Journée contre les violences faites aux femmes: Les jeunes plaident pour davantage de protection

EXCLUSIF Alors qu’aura lieu ce 25 novembre la Journée internationale contre les violences faites aux femmes, une majorité des 18-30 ans souhaite que les très jeunes femmes soient davantage protégées contre les violences sexistes et sexuelles, selon un sondage Opinion Way pour « 20 Minutes » publié ce vendredi…

Anissa Boumediene

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Une manifestation contre les violences faites aux femmes, Place de la République le 29/10/2017. Credit:CHAMUSSY/SIPA.
Une manifestation contre les violences faites aux femmes, Place de la République le 29/10/2017. Credit:CHAMUSSY/SIPA. — SIPA
  • Le 25 novembre aura lieu la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.
  • A cette occasion, la majorité des 18-30 ans s’est déclarée favorable à un renforcement de la protection des très jeunes femmes, selon un sondage Opinion Way pour « 20 Minutes » publié ce vendredi.

Allongement du délai de prescription pour les viols sur mineur(e) s, mise en place d’une présomption de non-consentement sexuel pour les plus jeunes : les 18-30 ans plaident pour davantage de protection des très jeunes femmes contre les violences sexistes et sexuelles, et sont majoritairement favorables à la libération de la parole provoquée par l’affaire Weinstein. C’est ce qui ressort d’une enquête exclusive OpinionWay* pour 20 Minutes réalisée auprès de la communauté  #MoiJeune, parue ce vendredi à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes ce 25 novembre. Mais quand il s’agit de trancher entre davantage de prévention ou davantage de répression pour enrayer ces violences, les 18-30 ans sont plus partagés.

Une libération nécessaire de la parole

C’est une vague sans précédent : depuis les premières révélations dans l’affaire Weinstein et la création du hashtag #balancetonporc, la parole s’est particulièrement libérée, et des victimes qui n’avaient jusque-là pas osé faire part des violences qu’elles avaient subies ont trouvé à cette occasion le courage de le faire. Ainsi, 84 % des personnes sondées se sont déclarées favorables à cette libération de la parole. « C’est une libération particulièrement souhaitée par les femmes (89 %) et soutenue par les hommes (80 %), décrypte Floriane Schaeffer, chargée d’études chez Opinion Way, notamment chez les très jeunes adultes, puisque 94 % des 18/19 ans interrogés s’en sont réjouis ». « Cela donne aux victimes qui ont jusque-là gardé le silence la force de prendre enfin à parole à leur tour », ont ainsi commenté plusieurs jeunes interrogés. Une tranche d’âge par ailleurs habituée à s’exprimer sur les réseaux sociaux.

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« Cette affaire a été un catalyseur, mais il ne faut pas oublier que les plus jeunes femmes, celles entre 15 et 18 ans, n’osent pas du tout prendre cette parole-là, que ce soit pour dénoncer des violences sexuelles ou des faits de cyberharcèlement », déplore Marie-Pierre Badré, déléguée spéciale à l’égalité femmes-hommes de la région Ile-de-France et présidente du Centre Hubertine Auclert. C’est pourquoi cette structure francilienne, qui œuvre pour l’égalité femmes-hommes et qui lutte contre les violences a lancé ce mois-ci #TuMaimesTumeRespectes, une campagne nationale de prévention des violences sexistes et sexuelles destinée spécifiquement aux jeunes de 15 à 18 ans.

Plus de protection pour les très jeunes femmes

Ces dernières semaines, plusieurs affaires ont mis en lumière la vulnérabilité des très jeunes filles et femmes face aux violences, sexuelles notamment. Et du vide juridique auquel elles se heurtent parfois. Un homme de 28 ans accusé d’avoir violé une fille de 11 ans a été acquitté. Motif : la loi ne prévoit pas d’âge minimum en dessous duquel un enfant est présumé non consentant. Un projet de texte est donc à l’étude. Et pour 60 % des personnes interrogées, cet âge devrait être fixé à 15 ans, qui correspond à l’âge de la majorité sexuelle en France. « Cela traduit une grande maturité et une grande lucidité de ce panel de jeunes, considère Marie-Pierre Badré. Cela montre à la fois la prise de conscience que certains adolescent(e) s sont précoces et peuvent démarrer une vie sexuelle assez tôt, ainsi que la nécessité d’assurer la protection des plus jeunes qui ne sont pas en capacité de consentir ».

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Toujours par souci de protection des jeunes victimes de violences sexuelles, les trois quarts des sondés (75 %) pensent que le délai de prescription pour les viols sur mineur(e) s (aujourd’hui de 20 ans après la majorité de la victime, soit jusqu’à ses 38 ans) doit être rallongé pour leur permettre d’obtenir justice. « Il y a cette notion de plus en plus ancrée dans les esprits qu’un viol sur mineur est un crime aggravé, et que les victimes mettent beaucoup de temps à se reconstruire et pour être prêtes à porter plainte », relève Marie-Pierre Badré, du Centre Hubertine Auclert.

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Entre prévention et répression, le cœur des jeunes balance

Mais à la question de savoir si l’intensification de la lutte contre les violences faites aux femmes devrait passer par davantage de prévention ou davantage de répression, faire un choix n’a pas été chose aisée. Egalité parfaite : 1 personne sondée sur deux (50 %) a estimé qu’il fallait que la réponse pénale soit plus sévère, quand l’autre moitié (50 %) a jugé pour sa part qu’il fallait davantage sensibiliser et éduquer le grand public pour que les violences faites aux femmes diminuent. « Cela illustre à quel point la question de savoir quelle réponse apporter à cette problématique de lutte contre les violences faites aux femmes est d’une part très clivante, et d’autre part induit des processus très complexes à appréhender, analyse Floriane Schaeffer, d’Opinion Way. Il est difficile, à son échelle individuelle, de songer à une politique globale qui pourrait influer sur ce problème de société ».

Pour Marie-Pierre Badré, « cette égalité parfaite entre volonté de prévention et volonté de répression montre que l’une ne va pas sans l’autre, c’est un bon résultat. Nous devons à la fois faire en sorte que l’arsenal juridique existant soit pleinement appliqué et que les victimes bénéficient d’un cadre qui leur permette d’être réellement entendues lorsqu’elles portent plainte et il faut également renforcer le travail de prévention ». Sur ce dernier point, un jeune sondé sur quatre estime ainsi que c’est à l’école d’être en première ligne pour sensibiliser le public contre les violences faites aux femmes. « Mais ce travail éducatif doit être entrepris dès le plus jeune âge au sein des écoles pour être efficace, ajoute Marie-Pierre Badré. C’est dès la maternelle qu’il faut agir ».

Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet « #MOIJEUNE », une série d’enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.

* Etude OpinionWay pour 20 Minutes réalisée en ligne du 21 au 22 novembre 2017 auprès d’un échantillon représentatif de 869 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas).