L'ex-PDG de Lafarge mis en examen pour avoir financé Daesh en Syrie

JUSTICE Bruno Lafont est le dernier en date inculpé dans l'affaire d'un pacte conclu avec l'organisation djihadiste et la filiale syrienne de cimentier franco-suisse...

20 Minutes avec AFP

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L'ancien PDG de Lafarge, Bruno Lafont, en 2014.
L'ancien PDG de Lafarge, Bruno Lafont, en 2014. — FRANCK FIFE

La direction française de Lafarge pouvait-elle ignorer le pacte conclu par sa filiale syrienne avec Daesh ? L’ex-PDG Bruno Lafont et un autre dirigeant ont été mis en examen vendredi pour « financement d’une entreprise terroriste », tout comme l’ex-directeur général Eric Olsen jeudi, une première pour de grands patrons français.

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Bruno Lafont, PDG du cimentier Lafarge de 2007 à 2015, et Christian Herrault, ex-directeur général adjoint chargé notamment de la Syrie, ont également été mis en examen pour « mise en danger de la vie d’autrui », a-t-on appris de source judiciaire. Ils ont été placés sous contrôle judiciaire et devront s’acquitter d’une caution, a ajouté cette source, sans en préciser le montant. Les deux dirigeants avaient été placés en garde à vue mercredi dans les locaux du Service national de douane judiciaire (SNDJ) avec Eric Olsen.

Accord avec Daesh pour faire tourner une usine

L’affaire est hors norme : la filiale syrienne (Lafarge Cement Syria, LCS) de la société est mise en cause pour avoir pactisé avec Daesh entre novembre 2013 et septembre 2014 afin de maintenir son usine de Jalabiya (nord du pays) dans une zone de conflit tenue notamment par l’organisation djihadiste.

Elle lui a fait remettre, via un intermédiaire, plus de 500.000 dollars et lui a acheté des matières premières, dont du pétrole, en violation d’un embargo de l’Union européenne, selon un rapport rédigé à la demande de LafargeHolcim par le cabinet américain Baker McKenzie. Les enquêteurs tentent de déterminer si la direction à Paris était au courant de tels agissements. Les contradictions entre les trois responsables sont nombreuses.

« Economie de racket »

Christian Herrault, qui a reconnu début 2017 que le groupe avait été victime d’une « économie de racket », a de nouveau assuré en garde à vue, puis devant les juges vendredi, « avoir régulièrement informé Bruno Lafont de la situation », a relaté une source proche du dossier à l’AFP.

Des organisations non gouvernementales, dont Sherpa, partie civile dans ce dossier, souhaitent aussi que les investigations fassent la lumière sur ce que savaient les autorités françaises de l’époque sur les activités de Lafarge en Syrie.