Journée internationale des droits de l'enfant: A Lyon, la mobilisation citoyenne continue pour aider des dizaines d'écoliers sans toit

PRECARITE Dès ce lundi, plusieurs actions sont prévues dans les écoles pour alerter sur la situation de 223 enfants sans hébergement…

Elisa Frisullo

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Des enfants à la rue avec leurs familles aidés par le collectifs Jamais sans toit à Lyon. Illustration.
Des enfants à la rue avec leurs familles aidés par le collectifs Jamais sans toit à Lyon. Illustration. — Jeff Pachoud/ AFP
  • Plusieurs actions sont prévues dans la métropole cette semaine pour rappeler à l’Etat sont obligation de protéger les enfants et d’héberger les plus démunis.
  • Selon les collectifs mobilisés auprès des familles, 223 enfants sont toujours privés d’hébergement dans la métropole.
  • La préfecture indique qu’une partie des enfants à la rue ont été hébergés avec leur famille dès l’ouverture des premières places du plan froid.

A Lyon, la journée internationale des droits de l’enfant sera, ce lundi, une occasion de plus pour alerter sur la situation de dizaines d’enfants sans toit. Une bataille menée depuis des mois, voire des années, par des collectifs nés aux quatre coins de la métropole pour aider ces écoliers scolarisés, toujours sans hébergement malgré l’arrivée du froid.

Dans le 2e arrondissement de Lyon, où douze familles sans toit étaient recensées après la rentrée scolaire, la situation s’est sensiblement améliorée. « Mais il reste 6 enfants sans solution, cinq hébergés ici et là par des citoyens et un petit qui dort chaque soir dans la rue », explique Benoît, du collectif Pas d’enfants sans toit, qui s’apprête à accueillir ce lundi de nouvelles familles en situation précaire à l’école Lucie Aubrac.

« On sait qu’une dizaine d’enfants va rester dans la rue cet hiver dans notre secteur et cette situation n’est pas tolérable. Des enfants qui dorment dans la rue, c’est illégal », ajoute ce père de famille. Comme lui, des parents, enseignants et riverains s’activent tout au long de l’année pour aider ces familles privées d’hébergement. « On organise des goûters solidaires. Cela nous permet notamment de financer des nuits d’hôtel. Les familles sont aussi accueillies chez les uns et les autres. Mais ce n’est pas viable. Ni pour elles ni pour nous », rappelle Benoît.

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Un campement mercredi devant la préfecture

« L’hébergement des familles ne peut relever exclusivement de la générosité citoyenne », estime le collectif Jamais sans toit,qui dénombre 223 écoliers sans hébergement dans l’agglo et co organise, cette semaine, plusieurs actions dans les écoles concernées par cette problématique. Mercredi, un campement est prévu devant la préfecture pour rappeler à l’Etat son obligation d’héberger les plus démunis. « Il y a une absence de volonté politique de mettre à l’abri des enfants qui dorment dehors. Une responsabilité publique existe, mais les moyens ne sont pas mis en place pour respecter ce devoir de mise à l’abri », déplore Benoît.

La préfecture du Rhône, qui a présenté la semaine passée les mesures du plan froid, a ouvert ces derniers jours 170 places des 1.200 prévues pour l’hébergement d’urgence cet hiver. Les autres le seront progressivement au cours des prochaines semaines. « Cela nous a permis de loger 151 personnes, des familles pour l’essentiel, dans les anciens locaux de Bison Futé à Bron », précise Christel Bonnel, directrice départementale de la cohésion sociale dans le Rhône.

Quelques familles hébergées dans le cadre du plan froid

Selon elle, 150 enfants sans hébergement sont recensés à Lyon grâce au travail des services sociaux. « Certains d’entre eux ont déjà pu être hébergés avec leur famille, et la moitié sont réellement à la rue ». Les autres vivent dans des habitats précaires.

« Nous travaillons avec les collectivités. Les travailleurs sociaux nous font remonter les cas dont ils ont connaissance. Pour être orientés ensuite vers des solutions d’hébergement d’urgence ou pérennes, il faut étudier la situation de ces familles. Sinon, ce serait le premier qui téléphone qui aurait une place, ce qui n’est pas possible », ajoute la directrice départementale, jugeant les délais de prise en charge « pas forcément long ». « Des familles arrivées en septembre dans l’agglomération sont hébergées aujourd’hui », assure Christel Bonnet.

Pour les collectifs mobilisés, chaque nuit dehors reste toutefois un signe des carences des autorités. « Dès qu’il y a solidarité citoyenne, c’est qu’il y a défaillance de l’Etat », estime le collectif Pas d’enfant sans toit, qui a saisi il y a un mois le défenseur des droits concernant la situation lyonnaise.

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« Nous attendons sa réponse. Lui, il peut mettre l’Etat face à ses responsabilités et faire qu’il respectera la loi », espère Benoît, qui en cette journée internationale, a bien du mal à ne pas songer aux droits bafoués de certaines familles suivies par le collectif. Comme cette maman isolée et ses enfants, toujours à la rue vingt-trois mois après leur arrivée dans la métropole.