicile. Cela n’existe nulle part en droit. » Selon l’avocat, si la justice a validé l’exclusion du parti, elle devrait donc ôter la présidence d’honneur à Jean-Marie Le Pen, puisque « le contrat entre les deux parties a été résilié ».

« Quand on a été condamné, que l’on est repris de justice, l’honneur eut été de rester taisant »

Jean-Marie Le Pen, agirait en outre comme « un opposant politique » : « La réalité est qu’il [Jean-Marie Le Pen] ne veut pas être réintégré, il veut faire parler de lui. Reste le bruit médiatique » contre la formation politique considérée comme « la plus diabolique » du pays, assène l’avocat. « Quand on a été condamné, que l’on est repris de justice, l’honneur eut été de rester taisant », tranche Me Georges Sauveur, qui assimile Jean-Marie Le Pen à un « clown » ou « Christophe Rocancourt, dépeint comme l’escroc des stars ».

Des termes qualifiés de « déballage d’insanités » par Me Frédéric Joachim, avocat de Jean-Marie Le Pen. Le presque nonagénaire, assis au premier rang au côté de son conseiller Lorrain de Saint-Affrique, tapote sa chaise puis redevient immobile. « Comme il y a des Etats voyous, il y a des partis voyous, et le FN est devenu un parti voyou», juge-t-il. La raison ? « Un parti qui se fait justice lui-même, qui fait fi des décisions qui ont été rendues par la justice », argue l’avocat. Car selon lui, puisque la justice a validé la présidence d’honneur du FN à Jean-Marie Le Pen, ce dernier devrait jouir de tous les droits liés à cette présidence d’honneur, notamment la participation aux bureaux politiques du FN. « Nous n’avons jamais été convoqués à la moindre réunion. C’est par la presse que nous apprenons qu’il y a un bureau politique qui se tient en ce moment même, et auquel Jean-Marie Le Pen n’a pas été convoqué », pose Me Frédéric Joachim.

« Assassinat politique »

Pour ce dernier, « le FN n’a pas le pouvoir de supprimer la présidence d’honneur qui est un lien avec les adhérents ». Cette présidence d’honneur est aussi considérée comme une « présidence viagère », c’est-à-dire jusqu’à la mort de Jean-Marie Le Pen. Et si une exclusion devait être prononcée, « encore faut-il qu’elle soit prononcée régulièrement, conformément aux statuts, qu’elle soit prononcée pour de justes motifs, et non pas simplement pour un règlement de comptes et un assassinat politique », a estimé l’avocat.

Au sortir de la salle d'audience, Jean-Marie Le Pen a espéré bénéficier d'«une décision satisfaisante». «Chaque fois que nous avons plaidé contre le Front national, nous avons gagné», a-t-il ajouté. 

La décision du tribunal sera rendue le 9 février. Elle pourrait clore, ou non, le long chapitre judiciaire qui oppose Jean-Marie Le Pen et le FN. Le parti avait suspendu puis exclu son ancien chef en 2015, notamment pour ses propos sur les chambres à gaz, pour lesquels il avait déjà été condamné, ou encore sur le maréchal Pétain.