Alpes: Le Mont-Blanc va-t-il enfin se retrouver au patrimoine mondial de l'Unesco?

MONTAGNE Les premières démarches pour un classement du Mont-Blanc au patrimoine mondial de l'Unesco viennent d'être lancées à Chamonix...

Jérémy Laugier

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Le massif du Mont-Blanc, ici photographié depuis le barrage de Roselend dans le Beaufortain.
Le massif du Mont-Blanc, ici photographié depuis le barrage de Roselend dans le Beaufortain. — JEAN-PIERRE CLATOT / AFP
  • Le Mont-Blanc est le seul grand massif européen à ne pas être encore reconnu au patrimoine mondial de l’Unesco.
  • Les élus français, suisses et italiens sont désormais d’accord pour pousser le dossier, qui devrait mettre entre cinq et dix ans à aboutir.
  • « 20 Minutes » pose les trois questions majeures entourant cette candidature.

Il ne s’agissait certes mardi que d’une déclaration d’intention pour lancer les « démarches préalables » en vue d’une candidature. Mais la présence à Chamonix (Haute-Savoie) de représentants des collectivités locales et des gouvernements français, suisses et italiens n’est pas anecdotique. Les trois Etats veulent en effet tous faire inscrire le massif du Mont-Blanc, situé à cheval entre la France, le Valais suisse et la vallée d’Aoste italienne, au patrimoine mondial de l’Unesco. Voici les trois questions majeures qu’implique ce dossier.

Pourquoi cette candidature n’est-elle lancée qu’en 2017 ?

Le sommet de l’Europe (4.808m) est donc le seul massif montagneux majeur du continent à ne pas être classé à l’Unesco. Une anomalie que tentent de rectifier depuis de longs mois une quinzaine de mairies dans chacun des trois pays concernés. On vous laisse imaginer l’épaisseur du dossier à monter pour pareille candidature. Créé dès 1991, l’Espace Mont-Blanc a justement pour but de coordonner de tels projets entre France, Suisse et Italie.

« Il est question du classement au patrimoine mondial de l’Unesco depuis au moins 15 ans, indique François-Régis Bouquin, directeur de cabinet à la mairie de Chamonix. Mais il y a toujours eu une certaine force de résistance d’une des trois parties avant d’arriver aujourd’hui à cette vision commune pour le Mont-Blanc. »

Ce timing a en partie été dicté par les problématiques de plus en plus omniprésentes « du réchauffement climatique et de la gestion des flux ». « L’urgence est déjà ancienne mais il y a là un moyen de rattraper le temps perdu, explique Jean-Christophe Poupet, responsable du programme Alpes au WWF France. Surtout quand on connaît la spirale infernale dans laquelle les montagnes sont engagées. Les Alpes subissent par exemple deux fois plus le réchauffement climatique que le reste de la planète en moyenne. Il faut prendre le problème à bras-le-corps. » La prise de conscience des trois Etats a donc débouché sur cette conférence transfrontalière, mardi en Haute-Savoie.

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Dans combien de temps la candidature peut-elle aboutir ?

La procédure soumise par l’Unesco est évidemment « assez lourde », d’autant qu’elle concerne donc la France, la Suisse et l’Italie. « D’un côté, ça ne l’allège pas mais ça peut par contre accélérer son adoption par rapport à d’autres candidatures plus esseulées, décrypte François-Régis Bouquin. De même, il ne s’agit pas d’un territoire anodin. » L’élaboration d’un cahier des charges est prévue pour le premier semestre 2018. Il faut en général compter près de trois ans pour constituer le dossier de candidature, puis au moins la même durée pour que celui-ci soit récompensé.

« Il ne faut pas rêver, ce serait une très grande réussite d’arriver au bout en cinq ans », poursuit le directeur de cabinet à la mairie de Chamonix. Le classement par l’Unesco prend « entre cinq et dix ans », a d’ailleurs rappelé mardi Catherine Berthet, chargée de mission des politiques transfontalières de Chamonix. La démarche pour le Mont-Blanc touche autant le patrimoine naturel (avec la préservation du massif) que culturel (patrimoine, modes d’habitat…). Quant à savoir si le dossier peut désormais ne pas aboutir, François-Régis Bouquin reconnaît qu' « on n’est jamais à l’abri d’un revirement d’un des trois Etats ».

Concrètement, cette reconnaissance par l’Unesco changera quoi ?

Pour figurer sur la liste du patrimoine mondial, les sites doivent notamment démontrer leur valeur universelle exceptionnelle. Si celle du Mont-Blanc paraît indiscutable, « de nombreuses questions d’ordre environnemental et social vont devoir être traitées en amont et en harmonie entre les trois territoires », comme le rappelle Jean-Christophe Poupet de WWF. Le récent démantèlement de l’ancienne gare d’arrivée du téléphérique des glaciers au col du Midi pourrait dans ce sens être suivi de bien d’autres actions visant la protection de l’environnement.

« A terme, cela permettra aussi de pérenniser et d’améliorer le niveau de services du Mont-Blanc Express, le train de la vallée de Chamonix, pour lequel nous avons dépensé 80 millions d’euros en cinq ans et qui réduit les déplacements en voiture », confie François-Régis Bouquin. « Une belle aventure nous attend afin de donner à l’international une vision innovante de la relation homme-nature », résume Eric Fournier, vice-président français de l’Espace Mont-Blanc et maire de Chamonix. Un vœu pieux qui devra tenir la distance pour arriver au bout de ce défi Unesco.