Agressions au marteau, menaces contre des journalistes… Qui se cache derrière l’étrange commando d’ultra-droite qui sévit en Bourgogne ?

FAITS DIVERS Ce groupuscule menace notamment de frapper lors du match Dijon-Troyes si Logan Alexandre Nisin, l'instigateur du projet d'attentat contre des mosqués et des hommes politiques, n'était pas libéré rapidement...

Thibaut Chevillard

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Les investigations ont été confiées à la police judiciaire et à de direction départementale de la sécurité publique (illustration)
Les investigations ont été confiées à la police judiciaire et à de direction départementale de la sécurité publique (illustration) — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
  • Le commando d’ultra-droite qui a revendiqué la semaine dernière des agressions commises en septembre en Bourgogne réclame la libération de Logan Alexandre Nisin et de ses proches.
  • Si ce militant d’ultra-droite n’était pas libéré, le groupuscule affirme qu’il frappera lors du match Dijon-Troyes, le 18 novembre prochain.
  • Il menace également de s’en prendre aux journalistes du journal « Le Bien Public » et aux membres de SOS Racisme.

Décidément, le mystérieux « Commando de défense du peuple et de la patrie française » ne s’arrête plus de correspondre avec la presse. Après avoir revendiqué auprès du Bien Public, la semaine dernière, plusieurs agressions commises en septembre dernier à Dijon (Côte-d’Or) et à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), le groupuscule qui prétend vouloir lutter « contre l’islamisation » de la France, a encore adressé, mardi, au quotidien régional de nouveaux e-mails, qui pour certains menacent directement les journalistes de la rédaction.

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Chantage à la libération de Logan Alexandre Nisin

Cette fois, ses membres ont pris la plume pour réclamer la libération de Logan Alexandre Nisin, un jeune homme de 21 ans, militant d’ultra-droite, soupçonné d’être l’initiateur d’un projet d’attentat contre des mosquées et des hommes politiques.

Il avait été interpellé à son domicile de Vitrolles le 28 juin dernier avant d’être mis en examen et incarcéré. Le commando réclame aussi celle de huit de ses proches, interpellés en octobre dernier par les policiers de la Sdat et les agents de la DGSI.

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Dans l’une de leur missive, ils réclament « l’abandon des poursuites à leur encontre ». Faute de quoi, explique le Bien Public, ils frapperont « le prochain grand événement ayant lieu à Dijon », c’est-à-dire le match de Ligue 1 Dijon-Troyes, qui se jouera le 18 novembre prochain.

Menaces contre des journalistes et SOS Racisme

Le CDPPF a également menacé de s’en prendre aux journalistes de la rédaction bourguignonne, le quotidien n’ayant pas diffusé cette menace sur son site Internet mardi, avant 16h, comme il l’avait exigé dans son courrier.

Plus tôt dans la journée, ce groupe, qui revendique « son admiration pour Anders Behring Breivik », avait écrit au quotidien, indiquant vouloir s’en prendre aux membres de SOS Racisme. Ils reprochent à l’association d’avoir annoncé son intention de déposer plainte après la révélation des premiers messages envoyés par le groupuscule, dans lesquels il affirme choisir ses cibles en fonction de leur religion ou de leur couleur de peau.

Des menaces prises « très au sérieux » par Hermann Ebongue, le vice-président de SOS Racisme. « Nous allons prendre des mesures concrètes de vigilance et de protection à l’égard de nos bénévoles », indique-t-il au Bien Public.

« Maximiser les moyens » d’enquête

Les investigations ont été confiées à la police judiciaire et à de direction départementale de la sécurité publique. « L’enquête ne fait que commencer. Il s’agit notamment d’identifier les auteurs de ces courriers et de vérifier s’ils sont bien à l’origine des agressions qu’ils revendiquent », indique à 20 Minutes une source policière. Par ailleurs, le parquet de Dijon a précisé s’être dessaisi des investigations portant sur les agressions commises à Dijon et à Chalon-sur-Saône en septembre dernier au profit de celui de Chalon-sur-Saône.

L’objectif, a expliqué ce mercredi le procureur châlonnais, Damien Savarzeix, est « de maximiser les moyens » d’enquête car il existe « potentiellement un lien » entre les deux dossiers. Cette décision « ne signifie pas que nous avons progressé dans la discrimination entre les hypothèses d’une revendication opportuniste ou d’une revendication réelle », a néanmoins précisé son homologue de Dijon, Eric Mathais.

Le 13 septembre dernier, un homme est agressé à Dijon, à proximité de l’université de Bourgogne, avec un bocal en verre. Deux jours plus tard, à Chalon-sur-Saône, deux femmes de 51 et 54 ans sont attaquées à quelques minutes d’intervalle par un homme armé d’un marteau. Vêtu de noir, l’auteur des faits a crié « Allah akbar » avant de prendre la fuite. Une manière « d’aiguiller les enquêteurs sur une fausse piste », a ensuite expliqué cet obscur groupuscule dans une lettre de revendication envoyée à la presse locale. Enfin, trois autres personnes ont été prises pour cibles, le 26 septembre, une nouvelle fois près de l’université dijonnaise.

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Par chance, les victimes n’ont été que légèrement blessées par « l’agent » de cet étrange commando. Selon ce qu’il a indiqué dans l’un de ses e-mails de revendication, il serait composé de quatre personnes, localisées en Bourgogne Franche-Comté, et qui se seraient rencontrées sur Telegram. Il « n’est connu ni localement, ni nationalement », avait expliqué la semaine dernière le procureur de la République de Dijon. Est-on face à un groupe d’ultra-droite, représentant un danger véritable ? Ou bien s’agit-il de fanfarons souhaitant faire parler d’eux dans la presse ? Quoi qu’il en soit, ils n’ont pas terminé de faire couler de l’encre.