Bac: Pourquoi les premières pistes de réforme font-elles débat?

EDUCATION Le gouvernement planche sur une réforme de l'examen du bac pour 2021...

Delphine Bancaud

— 

Lors d'une épreuve du bac le 15 juin 2017 au lycée Fustel de Coulanges à Strasbourg,
Lors d'une épreuve du bac le 15 juin 2017 au lycée Fustel de Coulanges à Strasbourg, — FREDERICK FLORIN / AFP
  • L’idée d’un bac à la carte ne fait pas l’unanimité.
  • Le développement du contrôle continu laisse craindre à certains une inégalité de traitement entre les candidats.
  • Le grand oral interdisciplinaire serait discriminant pour certains élèves, selon le Snes.

C’est un monument national qui va bientôt être rénové. Le ministre de l’Education a démarré il y a deux semaines les consultations avec tous les acteurs de la communauté éducative en vue d’une réforme en profondeur du baccalauréat. Fin janvier, Pierre Mathiot, chargé de la concertation, remettra son rapport au ministre. Un texte qui donnera lieu à une phase de concertation avec les syndicats. Et ce n’est qu’en mai que le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, dévoilera les contours du nouvel examen que passeront les lycéens en 2021.

Mais certaines pistes de la réforme commencent déjà à émerger et ont été commentées ce jeudi par le Snes, premier syndicat d’enseignants du second degré. 20 Minutes vous explique pourquoi elles sont loin de faire l’unanimité.

Les filières L, S et ES pourraient disparaître au profit d’un bac modulaire

La réforme du bac s’accompagnera forcément d’une réforme du lycée. La disparition des filières littéraire (L), scientifique (S) et économique et sociale (ES) « est une option parmi bien d’autres », a précisé récemment Jean-Michel Blanquer. Car il y existe un déséquilibre entre les filières du bac général aujourd’hui, le bac S étant le plus prestigieux, au détriment des autres sections. D’où l’idée étudiée actuellement de supprimer les filières L, S et ES en les remplaçant par un bac modulaire dans lequel le lycéen choisirait des majeures et des mineures. L’élève pourrait ainsi opter pour une spécialité « maths-physique » ou « langues histoire-géographie », par exemple.

Ce bac à la carte, inspiré du modèle anglais, permettrait une spécialisation des lycéens, ce qui devrait faciliter leur orientation dans le supérieur. « Ce serait un moyen de rendre cohérent la nouvelle procédure d’entrée dans le supérieur, Parcoursup, qui va dans le sens d’une plus grande personnalisation des parcours », estime Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa. Et ce bac modulaire séduirait 75 % des parents d’élèves selon un sondage BVA*. Une idée qui rebute pourtant le Snes : « Ce système risque d’aggraver les déterminismes sociaux et de genre. Car les filles risquent par exemple, de choisir des modules littéraires et non scientifiques », estime Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes.

L’examen pourrait comporter quatre épreuves finales

Cette idée avait été avancée dans le programme électoral d’Emmanuel Macron. Le nouveau bac pourrait compter deux épreuves passées en juin (un écrit de philosophie et un oral interdisciplinaire) et deux épreuves organisées au printemps (relatives aux dominantes choisies).

Le reste des notes serait obtenu au cours de la scolarité, via notamment des partiels semestriels. Une idée qui fâche le Snes craignant que le contrôle continu ne garantisse pas une égalité de traitement de tous les élèves, « car les lycéens ne seront pas notés de la manière s’ils sont dans un lycée favorisé ou dans un lycée en difficulté », estime Frédérique Rolet.

Par ailleurs, ce système raviverait la concurrence entre les disciplines, car certaines ne seront plus passées par les bacheliers en épreuves terminales. Selon une enquête du Snes**, 64,3 % des profs de secondaire seraient d’ailleurs contre l’idée de réduire à quatre le nombre d’épreuves terminales.

Certains syndicats d’enseignants sont cependant favorables à la mesure, comme le Se-Unsa : « La diminution des épreuves est intéressante car on a besoin d’alléger le bac qui prend trop de volume dans les établissements. Par ailleurs, nous souhaitons un bac qui nous renseigne davantage sur les acquis de l’élèves. Car aujourd’hui, avec le jeu des moyennes et des options, un élève stratège peut décrocher son bac S sans avoir les compétences suffisantes en maths, par exemple », indique Stéphane Crochet. Mais ce dernier insiste sur le fait que les sujets de partiels « devront être puisés dans une banque de sujets nationaux et qu’il faudra édicter une grille de correction nationale pour permettre d’objectiver les notes ».

L’une des épreuves finales pourrait être un grand oral interdisciplinaire

Ce dernier serait inspiré du colloquio italien. Une bonne idée, selon Stéphane Crochet : « cet oral permettrait à l’élève de présenter un projet interdisciplinaire. Et la préparation de cette épreuve le préparera à ce qui lui sera demandé ensuite dans l’enseignement supérieur ». Mais Claire Gueville, secrétaire national du Snes, s’inscrit contre cette nouveauté : « Cet oral serait discriminant socialement. Car il favoriserait les élèves disposant d’un capital culturel leur permettant de mettre en rapport les savoirs entre eux »

Certaines épreuves pourraient avoir lieu autour des vacances de Pâques

Le bac dans sa version actuelle est accusé de priver les élèves de seconde et de terminale d’une partie des cours de fin d’année. Pour reconquérir le mois de juin, deux des quatre épreuves du nouveau bac pourraient avoir lieu aux alentours des vacances de Pâques. Ce qui pourrait permettre aux établissements du supérieur de prendre en compte les notes obtenues par le lycéen dans leur procédure d’admission. Mais selon certains profs, ces épreuves se dérouleraient trop tôt et ne permettraient pas aux élèves de progresser autant qu’ils le pourraient dans certaines matières, faute de temps. Difficile décidément de satisfaire tout le monde avec cette réforme.