Une femme française de Daesh raconte son parcours et exprime des regrets

TERRORISME Détenue en Syrie après avoir rejoint Daesh, Margaux Dubreuil a exprimé le souhait de rentrer en France dans un entretien accordé à Envoyé spécial…

F.B.

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Margaux Dubreuil a été interrogée par Envoyé spécial sur France 2.
Margaux Dubreuil a été interrogée par Envoyé spécial sur France 2. — Envoyé Spécial

L’entretien, dévoilé par Envoyé Spécial, fait énormément réagir les internautes depuis sa diffusion en intégralité jeudi soir. Une équipe du magazine télévisé de France 2 est parvenue à interroger une Française partie rejoindre Daesh. Margaux Dubreuil, 27 ans, a quitté en 2013 la région nantaise pour la Syrie avec sa fille alors âgée d’à peine 2 ans.

Là-bas, elle a côtoyé la guerre, déménagé à de multiples reprises et, surtout, donné naissance à deux autres enfants (de 3 ans et 5 mois aujourd’hui) de deux maris différents morts au combat. Arrêtée mi-octobre à Raqqa (Syrie) lors de la libération de la ville par les forces kurdes, elle exprime désormais le souhait de rentrer en France.

« On ne voit pas les mauvaises choses qui se passent »

« Quand on s’est converti en France, on a tous rêvé d’un espace où on serait libre de pouvoir vivre notre religion à notre aise, justifie-t-elle. C’est ça qu’on est venu rejoindre, pas des gens qui versent le sang des autres à tout va ». Aux côtés de Daesh, elle a été formée au maniement des armes mais n’aurait pas combattu.

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Son statut de femme l’aurait d’ailleurs préservé des exactions ou préparations d’attentats. « On vit comme dans une bulle, on ne voit pas les mauvaises choses qui se passent, on ne voit rien de spécial. » La jeune femme s’est mariée trois fois de suite avec des djihadistes qu’on lui présentait, ou vivait dans un logement avec d’autres femmes célibataires. « Etre une femme seule signifie rester enfermée », précise-t-elle.

Après les attentats de Paris, « les hommes étaient fiers d’eux »

Comment a-t-elle vécu les attentats de Paris de novembre 2015, l’interroge le journaliste Arnaud Comte ? « Les hommes étaient fiers d’eux » répond-elle. Avant de nuancer. « On a encore un peu de cœur et on sait que ça n’a rien à voir avec ce que demande l’Islam. Il y a une telle pression de groupe qu’on ne peut pas dire ce qu’on pense. » Que pourrait-elle dire aux familles des victimes ? « On ne peut jamais assumer un truc pareil. Je ne peux que dire pardon à ces gens-là. »

Margaux Dubreuil ne se sent pas véritablement comme une terroriste. « Qui ne dit mot consent, concède-t-elle. Mais, je le répète, de mes mains je n’ai rien perpétré. Je n’ai pas désiré, je n’ai pas approuvé les choses qui se sont passées. Ça fait longtemps que je cherche une solution pour faire machine arrière. »

La prison « peut être un refuge »

Craint-elle la prison si elle rentre en France ? « Je me suis préparée depuis longtemps à ça. Je pense presque que ça peut être un refuge. On est un peu des apatrides. J’ai l’impression que personne ne veut de nous. »

Margaux Dubreuil a déjà été condamnée en janvier 2017, en son absence, par le tribunal correctionnel de Nantes, à deux ans de prison ferme pour avoir rejoint un groupe terroriste. En Syrie ou en Irak, elle risque la peine de mort.

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