«Plan étudiants»: Le débat sur la sélection à l'entrée des universités est relancé

UNIVERSITÉ Le débat sur la sélection à l'entrée à l'université a repris de plus belle ce lundi après la présentation du «plan étudiants» du gouvernement...

Laure Cometti

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Un cour en amphi à l'université Paul Valery- Montpellier 3, en 2015.
Un cour en amphi à l'université Paul Valery- Montpellier 3, en 2015. — SYLVAIN THOMAS / AFP
  • Le gouvernement propose que les filières universitaires trop demandées puissent trier les candidats dès la rentrée 2018.
  • Pour la gauche et pour des syndicats enseignants et étudiants, c'est une ligne rouge.

Le gouvernement a annoncé ce lundi la fin du tirage au sort dans les filières les plus demandées et présenté des mesures pour réduire le taux d’échec en première année de fac (60 %). Certains syndicats se sont insurgés contre ce qu’ils jugent être une sélection à peine masquée des étudiants. La sélection des bacheliers, déjà instaurée dans certaines filières, va-t-elle être étendue à toutes les filières ?

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Y a-t-il déjà une sélection à l’entrée à l’université ?

Oui, pour certaines filières dites sélectives, comme médecine, les IUT (instituts universitaires de technologie), les écoles internes d’ingénieurs, ou encore les BTS (Brevet de technicien supérieur).

A l’exception de ces filières, il suffit d’avoir son bac pour s’inscrire à la fac dans une licence générale, en théorie en tout cas. Car depuis deux à trois ans, les effectifs d’étudiants sont en hausse (+40.000 cette année) et les filières trop demandées ont eu recours au tirage au sort pour départager les candidats. En 2017, un nombre record de bacheliers ou étudiants en réorientation ont été placés sur liste d’attente ou refusés par les facs.

Que prévoit le « plan étudiants » du gouvernement pour les filières non sélectives ?

Si elles sont suffisamment de places, les formations non sélectives ne pourront pas refuser un candidat, mais elles pourront désormais « conditionner l’inscription à l’acceptation d’un parcours pédagogique spécifique dans le cas où elles estiment que le bachelier n’a pas les attendus requis », selon le ministère de l’Enseignement supérieur. Ces « attendus » auront un caractère national (mêmes attendus dans toutes les facs pour une filière en psychologie par exemple) mais les établissements pourront préciser des spécificités liées à leur formation.

Si elles reçoivent trop de candidatures par rapport au nombre de places disponibles, elles les départageront et donneront « la priorité à ceux dont le parcours, la motivation et le projet sont les plus cohérents avec la formation choisie », selon le gouvernement, qui s’est gardé d’employer le mot de « sélection ». « C’est un vieux débat très clivant en France », explique l’historien des politiques scolaires Claude Lelièvre. « Cela peut devenir explosif et cristalliser une mobilisation », prévient-il, rappelant qu’en mai 1968 et à l’automne 1986, de précédents gouvernements ont renoncé à des réformes similaires face aux manifestations étudiantes. L’opposition doit s’en souvenir : à gauche, la France insoumise s’est alarmée ce lundi d’une « rupture de l’égalité » avec la fin de « l’accès au droit à l’enseignement supérieur pour tous les bacheliers », tandis qu’à droite, Les Républicains plaident pour une sélection plus assumée, à l’instar du député Pierre-Henri Dumont.

S’agit-il d’une sélection qui ne dit pas son nom ?

Oui, pour le deuxième syndicat étudiant, l’Unef, et pour le Snesup-FSU, syndicat majoritaire des enseignants. C’est même « une sélection qui dit clairement son nom » car « les présidents d’université pourront trier les dossiers des étudiants » et « dire non à certains qu’ils jugent moins aptes à rentrer dans des formations parce qu’il n’y a plus de places », a déclaré ce lundi la présidente de l’Unef Lilâ Le Bas sur RTL.

Le syndicat étudiant majoritaire, la FAGE, qui salue l’ensemble du « plan étudiants », tique tout de même sur la sélection dans les filières en tension. « C’est le point qui ne me satisfait pas. Ce n’est pas la réforme de la sélection, mais il y a cet angle mort des filières en tension », affirme son président Jimmy Losfeld, opposé à une sélection des étudiants. « Nous allons continuer de demander des places supplémentaires dans les filières trop demandées, en droit, psycho, médecine et STAPS ». Contrairement à l’Unef et à l’organisation étudiante FIDL, la FAGE ne se joindra pas à la mobilisation du 16 novembre prochain, lancée par plusieurs syndicats.

Côté enseignants, les critiques sont nombreuses. « On passe du tirage au sort à un APB local », résume Pierre Chantelot, secrétaire national du SNESUP-FSU, syndicat majoritaire dans les universités. « Les universités vont pouvoir choisir les étudiants en fonction de leurs résultats, de leur lycée et de leur motivation. Ceux qui viennent de familles aisées s’en sortiront mieux que les autres ». Il craint par ailleurs que le fait d’imposer des « attendus » aux candidats à la licence générale, ce qui devrait se faire notamment via des cours en ligne à valider par un test, alimente le privé et les entreprises de formation payante. « C’est une sélection qui ne dit pas son nom : la ministre estime qu’une université qui sélectionne est un gage de qualité », juge-t-il.

« C’est un plan macroniste, plutôt bien équilibré », défend le député Pierre Person (La République en marche). « On n’interdit pas l’accès à la fac à certains étudiants, on va leur donner les moyens d’être mieux informés, pour n’être ni sélectionnés par le hasard ou l’échec. » Selon lui, ce système ne discriminera pas certains lycéens : « au contraire, on va protéger ceux qui sont moins armés en les informant mieux, et en les remettant à niveau s’ils n’ont pas les prérequis pour la formation qu’ils souhaitent suivre. »

Le sujet est délicat pour l’exécutif. « La sélection à l’université est un vieux débat extrêmement clivant en France », souligne l’historien des politiques scolaires Claude Lelièvre. « Cela peut devenir explosif et cristalliser une mobilisation », prévient-il.

Puisque la sélection s’appliquerait uniquement dans les formations trop demandées, « tout l’enjeu est de savoir si le gouvernement va créer des places supplémentaires dans les filières en tension. S’il n’en crée pas, ce système mènera à une sélection malthusienne. S’il en crée, on sera plutôt dans une orientation autoritaire ou contrainte, relativement indispensable car on ne peut pas anticiper exactement toutes les candidatures », estime Claude Lelièvre.