Une association réclame des poursuites contre les voisins du petit Tony, mort de maltraitances

INFO «20 MINUTES» L’association Innocence en danger demande dans une requête que quatre voisins du garçonnet, tué il y a tout juste un an, soient poursuivis pour « non-assistance à personne en danger »...

Vincent Vantighem

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Reims (Marne), le 30 novembre 2016. Une femme tient une photo du petit Tony, lors d'une marche blanche en sa mémoire.
Reims (Marne), le 30 novembre 2016. Une femme tient une photo du petit Tony, lors d'une marche blanche en sa mémoire. — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
  • Tony, 3 ans, est mort le 26 novembre 2016 sous les coups de son beau-père.
  • Des voisins ont reconnu avoir vu ou entendu les maltraitances.
  • Une association réclame à la justice de poursuivre quatre d’entre eux.
  • Le procureur de Reims indique qu’il réfléchit à cette éventualité.

Ils n’ont rien dit pour ne pas « avoir de problèmes ». Ils pourraient justement en avoir aujourd’hui pour cette même raison. Selon nos informations, plusieurs voisins du petit Tony, mort à Reims (Marne) le 26 novembre 2016 des suites de maltraitances, pourraient faire l’objet de poursuites pénales pour « non-dénonciation de mauvais traitement » et « non-assistance à personne en danger ».

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C’est ce que vient de réclamer l'association Innocence en danger. Dans une requête de neuf pages envoyée le 15 novembre à la juge qui instruit l’affaire et au procureur de Reims, elle demande que des poursuites soient engagées à l’encontre de trois voisins et d’une amie de la mère du garçonnet de trois ans qui a succombé d’une rupture de la rate et du pancréas due à « des mauvais traitements chroniques », selon le rapport d’autopsie.

Les « petits bleus » au visage de Tony et l’affiche dans l’ascenseur

« C’est en toute conscience que ces témoins se sont abstenus d’agir, dans un souci de "confort" personnel, accuse Marie Grimaud, l’avocate de l’association, dans cette requête que 20 Minutes s’est procurée. [Ils étaient] dans la capacité de provoquer les secours en faisant appel à la police lors des scènes de violences dont ils étaient les témoins. »

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Interrogés après la mort de Tony, les quatre particuliers visés l’ont d’ailleurs tous reconnu, dans leurs procès-verbaux que 20 Minutes a pu consulter. Katia. L, la voisine de palier, a ainsi expliqué qu’elle avait vu l’enfant avec des « petits bleus au visage ». Jonathan. L, le voisin du dessous, a, lui, avoué qu’il avait « pitié » pour cet enfant, sentant qu’il était maltraité.

Quant à sa compagne, Ousmal. T, elle a bien accroché dans l’ascenseur une affiche parlant de la maltraitance des enfants mais n’a jamais prévenu la police car le beau-père de Tony lui semblait « violent verbalement et peut-être physiquement. »

L'immeuble où le petit Tony, 3 ans, est décédé des suites de maltraitances.
L'immeuble où le petit Tony, 3 ans, est décédé des suites de maltraitances. - François NASCIMBENI / AFP

« Ces gens-là ont eu l’honnêteté de témoigner », reconnaît le procureur

Peu après les faits, Matthieu Bourrette, le procureur de Reims, avait publiquement regretté l’inaction de ces voisins, sans laquelle « cet enfant aurait pu passer la Noël 2016 ». Un an après, le magistrat indique qu’il réfléchit toujours à l’idée de les faire traduire en justice. « C’est tout le paradoxe, confie-t-il à 20 Minutes. Ces gens-là ont eu l’honnêteté de témoigner de ce qu’il s’est passé. Et c’est pour cela qu’ils risquent aujourd’hui d’être pris dans les filets… »

Le procureur sait qu’il marche sur un fil. S’il s’en prend aux voisins dans cette affaire, il rappellera, certes, à tous les Français leurs obligations de signaler les maltraitances dont ils seraient témoins. Mais il fera aussi peur à tous ceux qui ont tardé à réagir et les incitera, sans doute, à ne pas témoigner du tout de ce qu’ils ont vu ou entendu…

Les voisins jugés aux assises avec le beau-père et la mère de Tony ?

Un risque que Marie Grimaud est prête à prendre. « L’objectif d’Innocence en danger est de lancer un signal dans l’opinion pour encourager les citoyens à effectuer des signalements, résume-t-elle. Mais nous ne sommes pas dans une logique punitive. Dans le cas du petit Tony, si les poursuites sont déclenchées, je serai la première à demander que ces voisins soient dispensés de peine. »

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Ce sera à un tribunal d’en décider. Et peut-être même à une cour d’assises si les voisins venaient à être jugés en même temps que le beau-père et la mère du petit Tony, tous deux mis en examen dans ce dossier. Une éventualité que Matthieu Bourrette n’exclut pas. « Je prendrai ma décision dans les trois ou quatre prochains mois », assure-t-il.