Hommes riches cherchent jolies étudiantes: Le site de rencontres RichMeetBeautiful crée le malaise

SOCIÉTÉ Lancé en France à renforts de camions publicitaires, ce site de rencontres propose de mettre en relation des « riches » avec de « jolies personnes »…

Vincent Vanthighem
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Le site RichMeetBeautiful propose de mettre en contact des hommes riches et des jeunes et jolies femmes.
Le site RichMeetBeautiful propose de mettre en contact des hommes riches et des jeunes et jolies femmes. — O. JUSZCZAK
  • Le site « RichMeetBeautiful » vient de se lancer en France.
  • Il propose de « gagner de l’argent » en « adoucissant la vie des autres ».
  • Des associations dénoncent une forme de prostitution déguisée.

Pour s’inscrire, les « Sugar Daddies » doivent révéler le montant de leur patrimoine et leur revenu annuel. Pour les « Sugar Babies », le « niveau de vie souhaité » suffit. A peine lancé en France, le site de rencontres « RichMeetBeautiful » suscite déjà le malaise. Comme son nom l’indique, il propose ni plus ni moins que de mettre en contact des « riches » avec de « jolies personnes ».

A commencer par les étudiant(e) s. Mercredi, c’est donc aux abords de plusieurs universités parisiennes qu’un camion affichant une publicité pour ce site a été repéré. Avec un slogan simple : « sortez avec Sugar Daddy » pour oublier les échéances du « prêt étudiant ».


Mais rien à voir avec de la prostitution déguisée, si l’on en croit le Norvégien Sigurd Vedal, PDG du site. Contacté par 20 Minutes, il confirme être en pleine campagne de lancement en France et balaie les critiques d’un revers de main. « C’est un malentendu. La prostitution est interdite. Nous sommes un site de rencontres, à ceci près que l’aspect financier est l’un des critères pour trouver l’âme sœur… »

« Adoucir le temps libre » et « gagner de l’argent de poche »

Évidemment, le site n’évoque jamais, noir sur blanc, la possibilité d’une relation sexuelle contre rémunération. Mais tout est sous-entendu. « Une ‘Sugarbaby’est une belle jeune femme qui vaut son pesant d’or, précisent ainsi les conditions générales d’utilisation. Elle cherche à satisfaire son ‘Sugardaddy’en adoucissant son temps libre (…) tout en gagnant de l’argent de poche pour payer ses frais de scolarité ou ses dettes ».

Les dizaines d’annonces en ligne sont toutes aussi volontairement évasives. Comme celle de Jenny, une étudiante de 22 ans, qui indique que ses yeux sont « marron », son allure « très attirante » et qu’elle recherche « un Sugar Daddy qui est prêt à [la] traiter comme une princesse ». Tout en assurant que la rencontre est « négociable » et qu’elle « n’a pas fixé de budget ».

Une première plainte en 2014 classée sans suite

Déléguée pour l’Île-de-France de l’association Le Nid qui prône l’abolition de la prostitution, Lorraine Questiaux n’est pas vraiment surprise par ce nouveau site. « Comme Vivastreet et d’autres sites d’annonces, l’offre est toujours la même : des prostitué(e) s, commente-t-elle. Il n’y a que le nom, l’emballage et le marketing qui change. Dans le but d’attirer de nouveaux clients. »

De fait, RichMeetBeautiful ressemble trait pour trait à « SeekingArrangement » ou « SugarDaddy », d’autres sites qui avaient suscité une polémique similaire en France en 2014. A l’époque, les Equipes d’action contre le proxénétisme (EACP), une association, avaient déposé plainte contre SugarDaddy pour « proxénétisme aggravé »

« Elle a été rapidement classée sans suite, se désole aujourd’hui Auguste Fuguet, juriste chez EACP. On nous a expliqué que l’infraction était insuffisamment caractérisée. » C’est tout le problème de ces sites qui sont devenus maîtres dans l’art de flirter avec la légalité, sans jamais basculer du mauvais côté.


« Tant qu’il n’y aura pas de réelle volonté politique pour les arrêter, ils continueront… », poursuit ainsi Lorraine Questiaux. Elle est peut-être en train de se réveiller : Premier adjoint à la mairie de Paris, Bruno Julliard a rapidement « condamné » sur Twitter, mercredi, la présence du camion publicitaire de RichMeetBeautiful. Les Equipes d’action contre le proxénétisme ont, elles, sollicité un rendez-vous avec Marlène Schiappa, la secrétaire d’État chargée de l’Egalité entre les hommes et les femmes, pour que le gouvernement s’empare du problème. Enfin de son côté, la Fage (Fédération des associations générales étudiantes) « s’indigne, dans un communiqué, de la campagne de publicité actuellement déployée à proximité d’universités parisiennes par la société RichMeetbeautiful ». En conséquence de quoi, le syndicat étudiant a chargé un avocat « de déposer une plainte du chef de proxénétisme entre les mains du procureur de la République de Paris ».