Résidence alternée: Quelles sont les conditions pour que ça marche?

FAMILLE L’Assemblée nationale doit débattre ce jeudi d’une proposition de loi qui pose la résidence alternée comme principe de base en cas de séparation des parents…

Delphine Bancaud

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Illustration parents et enfants.
Illustration parents et enfants. — GILE MICHEL/SIPA
  • Pour réussir la garde alternée, les parents doivent être capables de mettre leurs conflits de côté pour privilégier le bien-être de l'enfant.
  • Ils doivent habiter à proximité l'un de l'autre.
  • Il est nécessaire de déterminer le rythme le plus adapté à l'âge de l'enfant.

Et si la résidence alternée devenait la norme ? L’Assemblée nationale doit débattre ce jeudi d’une  proposition de loi du Modem qui pose la résidence alternée comme principe de base en cas de séparation des parents. Car à l’heure actuelle, seul un enfant de couple divorcé sur cinq vit à la fois chez son père et chez sa mère. 20 Minutes a interrogé plusieurs spécialistes afin de déterminer quelles étaient les conditions à respecter pour que ce mode de garde se passe le mieux possible.

Un minimum d’entente entre les deux parents

« L’enfant ne doit pas être l’otage des conflits parentaux », pose d’emblée Chantal Zaouche Gaudron, professeure en psychologie de l’enfant à l’université Toulouse 2-Jean Jaurès. « La première condition de la résidence alternée est donc que les adultes fassent passer le bien-être de leur enfant comme une priorité », poursuit Gérard Neyrand, sociologue spécialiste des mutations de la famille et co-auteur du Livre blanc de la résidence alternée. « Il est nécessaire aussi que les parents soient convaincus que c’est la meilleure solution pour leur enfant, qu’ils s’entendent sur la périodicité de la résidence alternée et qu’ils s’assurent d’être disponibles les jours où ils accueillent leur enfant », ajoute Chantal Zaouche Gaudron.

Et pour que la résidence alternée soit possible, il faut aussi que les parents se soient mis d’accord sur ses conditions financières. Si elle est de 50/50, il n’y a en principe pas de pension alimentaire à verser. Sauf dans les cas où il existe un écart important de revenus des parents, le plus aisé devant aider celui qui gagne moins bien sa vie. En cas de désaccord sur le montant de la pension, c’est un juge qui tranchera.

La proximité des deux domiciles et un minimum de confort assuré à l’enfant

« Il est nécessaire que l’enfant conserve toujours le même lieu d’accueil dans la journée (la même crèche ou la même école). C’est pour cela que les parents ne doivent pas habiter trop loin l’un de l’autre », insiste Chantal Clot-Grangeat, psychologue thérapeute, vice-présidente du Conseil international sur la résidence alternée (Cira) . Et s’il est souvent difficile pour les parents de se loger dans un appartement aussi grand que celui qu’ils occupaient en famille, un minimum de confort est quand même requis pour établir la résidence alternée : « Il est préférable que l’enfant garde le plus possible ce qu’il a connu : par exemple, qu’il ait une chambre seul, si c’était le cas dans le logement qu’il occupait avec ses deux parents », note Chantal Zaouche Gaudron.

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La prise en compte de l’âge de l’enfant pour définir la meilleure solution

Certains juges aux affaires familiales et pédopsychiatres estiment que les enfants de moins de 3 ans ne sont pas capables de supporter la résidence alternée et que la mère est la mieux placée pour s’occuper d’un petit enfant. « ll est vrai que les enfants en bas âge n’ont pas la même notion du temps et peuvent avoir plus de mal à gérer l’absence. Plus ils grandissent, plus ils ont la capacité de comprendre que le parent qu’il ne voit pas pendant quelques jours va revenir. Mais ce n’est pas pour autant que la résidence alternée ne peut être envisagée pour un petit. Tout dépend de sa capacité à supporter l’absence du parent qui ne sera pas avec lui à certains moments. C’est le bien-être de l’enfant qui doit primer », indique Chantal Zaouche Gaudron. Un avis partagé par Gérard Neyrand : « on doit prendre en compte avant tout l’attachement que le petit enfant a pour chacun de ses parents afin de déterminer le rythme de vie qui lui conviendra le mieux », explique-t-il.

Pour s’assurer que l’enfant supporte bien son nouveau rythme de vie, il ne faut pas hésiter d’ailleurs à tester différentes solutions. La résidence alternée n’imposant pas un partage de garde parfaitement égalitaire entre les parents, ces derniers ne doivent pas hésiter à être inventifs et à convenir du rythme qui conviendra le mieux à chacun. « Si l’enfant réclame le parent avec lequel il n’est pas assez souvent, il faut envisager un nouveau cadre pour l’alternance », précise Chantal Zaouche Gaudron. « Avec un enfant de moins de trois ans, on conseille généralement de ne pas choisir l’alternance une semaine chez l’un, une semaine chez l’autre. Mais de couper la semaine en deux, par exemple », ajoute Chantal Clot-Grangeat, psychologue et vice-présidente du Cira (Conseil international sur la résidence alternée).

Par ailleurs, un adolescent voudra parfois changer de rythme de résidence alternée : « beaucoup d’entre eux préfèrent une alternance quinze jours/quinze jours. Dans ce cas-là, les parents ne doivent pas hésiter à mettre en place une nouvelle organisation pour s’adapter à ses besoins », indique Chantal Clot-Grangeat. « D’où l’importance que les parents demandent régulièrement à leur enfant comment il vit la situation », insiste Gérard Neyrand. « Dans tous les cas, il est évidemment nécessaire de ne pas séparer les fratries car la solidarité entre frère et sœur ne doit pas être rompue avec la séparation des parents », ajoute Chantal Clot Grangeat.

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Un dialogue permanent des parents sur les principes éducatifs

Impératif aussi : éviter de dénigrer l’autre parent de l’enfant. « Car il doit se sentir en confiance et en sécurité avec chacun d’eux », insiste Chantal Zaouche Gaudron. « Il ne faut pas être dans une démarche inquisitrice et chercher à savoir tout ce qui s’est passé avec l’autre parent », surenchérit Gérard Neyrand. « Le principe de coéducation doit perdurer, même après la séparation. Il est donc important que les parents s’entendent sur l’école que va fréquenter l’enfant, les loisirs qu’il fera… Mais en parallèle, il convient d’accepter que les règles de vie diffèrent un peu chez l’autre parent, qu’il soit un peu plus permissif sur certains points », déclare Chantal Zaouche Gaudron.

Un avis partagé par Gérard Neyrand : « Il faut accepter que l’autre parent ait un style de vie différent du sien et lui laisser sa marge de manœuvre. D’ailleurs, les enfants comprennent très bien que les parents soient différents ». François, un lecteur de 20 Minutes témoigne de ce dialogue qu’il a réussi à mettre en place avec son ex-conjointe pour que les choses se passent bien : « Nous nous efforçons de nous soutenir sur les sujets qui touchent notre fille. De discuter d’échanger, de garder cette entente cordiale qui est venue doucement, mais naturellement pour le bien-être de notre fille ». Un exemple à suivre.