Bourgogne: Un étrange commando d’ultra-droite revendique des attaques au marteau

FAITS DIVERS Un mystérieux groupe d’ultra-droite a revendiqué cette semaine six agressions commises à Dijon et à Chalon-sur-Saône…  

Thibaut Chevillard

— 

Des policiers devant le devant le palais de Justice de Châlon-sur-Saône
Des policiers devant le devant le palais de Justice de Châlon-sur-Saône — JEFF PACHOUD / AFP
  • Quatre personnes ont été agressées à Dijon et deux autres à Chalon-sur-Saône en septembre dernier.
  • Un étrange groupuscule d’ultra-droite a revendiqué cette semaine ces attaques.

Il dit vouloir « lutter contre l’islamisation de la France ». Un obscur groupuscule d’ultra-droite, baptisé « Commando de défense du peuple et de la patrie française », a affirmé jeudi, puis vendredi, dans deux messages adressés à la presse locale, être derrière six agressions commises à Dijon (Côte d’Or) et à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), il y a plus d’un mois. Des revendications que la justice entend « exploiter très sérieusement », a indiqué le procureur de la République de Dijon, Eric Mathais.

>> A lire aussi : Dijon: Un mystérieux «commando» voulant «contrer l'islamisation» de la France revendique des attaques au marteau

Tout commence le 13 septembre dernier. Un « homme blanc », selon ses termes, est agressé à Dijon, à proximité de l’université de Bourgogne. Deux jours plus tard, dans le centre-ville de Chalon-sur-Saône, deux femmes -elles aussi d’origines européennes-, une pharmacienne de 51 ans et une assistante maternelle de 54 ans, sont attaquées à quelques minutes d’intervalle par un homme armé d’un marteau. Vêtu de noir, l’auteur des faits a crié « Allah akbar » avant de prendre la fuite. Les deux victimes, légèrement blessées à la tête, sont choquées.

Le 12 octobre, une information judiciaire contre X est ouverte afin d’identifier leur agresseur. Le parquet a également lancé quelques jours plus tôt un appel à témoins et a diffusé des images de vidéosurveillance montrant un jeune homme vêtu de noir, « de corpulence fine, à la peau plutôt claire » selon le procureur de la République de Chalon-sur-Saône, Damien Savarzeix. Le magistrat a également dévoilé un portrait-robot, établi d’après un témoignage, représentant un jeune homme aux traits fins et aux cheveux bruns bouclés.

S’attaquer aux « symboles du multiculturalisme »

La dernière attaque survient deux semaines après celle de Chalon-sur-Saône, dans les environs là encore de l’université de Dijon. Un homme au visage dissimulé attaque à coups de marteau trois personnes, dont une femme voilée et un homme d’origine africaine, précise Le Parisien. Les victimes ne sont que légèrement blessées. Cette fois, l’agresseur, qui est parvenu à prendre la fuite, n’a rien dit. Dans un premier temps, aucun rapprochement n’est établi avec les deux attaques au marteau survenues à Chalon.

Mais jeudi puis vendredi dernier, un mystérieux groupe revendique ces attaques dans des mails adressés aux rédactions du Bien Public et du Journal de Saône-et-Loire. Le « Commando de défense du peuple et de la patrie française » affirme dans un message audio avoir ciblé l’université de Bourgogne car elle est un des « symboles du multiculturalisme ». Les cibles, ajoute-t-il, ont été choisies notamment pour leur couleur de peau. « L’inexpérience de notre agent a fait que malgré tout son sang-froid et sa bonne volonté, il n’a pas pu faire mieux que les blesser légèrement. »

« Aiguiller les enquêteurs sur une fausse piste »

Pourquoi ce groupuscule, ouvertement raciste, a-t-il également visé des personnes d’origines européennes ? Dans un autre message adressé vendredi à ces journaux, il explique qu’elles ont « servi de cibles humaines pour nos entraînements ». Il s’agissait d’une sorte de « mise à l’épreuve pour notre homme et un test de nos techniques de fuite en milieu urbain densément peuplé et sécurisé ». Il va même jusqu’à leur présenter des excuses ! Et si l’agresseur a crié « Allah Akbar », c’était pour « aiguiller les enquêteurs sur une fausse piste ».

Le groupe, qui souligne son admiration pour Anders Breivik, un terroriste norvégien d’extrême droite qui a tué 77 personnes en 2011, ne compte pas s’arrêter là et promet d’autres attaques. Selon l’auteur des mails envoyés aux JSL et au Bien Public, le commando serait composé de quatre personnes, localisées en Bourgogne Franche-Comté, et qui se seraient rencontrés sur Telegram. « Ce groupuscule n’est connu ni localement, ni nationalement », a expliqué le procureur de la République de Dijon, s’étonnant du temps écoulé entre les faits et la revendication.

« Des éléments pas forcément connus du grand public »

S’agit-il d’une revendication opportuniste ? L’enquête devra le démontrer. Mais le magistrat remarque que les messages envoyés à ces journaux contiennent « certains éléments qui correspondent à la réalité et qui n’étaient pas forcément connus du grand public ». Si ce n’est pas le cas, une autre question se pose. Les faits ont-ils été commis par un individu seul, ou par un véritable groupe d’extrême droite organisé ? Cette dernière hypothèse confirmerait une inquiétante montée en puissance des groupuscules d’ultra-droite, observée ces dernières semaines.

>> A lire aussi : VIDÉO. Ultra-droite: Où en était le projet d'attentat contre des mosquées et des hommes politiques?

Déjà, le 17 octobre dernier, dix personnes ont été interpellées par la police judiciaire, suspectées d’avoir envisagé de commettre un attentat contre des mosquées ou des hommes politiques, parmi lesquels Jean-Luc Mélenchon et Christophe Castaner. Huit d’entre elles ont finalement été mises en examen pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Ces personnes étaient proches de Logan Alexandre Nisin, l’instigateur présumé de ce projet d’attentat. Cet homme de 21 ans avait été interpellé le 28 juin dernier à Vitrolles (Bouches-du-Rhône). Sur la page Facebook à la gloire d’Anders Breivik qu’il administrait, il avait notamment indiqué vouloir s’en prendre à des migrants, des djihadistes et des dealers.