Nantes: Les «amiantés du Tripode» dénoncent des décès «dissimulés»

SANTE Une intersyndicale d'anciens salariés de cette tour, détruite en 2005, redemande le classement en site amianté...

J.U. avec AFP

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Le Tripode a été démoli en 2005
Le Tripode a été démoli en 2005 — F. Perry/ AFP
  • Les «amiantés du Tripode» rapportent que près de 60 agents, dont ils avaient perdu la trace, sont en fait décédés.
  • Un nouvel argument pour demander le classement en site amianté de cette tour, refusé par l'ex-Premier ministre en mars dernier.

Alors que le dossier est toujours dans les mains de l'Inspection générale des affaires sociales, les ex-salariés du Tripode de Nantes, eux, réaffirment leur demande d'un «classement immédiat en site amianté» et dénoncent des décès «dissimulés».

Selon une intersyndicale d'ex-fonctionnaires, les dégâts causé par l'amiante sur la santé sont encore supérieurs à ce qui avait été évalué. En effet, près de soixante agents de l'État ayant travaillé dans la tour , «perdus de vue» depuis que le bâtiment bourré d'amiante a été rasé en 2005, sont «bien morts», expliquent les syndicats.

Espérance de vie réduite

«Depuis un an, on n'arrive pas à savoir si 146 agents «perdus de vue» sont bien morts ou vivants, même si une étude de mortalité les présume vivants. Or, on vient d'apprendre que 59 d'entre eux sont morts et une vingtaine sont toujours «disparus»», a expliqué Francis Judas, membre de l'intersyndicale CGT-CFDT-FO-Solidaires-Unsa des «amiantés du Tripode».

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S'il est difficile d'évaluer le lien entre l'exposition à l'amiante et ces décès, les résultats (dévoilés l'an dernier) d'une étude réalisée par le bureau d’études indépendant Sepia-santé avaient été qualifiés d'alarmants. Ils montraient que les agents ayant travaillé dans ce bâtiment administratif de l’île de Nantes entre 1972 et 1993 mourraient en moyenne six ans plus que tôt que les salariés d’un service comparable (en l’occurrence les Impôts).

Le classement refusé en mars

«Ces 60 morts supplémentaires nous ont été dissimulées», a accusé Francis Judas. «C'est plus que le nombre total de morts comptabilisées dans l'étude de mortalité, qui était de 55 décès entre 2007 et 2012, et qui a motivé le refus du classement du Tripode en site amianté.»

En mars, l'ex-Premier ministre Bernard Cazeneuve avait refusé «en l'état» de classer en site amianté l'ancienne tour de dix-huit étages, qui a vu défiler pendant vingt ans 1.800 fonctionnaires, issus de l'Insee, du Trésor public, du ministère des Affaires étrangères et d'un restaurant inter-administratif.

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Il avait expliqué que la législation actuelle ne permettait pas un tel classement, mais qu'elle pourrait être modifiée «s'il s'avérait que l'exposition constatée était d'un niveau exceptionnel pour un bâtiment administratif». Bernard Cazeneuve avait donc mandaté l'Inspection générale des affaires sociales (Igas)dont les conclusions doivent être rendues fin janvier

Départ en pré-retraite amiante

«On renouvelle donc notre demande d'un classement immédiat du site», a indiqué Francis Judas, au vu des nouveaux éléments. Ce classement permettrait aux 20% d'agents encore actifs -soit moins de 400 personnes- de bénéficier d'un départ en pré-retraite amiante.

Interdit depuis 1997, l'amiante serait responsable chaque année de plus de 3.000 décès. Selon les autorités sanitaires, ce matériau isolant pourrait provoquer jusqu'à 100.000 décès d'ici à 2025, les maladies pouvant survenir jusqu'à 40 ans après l'exposition.