Frais bancaires: «On a dû rembourser jusqu'à 3.500 euros en un an»

BANQUE Les internautes de la page Facebook de « 20 Minutes » racontent la difficulté de s’en sortir quand la banque creuse un peu plus leur déficit tous les mois…

Charlotte Murat

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Les frais bancaires creusent encore plus le déficit des clients endettés
Les frais bancaires creusent encore plus le déficit des clients endettés — DURAND FLORENCE/SIPA
  • Le magazine « 60 millions de consommateurs » a révélé que les clients défavorisés se voient débiter des frais bancaires neuf fois plus élevés que les clients moyens.
  • Des internautes racontent le cercle vicieux dans lequel ils sont tombés et la difficulté de s’en sortir.

« Quand tu vois qu’ils te facturent une lettre 14 euros pour te dire que tu n’as pas d’argent sur ton compte, c’est pire que du vol », estime Alex. Cet internaute résume à lui tout seul le sentiment partagé par les internautes de la page Facebook de 20 Minutes face à l’enquête de « 60 millions de consommateurs » sur les frais bancaires.

L’association a révélé que les clients défavorisés se voient débiter des frais neuf fois plus élevés que les clients moyens. « Moins tu peux payer, plus tu payes », disait Coluche.

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Marie* et son conjoint ont dû débourser jusqu’à « 3.500 euros de frais bancaires en un an ». « De huit euros par-ci à huit euros par-là, on ne s’est pas rendu compte que ça faisait une telle somme. C’est en recevant le décompte annuel qu’on a réalisé. On a fait appel au conciliateur et la banque nous a généreusement remboursé 350 euros », raconte Marie, précisant que « plus jamais elle ne remettra les pieds dans cette banque. Ils ne nous ont jamais ni aidés, ni soutenus. »

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Le pied dans l’engrenage

Les problèmes d’argent de son couple ont commencé il y a quatre ans, quand ils ont fait l’acquisition d’une maison dans laquelle il fallait faire quelques travaux. « On y a investi toutes nos économies. Alors quand des imprévus sont survenus – la chaudière à changer, la voiture à réparer – on s’est retrouvé du jour au lendemain à découvert de 500 euros. On venait de mettre le pied dans l’engrenage. » En plus des mensualités de 1.000 euros pour leur prêt immobilier, le couple, qui gagnait à l’époque 3.500 euros par mois à deux, voit son déficit se creuser de plus en plus.

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Aux dépenses courantes se rajoutent les frais bancaires, qui augmentent encore un peu plus la dette. « C’est un cercle vicieux. On n’a réussi à ne pas être interdits bancaires, mais on commençait tous les mois dans le rouge de 3.000 euros. On a tenu un an, puis la banque nous a conseillé de souscrire un prêt à la consommation. Ça a été pire que tout. On devait 350 euros en plus tous les mois. » Le couple ne s’en est sorti que grâce à la générosité des parents de Marie, qui leur ont prêté 6.000 euros. « On a bien rebondi, mais heureusement que mes parents étaient là. »

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C’est également la générosité de ses proches qui a permis à Thibault de sortir son compte en banque du rouge. Logé gratuitement pendant quelques mois, il peut à nouveau finir les mois avec un compte dans le positif. « Mes économies avaient fondu à cause de déménagements successifs pour mon travail », explique-t-il. Alors quand sa voiture l’a lâché, il a commencé à vivre à découvert. « Plus je grattais sur mon découvert, plus mes frais étaient élevés. J’ai essayé de les négocier avec ma conseillère, mais elle m’a répondu qu’elle ne pouvait rien faire. » Il a par exemple dû payer « 30 euros à [sa] banque pour un chèque de 40 euros refusé. »

Difficile de changer de banque

Quelle que soit la somme que l’on doit, lorsqu’on commence le mois à découvert, les perspectives sont minces. « Je ne sortais plus de chez moi car je ne pouvais même pas m’offrir d’activités », se souvient Thibault, qui précise tout de même s’être toujours dit que « ça allait s’arranger. » Pour Marie, ça a été beaucoup plus compliqué. « Je ne dormais plus, je ne mangeais plus. Je faisais les courses au compte-gouttes. » Lorsque ses parents lui ont permis de se renflouer, elle a décidé de changer de banque pour une autre aux frais moins élevés. « Ils ont été infects jusqu’au bout, refusant de nous laisser partir car notre prêt immobilier nous liait à eux. On a dû remonter jusqu’à la direction régionale. Cela a pris des mois. » Sa nouvelle banque lui rembourse le peu de frais qui lui sont prélevés.

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Emilie, qui s’est déjà retrouvée avec « 500 euros de frais en un mois », rêve du jour où elle pourra « aller voir [son] banquier avec un grand sourire et lui dire : «Maintenant que j’ai fini de rembourser les crédits revolving que vous m’avez fait souscrire, je vous quitte». » Elle est bien décidée, ce jour-là, à ouvrir un Compte-Nickel chez son buraliste. « On paye juste sa carte bancaire 20 euros par mois. Ensuite, sans possibilité de découvert, pas de frais. »

*Le prénom a été modifié