#MeToo : Les hommes peuvent-ils jouer un rôle dans le combat des femmes contre les « porcs » ?

HARCÈLEMENT Les organisatrices du rassemblement contre les violences sexuelles et sexistes, à Paris, se sont interrogées sur la place à accorder aux hommes dans le débat…

Vincent Vantighem

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Paris, le 29 octobre 2017. Un espace interdit aux hommes est mis en place sur la place de la République dans le cadre du rassemblement #MeToo contre les violences sexistes et sexuelles.
Paris, le 29 octobre 2017. Un espace interdit aux hommes est mis en place sur la place de la République dans le cadre du rassemblement #MeToo contre les violences sexistes et sexuelles. — V.VANTIGHEM
  • La place de la République a accueilli, ce dimanche, le premier rassemblement #MeToo.
  • Les organisatrices ont opté pour l’installation d’un espace non mixte interdit aux hommes.
  • Les hommes ont du mal à trouver leur place dans le débat sur les violences sexistes.

Jean-Baptiste a « vachement » hésité. Mais, finalement, cet artiste de 35 ans a enfilé son cuir maculé de peinture et emmené ses pinceaux, ce dimanche, sur la place de la République à Paris, pour participer à une fresque dans le cadre du rassemblement #MeToo et #BalanceTonPorc contre les violences sexistes et sexuelles.

>> Les faits: Le premier rassemblement #MeToo débute sous la pluie

« Je suis le seul mec du groupe. Alors, je me suis posé la question, lâche-t-il tout en trempant son rouleau dans un seau de peinture blanche. C’est un combat pour les femmes. Mais, nous, les mecs, sommes quand même les premiers concernés… »

Des « soutiens et observateurs silencieux »

Aussi « concernés » soient-ils, ils ont bien du mal à se positionner dans le débat actuel sur les « porcs ». Ceux qui prennent la parole sont accusés de parler d’une souffrance qu’ils ne peuvent pas connaître. Ceux qui se taisent sont taxés de tolérance, voire de complaisance, avec les auteurs de harcèlement sexuel.

Entre les deux, pas simple de trouver la bonne attitude à adopter. « On n’exclut pas les hommes, mais on souhaite que leur place se limite à celle de soutiens et d’observateurs silencieux, explique Carole Galand, la journaliste freelance de 40 ans, à l’origine du rassemblement. Mais c’est une question compliquée… »

Un espace interdit aux hommes fermé par des banderoles opaques

A tel point qu’elle a agité les débats du comité d’organisatrices chargé de mettre sur pied ce rassemblement. Elles ont finalement opté pour l’ouverture de la place de la République aux hommes tout en leur interdisant l’entrée dans un vaste espace non mixte, ceint de grandes banderoles opaques. « Certaines femmes fragiles ont subi tellement de traumatismes qu’elles ne peuvent pas témoigner si un seul homme est présent », justifie Carole Galand.

Chargée de garder l’entrée de cet espace dimanche, Audrey, 35 ans, hésite quand on la lance sur le sujet. « Les hommes sont tout aussi utiles que les femmes, annonce-t-elle. C’est comme la Lune et le Soleil. On a besoin des deux… » Et puis, elle convoque la mémoire de Martin Luther King pour justifier la décision du comité. « Mais, pour faire avancer la cause des Noirs, il a fallu des espaces dans lesquels il n’y avait que des Noirs… »

>> Interview : «Il y en a marre ''d'invisibiliser'' ces hommes! »

Un combat qui passe par l’éducation et la transmission de valeurs

Pour Muriel Salmona, psychiatre et fondatrice d’une association d’aide aux victimes, c’est surtout dans leur attitude au quotidien que les hommes ont un rôle à jouer. «  Il faut arrêter cette forme de tolérance bienveillante, confie-t-elle. C’est-à-dire qu’il faut dénoncer le vieil oncle qui a un regard lubrique, le collègue qui fait des blagues sexistes et stopper cette forme de complicité virile que les hommes ont avec leurs petits garçons. »

Car le combat des femmes passe aussi et surtout par l’éducation et la transmission de valeurs aux plus jeunes. A 8 ans, Eliott a déjà été servi. Son grand-père, « vieux militant de 1968 » l’a emmené place de la République, ce dimanche, après l’avoir aidé à confectionner une pancarte. Son slogan ? « Touche pas à ma pote ».