Entrée à l'université: «Nous allons remettre de l’humain dans le processus d’orientation»

INTERVIEW Alors que le projet de loi sur les nouvelles modalités d’entrée à l’université sera présenté ce mercredi en conseil des ministres, Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur, en précise les contours…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation. Paris, 30/10/2017.Crédit:CHAMUSSY/SIPA/
Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation. Paris, 30/10/2017.Crédit:CHAMUSSY/SIPA/ — SIPA
  • Le projet de loi sur les nouvelles modalités d’entrée à l’université sera présenté mercredi en conseil des ministres.
  • Frédérique Vidal estime qu’il devrait améliorer le processus d’orientation des étudiants et contribuer à réduire l’échec à l’université.
  • Des places vont être créées dans les filières tendues, notamment en Staps à Nîmes, annonce la ministre.

Fin du tirage au sort, nouvelle plateforme d’orientation post-bac, mise en place de remises à niveau pour certains bacheliers… Le projet de loi sur les nouvelles modalités d’entrée à l’université sera présenté mercredi en conseil des ministres. La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, précise à 20 Minutes ce qui va changer pour les étudiants.

Votre projet de loi sur l’entrée à l’université va-t-il mettre fin à l’orientation par défaut que subissaient certains étudiants ?

Aujourd’hui, un tiers de l’échec en première année à l’université est imputable à une mauvaise orientation des lycéens et près de la moitié d’entre eux se dirigent uniquement vers les quatre mêmes licences alors qu’il existe une offre de formation très riche et diverse ! Nous voulons donc améliorer le processus d’information et d’orientation au lycée. Pour cela deux professeurs principaux accompagneront chaque lycéen de terminale dans son processus d’orientation. Ces enseignants n’ont pas vocation à être des conseillers d’orientation, mais leur bonne connaissance des élèves peut leur permettre, par exemple, de détecter leur potentiel ou bien leurs points forts qui ne se traduisent pas forcément dans les résultats scolaires. Les lycéens disposeront aussi de deux semaines dédiées à l’orientation, une première avant les vacances de Noël où ils construiront leur projet d’orientation et une seconde avant les vacances d’hiver, où ils pourront par exemple, participer aux journées portes ouvertes des établissements du supérieur.

Votre texte prévoit que le conseil de classe de terminale donne un avis sur le choix d’orientation de l’élève. Mais les enseignants connaissent-ils suffisamment bien les filières du supérieur pour cela ?

Ce n’est pas le rôle du conseil de classe de décider si le lycéen mérite d’être accepté ou non dans la formation choisie. Ce qui lui est demandé est de donner aux établissements du supérieur des informations sur le lycéen, notamment celles qui ne sont pas directement reliées à ses résultats scolaires. Par exemple, le fait qu’il soit curieux, qu’il participe à des activités associatives, qu’il ait une certaine aisance à l’oral, une facilité à travailler en équipe… Le conseil de classe pourra aussi émettre des recommandations sur l’accompagnement dont pourrait avoir besoin le lycéen, en matière de méthodologie par exemple.

Quels seront les documents analysés par les commissions pédagogiques des universités pour se prononcer sur les candidatures reçues ?

Comme c’était le cas auparavant, elles auront accès aux bulletins de notes des deux derniers trimestres. La nouveauté est qu’elles pourront aussi consulter les recommandations formulées par le conseil de classe et les documents que l’élève souhaite fournir (lettre de motivation, sa participation à un concours d’expression orale par exemple, ou son engagement dans une association).

Certains syndicats estiment que votre réforme est une usine à gaz. Ne craignez-vous pas que les universités n’aient pas les moyens humains d’analyser autant de dossiers de candidatures ?

Je rappelle que le Plan Etudiants est issu d’une large concertation avec les acteurs de l’enseignement supérieur : ceux qui nous ont aidés à construire cette réforme sont ceux qui vont la mettre en place. Par ailleurs, le gouvernement investit 1 milliard d’euros sur cinq ans pour accompagner l’engagement des équipes pédagogiques, créer des postes d’administratifs et d’enseignants…

Des attendus seront définis pour toutes les licences non sélectives. De quel ordre seront-ils ?

Les présidents des universités travaillent actuellement sur le sujet. Les attendus seront d’abord définis dans un cadre national, mais ils pourront être déclinés dans chaque université en fonction des spécificités de leur offre de formation. Les attendus ne seront pas une liste « à la Prévert ». Certains points sont en train de se dessiner. Par exemple en Staps, où les attendus pourraient être de plusieurs ordres : pratiquer un ou plusieurs sports, avoir un certain niveau dans les disciplines scientifiques, être impliqué dans le monde associatif…. Ces attendus seront présentés pour chaque formation avant l’ouverture de la nouvelle plateforme Parcoursup.

Lorsqu’un étudiant ne répondra pas à ces attendus, il lui sera proposé une remédiation. Ces remises à niveau seront-elles proposées dans toutes les universités ?

Il est d’abord important de rappeler que tous les bacheliers pourront demander les filières qu’ils souhaitent, et les universités ont l’obligation d’accepter tous les bacheliers. Mais le constat que nous faisons aujourd’hui est qu’après être entrés dans la licence de leur choix, 60 % des étudiants échouent au bout de la première année. Environ 30 % se réorientent, car la formation qu’ils suivent ne correspondait pas à ce qu’ils pensaient trouver, environ 30 % échouent, souvent parce qu’ils ne sont pas assez accompagnés et qu’il leur manque des bases. Or, le Plan Etudiants vise à ce que chacun ait la capacité de réussir. C’est pourquoi les universités se sont engagées à proposer des remises à niveau intégrées dans les licences : si le lycéen a des difficultés en maths, il pourra faire plus de maths, par exemple. Beaucoup d’universités ont déjà expérimenté ce type de « licence à la carte ». Il s’agit donc de les développer.

Dans les filières en tension, notamment en Staps, combien de places allez-vous créer ?

D’ici à 2022, 130.000 places seront créées dans les filières en tension, mais aussi dans les BTS et les DUT. Concernant Staps, je vous annonce qu’une nouvelle filière va par exemple, être créée à Nîmes pour accueillir 200 bacheliers dès la rentrée 2018. Je m’y rendrai la semaine prochaine. Et plus généralement, l’objectif est de créer des milliers de places dans la filière sportive, que ce soit en licence Staps, mais aussi dans toutes les autres filières du sport comme par exemple, les Creps (Centre régional d’éducation populaire et de sport) ou encore avec l’ouverture de Deust métiers du sport. Pour que les choses soient simples, les lycéens pourront formuler un vœu groupé « métiers du sport » sur la plateforme Parcoursup, ce qui lui permettra de demander toutes ces formations en ne formulant qu’un seul vœu.

Que répondez-vous à ceux qui pensent que cette réforme va renforcer la concurrence entre les universités, puisqu’elles pourront trier les candidatures dans les filières en tension ?

La formation en licence est excellente partout en France !

Que se passera-t-il pour les élèves postulant dans une filière où il n’y plus de place ?

Nous allons remettre de l’humain dans le processus d’orientation. Si, malgré l’ouverture de places et la création de structures dans les filières les plus demandées, un bachelier n’a pas la place qu’il souhaite dans une filière, dans ces cas-là, une commission d’accès au supérieur lui fera des propositions qui correspondant à son projet. Par exemple, une place dans la filière souhaitée, mais dans l’académie d’à côté. Des aides sociales pour soutenir la mobilité de ces étudiants pourront être débloquées si besoin et des places pourront leur être réservées en cité U.