Toutsexplique: C'est quoi un atelier «Femmes tantriques»?

FEMMES Le tantrisme prête un caractère noble et sacré à la sexualité, mais il a aussi une dimension plus spirituelle…

Anissa Boumediene

— 

Illustration de personnes faisant de la méditation.
Illustration de personnes faisant de la méditation. — AP/SIPA
  • « 20 Minutes » vous fait découvrir l’atelier « Femmes tantriques », animé par la sexothérapeute Nathalie Giraud-Desforges.
  • Au carrefour de la spiritualité et de la sexualité, le tantrisme est une philosophie ancestrale permettant au corps et à l’esprit de se libérer de leurs entraves.
  • Dans le tantrisme, la sexualité est perçue comme quelque chose de noble et sacré.

Ce dimanche matin là, dehors, il fait froid et il fait pas beau. Derrière la porte de cet atelier à l’ambiance new age, niché dans le 18e arrondissement parisien, une dizaine de participantes a fait le déplacement et papote timidement, une tasse de thé fumant à la main. Toutes sont venues participer à un atelier « Femmes tantriques », animé par Nathalie Giraud-Desforges, sexothérapeute et créatrice du site Piment Rose, qui propose pêle-mêle sex-toys et toute une littérature pour trouver les clés d’une sexualité épanouie. Mais aussi le calendrier des ateliers proposés tout au long de l’année, de l’initiation au massage prostatique en passant par des ateliers culinaires coquins et autres événements pour apprendre à « pimenter sa vie amoureuse », ainsi qu’un atelier sur le tantrisme.

Mais le tantrisme, c’est quoi ? « C’est l’une des premières philosophies à considérer le corps sexué et la sexualité comme un réceptacle favorisant l’éveil, l’extase (sexuelle mais pas que), une discipline capable de mener à un état modifié de conscience, à quelque chose de plus grand que soi, explique Nathalie Griaud-Desforges. Ici la sexualité est noble, elle est valorisée pour son caractère sacré ». A celles et ceux qui pensent qu’un atelier tantrique équivaut à musique mystique et ouverture des chakras, ce n’est pas complètement faux, mais c’est bien plus que ça.

Rien que pour les femmes

Direction une grande salle à l’ambiance cosy et new age. Tapis et coussin au sol, bougies un peu partout et petit autel spirituo-philosophico-érotico-littéraire dans un coin de la pièce aident à nous plonger dans la thématique du jour.

Dans la salle de méditation dans laquelle elle dispense son atelier
Dans la salle de méditation dans laquelle elle dispense son atelier - A. Boumediene / 20 Minutes

Et, si vous vous demandez si la petite chose, là, posée contre un cristal est bien ce à quoi vous pensez : oui, c’est bien une représentation complète en 3D du clitoris, telle qu’elle a d’ailleurs fait son entrée dans les nouveaux manuels scolaires.

Dans la salle de méditation dans laquelle elle dispense son atelier
Dans la salle de méditation dans laquelle elle dispense son atelier - A. Boumediene / 20 Minutes

De la vingtaine d’années à la soixantaine, célibataires, avec un (ou plusieurs) sexfriend(s), en couple, divorcées ou mariées avec enfants, tous les âges et toutes les situations conjugales sont représentées. Comme son nom l’indique, l’atelier du jour est organisé rien que pour les femmes. « Le fait d’être entre femmes permet de se sentir en confiance dès le départ, on est libéré du regard des autres et cela permet, tout en rencontrant d’autres femmes, d’être centrée sur son expérience et son ressenti », estime Line, jeune quadra « partie récemment à la reconquête de [sa] sexualité ». L’idée ici est de « réveiller le corps et l’esprit, dans un cadre de sororité, pour instaurer confiance et bienveillance », explique Nathalie Giraud-Desforges. Pas question donc de faire n’importe quoi. En prélude, après que chacune s’est brièvement présentée, notre hôtesse rappelle l’importance des consignes qu’elle dictera au fil de la journée et chacune son tour, chaque participante s’y engage d’un solennel : « j’accepte ».

Côté fringues, quelques jours plus tôt, nous avons été invitées par mail à revêtir « des vêtements souples, confortables et colorés », un peu comme on porterait pour un cours de yoga, mais en plus funky. Que les plus timides (dont moi) se rassurent : la nudité n’est pas au programme du jour. Et si vous pensez, grosso modo, qu’un atelier sur le tantrisme vous offre un ticket pour une partouze, mauvaise pioche, ce n’est pas au menu.

Accepter la dualité

Pour donner le ton de la journée, Nathalie lance sa playlist : Si je dis oui, de la chanteuse Julia Palombe. « Un morceau sur le désir sexuel féminin » qui se heurte aux « injonctions faites aux femmes », me résume d’ailleurs l’artiste par Twitter.

Le son est drôlement bien choisi, puisque le premier exercice consiste, tour à tour, à se confronter aux clichés qui peuvent atteindre les femmes et les entraver dans leur sexualité. « Notre société est très clivante : on est soit une mère, soit une salope, déplore Nathalie Giraud-Desforges. On apprend aux femmes, dès leur plus jeune âge, qu’elles ne peuvent pas se lâcher, que ça ne se fait pas d’être sauvage. Or, on ne peut pas être dans un certain désir sexuel tout en étant dans la pureté ».

« Au quotidien, on est renvoyées soit à l’image de la vierge, soit à celle de la putain, comme s’il ne pouvait y avoir d’entre deux, déplore Line. Apprendre à se sortir de cette dichotomie est très libérateur ». Le tantra apprend à « ne pas se mettre de barrières psychologiques, qui limitent l’accès à la jouissance, indique la sexothérapeute. L’exploration de ces archétypes permet de comprendre d’où viennent nos blocages, et montre justement que chaque femme est un kaléidoscope de ces représentations, selon son humeur du moment, selon ce qu’elle fait, avec qui elle est ». Et pour se libérer un peu plus des blocages qui peuvent entraver l’épanouissement sexuel, l’heure est venue de laisser s’exprimer notre « Yoni » – terme qui désigne le sexe féminin en sanscrit. L’exercice d’incarnation de son intimité sexuelle, considérée dans ce cadre comme une entité propre capable de prendre la parole sur son vécu et ses éventuels traumas, peut sembler déconcertant. Mais pour certaines participantes du jour, l’émotion et les larmes montent et l’exercice se révèle cathartique.

S’initier au « chakra breathing »

A l’heure du déjeuner, tout le monde s’installe autour d’un pique-nique. Ça papote et chacune explique comment elle s’est retrouvée ici. Entre deux chips trempées dans le houmous et les petites spécialités concoctées par les participantes, Clémence, alias Clemity Jane, nous raconte comment elle est devenue YouTubeuse. Sur sa page, la jeune femme de 25 ans répond aux questions que se posent les jeunes ados en matière de sexualité. Alors cet atelier femme tantrique, c’est pour elle « l’occasion de découvrir de nouvelles choses et d’être capable par la suite de répondre aux questions que pourraient se poser [ses] abonnés sur le sujet ».

Fin de la pause. Dès le début de la journée, notre hôte nous a rappelé l’importance capitale de la respiration dans le tantrisme. Place donc à une séance de « chakra breathing » ou respiration des chakras. Kézako ? « Le corps est une mémoire, de notre propre passé mais aussi une mémoire transgénérationnelle, certaines femmes, dans les familles desquelles il y a eu des cas d’abus sexuels, ont imprimé jusque dans leur vagin que le sexe est dangereux, d’où la nécessité de travailler sur ces blocages », décrypte Nathalie Giraud-Desforges.

Sur fond de musique tantrique, on doit ouvrir nos sept chakras, chacun associé à une couleur (soit un véritable arc-en-ciel qui rayonne en nous). Là, on respire de plus en plus vite, de plus en plus fort. Certaines semblent frôler la transe, et les bruits émis ont des sonorités franchement chaudes. Mieux vaut que les lieux soient bien insonorisés parce que, côté rue, de l’autre côté de la rangée de fenêtres bordées de rideaux, les passants pourraient croire qu’une orgie a lieu. Certaines sourient à cette idée, mais aucune de ne laisse déconcentrer.

Massage à six mains

Après plusieurs ateliers, dont on ne dévoilera pas le mystère, la journée « Femmes tantriques » approche de son terme. Pour conclure les derniers moments en communion, nous sommes invitées à nous rassembler en petits groupes. Et là, c’est freestyle. Hug collectif, communion plus spirituelle ou autre : tout ou presque est permis (mais on le rappelle, on n’est pas là pour une partouze). Pour mon groupe, composé de trois autres de mes soeurs du jour, ce sera un massage (chaste) à six mains pour chacune. Dos, bras, cuir chevelu : avec une demi-douzaine de mains qui s’occupent de vous, la détente est totale (on s’est dit qu’il faudrait breveter le concept !).

« Quand les gens pensent massage tantrique, ils pensent cul, parce qu’il peut aussi être pratiqué dans des ateliers mixtes que le tantrisme véhicule énormément d’idées reçues, concède Nathalie Giraud-Desforges. D’où l’importance de ne pas s’y initier avec un charlatan ».

« Réveiller le sacré et restaurer la féminité »

Voilà, c’est fini. La journée a été riche en émotions, les rires ont fusé, des larmes ont coulé, et pour certaines, une forme de paix a été trouvée. « En arrivant ce matin, je n’avais pas d’attentes particulières, confie Agathe, mariée et mère d’une petite fille. Mais ce soir, et après avoir senti remonter tout un flot d’émotions très fortes et diverses, j’ai la sensation d’avoir réveillé le sacré, d’avoir restauré, réparé, une part de ma féminité, je me sens plus sereine et apaisée ».

Pour Nathalie Giraud-Desforges, la mission est accomplie. « Le tantra donne du sens à la puissance sexuelle, elle est célébrée et la femme n’en a pas peur ». « Cet atelier, c’est un cadeau que l’on se fait à soi, estime Line. Au travers des différents exercices que l’on a fait, cette journée m’a permis de réaliser que si mes caresses peuvent être agréables pour moi-même, elles peuvent l’être pour mon partenaire. Donc je pense tenter le massage tantrique avec mon partenaire. Aujourd’hui, j’ai gagné en liberté et en confiance en moi. J’ai gagné au plan spirituel et corporel et cette confiance gagnée, je veux la transmettre à mes deux filles, pour qu’elles se sentent libres dans leur vie de femmes ».