Marseille: Des mineurs isolés obligés d’occuper une église du Vieux-Port pour être hébergés

RÉFUGIÉS Une soixantaine de réfugiés occupent une église du Vieux-Port pour réclamer une prise en charge par le département, qui a leur a finalement proposé une solution…

Adrien Max

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Le rassemblement devant l'église Saint Férreol sur le Vieux-Port.
Le rassemblement devant l'église Saint Férreol sur le Vieux-Port. — Adrien Max / 20 Minutes
  • Depuis mardi soir, une soixantaine de mineurs non accompagnés occupent une église du Vieux-Port, faute de solution d’hébergement offerte par le département des Bouches-du-Rhône.
  • Une première proposition du département, a été refusée par les mineurs car l’accueil n’était garanti que de 19h à 8h.
  • Le département a organisé une conférence de presse ce jeudi dans le lieu d’accueil pour annoncer que l’accueil était désormais assuré 24 heures/24 et 7 jours/7.

Un rapport de force. C’est, en substance, ce qui s’est passé ce jeudi entre les mineurs non accompagnés (MNA) qui occupent une église du Vieux-Port à Marseille et le conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Depuis mardi, une soixante de MNA occupe l’église Saint Ferreol du Vieux-Port, après que monseigneur Pontier les a autorisés à rester jusqu’à samedi matin, faute de solution d’hébergement.

Les mineurs discutent avec des avocat(e)s de leurs droits.
Les mineurs discutent avec des avocat(e)s de leurs droits. - Adrien Max / 20 Minutes

Mercredi soir, David Lemonnier directeur de l’Addap 13, une association qui prend en charge l’hébergement des MNA, est venu leur proposer une solution, avec l’appui du département : « Il nous a dit qu’il pouvait nous héberger dans un endroit, mais seulement de 19 heures à 8 heures, la journée nous devions rester dehors, livrés à nous-même », explique Aboubakar, 16 ans.

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« Nous ne sommes pas du bétail »

Pourtant, ces jeunes ont une ordonnance de placement provisoire délivré par un juge. Mais ils dorment dans la rue depuis plusieurs semaines, voire depuis plusieurs mois, malgré cette obligation de prise en charge, qui incombe au département.

A la suite de la proposition de l’Addap 13, les mineurs étrangers non accompagnés ont pris la décision commune de la refuser, jeudi matin. « Nous ne sommes pas du bétail qu’on rentre à l’étable le soir et qu’on laisse en pâture la journée. Nous voulons un foyer, un accès à l’éducation, pas une solution provisoire », se désole Aboubakar.

Le rassemblement devant l'église Saint Férreol sur le Vieux-Port.
Le rassemblement devant l'église Saint Férreol sur le Vieux-Port. - Adrien Max / 20 Minutes

Face à la situation qui n’évoluait pas, le département a précipité une conférence de presse dans l’après-midi, sur le lieu d’hébergement proposé aux MNA la veille, dans le Ier arrondissement. A l’arrivée des journalistes, les employés se pressent encore pour finir de passer un coup de serpillière et vider les poubelles.

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Lits de camp et sac de couchage

Le camion douche inauguré il y a quelques semaines par la ville de Marseille a aussi été dépêché. La visite du lieu peut commencer en présence de Brigitte Devesa, conseillère départementale déléguée à l’enfance, de membre de la Croix-Rouge et de l’Addap 13.

Une des chambres proposée par le conseil départemental 13.
Une des chambres proposée par le conseil départemental 13. - Adrien Max / 20 Minutes

Après avoir fait le tour des chambres où sont installés des lits de camp avec sac de couchage, la prise de parole s’est effectuée dans une salle dans laquelle étaient disposés bonbons et autres biscuits. « Il est important de montrer que nous sommes capables de répondre à cette situation d’urgence avec 65 places ouvertes 24/24 et 7 jours/7 », avance Brigitte Devesa. Problème, ces mineurs sont dans la rue depuis plusieurs semaines.

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L’Etat, toujours l’Etat

Quant à la proposition faite hier aux mineurs qui portait seulement sur un accueil de 19h à 8h, tous les interlocuteurs bottent en touche. Une nouvelle fois ils ont préféré pointer du doigt le manque de soutien de l’Etat. « Soixante places ont été ouvertes en 2017 et 40 le seront en 2018. Le département fait ce qu’il faut. Aujourd’hui nous sommes encore sur le terrain mais je ne vois personne de l’Etat », a regretté Brigitte Devesa.

Le salle commune du lieu d'accueil.
Le salle commune du lieu d'accueil. - Adrien Max / 20 Minutes

Ce centre d’accueil devrait rester ouvert plusieurs semaines, le temps d’étudier la situation de chacun des mineurs. Personne ne s’est cependant engagé à le maintenir ouvert, tant qu’une solution d’hébergement pérenne n’aura été proposée à chacun des jeunes. Quant à l’éducation, « elle arrivera dans un second temps », affirme David Lemonnier.