Harcèlement sexuel: L'Ordre des médecins et deux syndicats d'internes appellent à faire cesser l'«omerta»

STOP Les dénonciations de harcèlement sexuel subi majoritairement par des femmes se multiplient ces dernières semaines...

20 Minutes avec AFP

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Des infirmières à l'hôpital de la Croix-Rousse à Lyon -
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Des infirmières à l'hôpital de la Croix-Rousse à Lyon - Illustration — JEFF PACHOUD / AFP

« En médecine aussi, l’omerta [sur le harcèlement sexuel] doit cesser », a estimé ce vendredi un syndicat d’internes. Ce même jour, l’Ordre des médecins a encouragé les victimes de harcèlement sexuel de la part d’un médecin à porter plainte devant ses instances.

« Alors que les débats sociétaux en cours permettent une libération de la parole des patients et des soignants sur le problème du harcèlement sexuel dans le cadre professionnel », l’Ordre des médecins « encourage les victimes de harcèlement sexuel dont l’auteur serait un médecin à porter plainte » devant ses conseils départementaux.

Les médecins tenus d’être « exemplaires »

Ces derniers sont ensuite « habilités à les transmettre et/ou porter plainte eux-mêmes devant les chambres disciplinaires ordinales afin que ces abus soient dévoilés et sanctionnés », et « toute plainte reçue (…) fait l’objet d’une instruction », précise dans un communiqué l’organisme chargé de veiller au respect de la déontologie par ses membres.

« Nous, médecins, devons être exemplaires. Le harcèlement sexuel est intolérable et doit être quotidiennement combattu, dans le milieu médical comme ailleurs », déclare Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, dans le communiqué.

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L’Ordre souligne par ailleurs qu’une « réflexion sur le harcèlement sexuel en milieu médical est d’ores et déjà menée ». Ses conclusions devraient être rendues publiques « avant le 11 novembre », a précisé un porte-parole à l’AFP.

Dans la foulée de l’affaire Weinstein, producteur américain visé par une série d’accusations de viols et d’agressions sexuelles, les dénonciations de harcèlement sexuel subi par des femmes se multiplient ces dernières semaines, notamment sur Twitter via les mots-clés #Balancetonporc ou #metoo (moi aussi).

« Les mentalités doivent changer »

Jeudi, le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch a reconnu que le harcèlement sexuel était « un problème à l’hôpital » et a affirmé que ses « acteurs ont toujours eu du mal à faire la frontière entre la plaisanterie lourdingue » et « le harcèlement ».

« Oui, le harcèlement sexuel existe à l’hôpital et peut concerner tous les professionnels », a réagi vendredi l’ISNAR-IMG, intersyndicale d’internes en médecine générale. Il regrette que « sous couvert de tradition, "d’humour carabin", et souvent dans un contexte de liens de subordination », des actes quotidiens soient « banalisés » alors qu’ils « peuvent pourtant correspondre à de véritables violences psychologiques ».

« Les mentalités doivent changer, les langues se délier, il est temps qu’enfin la culpabilité change de camp », ajoute l’intersyndicale dans un communiqué, invitant « l’ensemble des soignants, (…) témoins ou victimes, à ne rien taire ».

« Les témoins des violences et du harcèlement sexuels restent passifs dans la grande majorité des cas », déplore aussi l’Intersyndicat national des internes (ISNI) dans un communiqué distinct.

« Si Martin Hirsch a reconnu (…) l’existence de ce malaise à l’hôpital public, il est temps de dépasser le simple constat et de s’engager pour mettre fin à ce fléau du quotidien », ajoute l’ISNI.

Celui-ci présentera le 18 novembre « des propositions d’actions concrètes ».