VIDEO. Transgenres: La fiction aide-t-elle à lutter contre les préjugés?

IDENTITE En partenariat avec «20 Minutes», France 2 consacrait mercredi une soirée dédiée à la transidentité qui débute avec un téléfilm d'Arnaud Sélignac..

Oihana Gabriel

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Fred Testot et Marie-Josée Croze dans le téléfilm L'épreuve d'amour
Fred Testot et Marie-Josée Croze dans le téléfilm L'épreuve d'amour — France 2
  • France 2 a consacré, mercredi, une soirée dédiée à la transidentité en partenariat avec « 20 Minutes » qui débute avec un téléfilm d’Arnaud Sélignac..
  • A cette occasion, 20 Minutes s’est interrogé sur les rôles de la fiction pour contrer les préjugés et banaliser la transidentité.
  • Si en France, cinéma comme télévision mettent de plus en plus à l’honneur des personnes trans, ils n’évitent pas toujours la caricature.

Depuis quelques années, les trans font leur apparition dans les fictions sur petit et grand écran en France. A l’image de L’Epreuve de l’amour, téléfilm diffusé sur France 2 mercredi soir. Ces œuvres permettent-elles de faire reculer les préjugés ? 20 Minutes fait le point.

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En mars 2017, Louis(e), téléfilm sur TF1, avait fait couler beaucoup d’encre. Mais avant, certains personnages au cinéma avaient enrichi la galerie de portraits de trans avec notamment Wild Side (2004), Tomboy (2011), Laurence Anyways (2012) ou Une nouvelle amie (2014).

Aider à normaliser

Voir une bourgeoise trans se battre pour se faire accepter, un enfant de 10 ans appelé Laure par ses parents et Michaël par ses amis, un mari que son épouse épaule pendant sa transition… La fiction francophone donne à voir des histoires de transgenres et participe ainsi à informer le grand public. « Statistiquement, la visibilité trans explose depuis 2010, assure Arnaud Alessandrin, sociologue et co-auteur de Transyclopédie. Plus on voit des personnes trans à la télévision ou sur internet, plus on banalise la thématique. »

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Un premier pas pour améliorer la reconnaissance et la tolérance vis-à-vis de cette communauté souvent stigmatisée. « Effectivement, les mentalités changent sur la transidentité, constate Till, un homme trans de 22 ans. Quand je regarde ces films sur la transidentité avec mes parents, je trouve toujours beaucoup de choses à redire, mais pour le public qui n’est pas informé, c’est important. Il y a dix ans, quand on parlait de trans on avait des clichés en tête. Même moi ! Je pensais à des hommes avec des perruques et des robes… On ne parlait pas des questions d’identité ou des galères au quotidien, mais on se moquait d’eux. »

Justement, montrer les difficultés peut faire avancer les combats des transgenres. « En abordant ces sujets via la télévision, cela peut faciliter la compréhension des minorités, assure Camille, directrice-fondatrice de l’association Prévention Action Santé Travail pour les Transgenres. La société commence à situer les réponses à donner aux demandes d’égalité des trans. »

Une vision parfois caricaturale

A condition de ne pas renforcer les stéréotypes… « Dans la fiction de TF1, Louise ne pouvait pas passer la tondeuse sans talons aiguilles… », hallucine Ioanna, ancienne militante trans.

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Léo, en cours de transition, regrette le manque de nuances. « On laisse rarement la parole aux premiers concernés. Certes, il y a des témoignages, mais ils sont souvent orientés : on va montrer une personne trans malheureuse qui se charcute avec ses proches en larmes… Nos vies, ce n’est pas ça. On ne passe pas notre temps à attendre l’opération ! »

Et Léo met le doigt sur un autre problème : « On voit très peu d'hommes trans. Un homme qui met une robe, c’est plus sensationnaliste qu’une femme qui met un pantalon… » Une invisibilité qui a des conséquences. « Beaucoup de personnes ignorent encore que les hommes trans existent. On est résumé à un garçon manqué ou un homosexuel. »

Autre écueil, cette visibilité s’accompagne d’un déchaînement de haine sur les réseaux sociaux. « Quand on parle de transidentité, on est vite victime d’insultes et de discrimination », regrette Arnaud Alessandrin.

La France a encore des efforts à faire

Mais si cette multiplication des représentations semble être un premier pas positif, certaines fictions étrangères comme le film chilien Une femme fantastique et des séries américaines rappellent que la France peut mieux faire. « Les représentations trans sont bien plus complexes et poussées dans les fictions étrangères que françaises, ajoute le sociologue. En France, il y a encore un long chemin à faire peut-être moins en termes de visibilité qualitative que quantitative. »

Comment améliorer ces représentations ? « On a l’impression que les personnages de fictions sont souvent réduits à leur transidentité », critique Till, un jeune transgenre. Ce public averti espère des films moins réducteurs… Une évolution qui semble acquise aujourd’hui pour les homosexuels, dont les représentations à l’écran ont beaucoup évolué ces dernières années. Comme pour les transgenres dans les fictions américaines.

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Et les acteurs trans ?

En effet, on voit des couples heureux comme Nomi et Amanita dans la série Sense 8, une coiffeuse à fort caractère dans Orange is the new black ou Maura, sexagénaire trans touchante de Transparent… Des personnages d’ailleurs campés, sauf dans Transparent, par des acteurs trans. Une tendance récente… qui n’a pas franchi l’Atlantique.

« En France, on n’est pas foutu de faire jouer des acteurs trans, sauf dans Wild Side de Sébastien Lifshitz », reproche Ioanna. En effet, Stéphanie Michelini, une des seules comédiennes trans aujourd’hui connue en France a été découverte grâce à ce film.

« Au moins, dans Louise, cette trans est jouée par une femme, nuance Léo, jeune-homme trans. Mais la plupart des films donnent des rôles de femmes trans à des hommes cisgenres. C’est comme si on grimait des acteurs blancs pour camper des Noirs encore aujourd’hui… » Ce qui ne va pas toujours contre le cliché qu’une femme trans, on la repère à sa voix grave et sa mâchoire carrée… « Des trans, on en voit tous les jours dans la rue, mais on ne le sait pas, résume Léo. Il y a encore beaucoup de boulot… »

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« Soirée continue fiction suivi d’un grand débat en direct "Transgenres : la fin d’un tabou ?" à partir de 20h55 le 22 novembre en partenariat avec 20 Minutes.