Clip «anti-flic» de Jo Le Pheno: Une amende de 3.000 euros requise contre le rappeur

JUSTICE Le rappeur comparaissait vendredi pour « provocation non suivi d’effet au crime et injure » devant le tribunal correctionnel de Paris pour sa chanson « Bavure »…

20 Minutes avec AFP

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Jo Le Pheno dans le clip de «Bavure».
Jo Le Pheno dans le clip de «Bavure». — Capture d'écran YouTube Jo Le Pheno

Une « incitation à la haine » exacerbée dans un contexte de violences à l’égard des policiers. Le parquet a requis vendredi 3.000 euros d’amende contre le rappeur Jo Le Phéno, jugé devant le tribunal correctionnel de Paris pour un clip « anti-flics ».

« Faut fumer (les policiers) »

Jois Ndjibu, 23 ans, alias Jo Le Pheno, est poursuivi pour provocation à une atteinte volontaire à la vie et injure publique envers une institution publique, pour son clip Bavure, diffusé sur Internet en août 2016, retiré puis rediffusé en février 2017.

« Trop de nos frères sont partis à cause d’une bavure policière. (…) Sans hésiter, faut fumer (les policiers) », chante notamment Jo Le Pheno dans son clip visionné près de 122.000 fois à date de septembre 2016, qui avait alors suscité l’indignation des syndicats policiers et une plainte du ministère de l’Intérieur.

« Ca sonnait bien avec les assonances de la phrase d’avant, j’aurais pu dire "faut les condamner" à la place de "faut les fumer" », a justifié le prévenu, inspiré dit-il par une « accumulation » de « bavures » : les affaires Adama Traore ou Lamine Dieng, morts après voir été interpellés, et l’ affaire Théo, dans laquelle un policier est mis en examen pour viol avec une matraque.

« C’est un chanteur de rap, pas de comptines », a plaidé Me Saïd Harir, son avocat, défendant « la liberté d’expression d’artiste » de son client et rappelant que ce dernier « n’a jamais cautionné les violences faites aux policiers ».

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« Pas un style musical, mais une idéologie »

Mais pour le procureur, ce clip constitue une « incitation à la haine » exacerbée dans un contexte de violences à l’égard des policiers, citant des affaires comme le couple de policiers tué par un jihadiste à Magnanville ou les incendies de voitures de police Quai de Valmy à Paris et à Viry-Châtillon.

Pour le parquet, ce clip n’est pas « une œuvre de fiction » qui implique « une distanciation » entre l’auteur et un personnage.

« Quand je chante, je suis Jo Le Pheno, c’est un artiste », s’est défendu Jois Ndjibu, très calme. « Ce qu’on analyse aujourd’hui ce n’est pas un style musical, mais une idéologie » contre la police, a affirmé Me Benoît Chabert, représentant l’Etat.

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Les cinq heures d’audience ont tourné autour de la signification des mots et de la juxtaposition des images : du « second degré », des « métaphores » selon le rappeur.

« Ce qui est important, c’est comment le public, c’est-à-dire n’importe qui » et même « celui qui n’a pas les codes du rap » est « susceptible de comprendre » le clip, a souligné l’un des juges.

Un policier identifiable que l’on voit en train de filmer avec son portable, devenu « cible personnalisée » selon son avocat, s’est constitué partie civile, aux côtés de l’Etat et du syndicat de policiers SCSI (syndicat des cadres de la sécurité intérieure).

La 17e chambre du tribunal correctionnel rendra son jugement le 8 décembre.