Nantes: En grève, les agents de la TAN racontent le «stress», les «coups», et les «points de suture»

SOCIAL Une «journée blanche» a été décidée mardi par les agents de la TAN, conducteurs et contrôleurs, dans le but de dénoncer les violences...

Propos recueillis par Julie Urbach

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NANTES, le 03/07/2012 Un controle de billet dans un tram de la TAN
NANTES, le 03/07/2012 Un controle de billet dans un tram de la TAN — FABRICE ELSNER/20 MINUTES
  • Aucun tramway ni bus ne circule ce mardi à Nantes.
  • Une mobilisation menée par les conducteurs et contrôleurs du réseau TAN, dont certains se sont confiés sur les violences qu'ils subissent.

Depuis ce matin, le réseau de transports en commun nantais est totalement à l’arrêt. Une « journée blanche » décidée par des agents de la Semitan qui souhaitent dénoncer des violences survenues samedi. Plusieurs de leurs collègues ont en effet été blessés, en centre-ville, à la station Duchesse-Anne. L’un a reçu des points de suture. Une nouvelle agression qui témoigne d’un niveau d’insécurité qui progresse, selon les différents témoignages que 20 Minutes a recueillis.

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Pauline, 29 ans : « Quatre points de suture à la tête »

« Mi-août, nous étions plusieurs agents de contrôle dans le tramway, sur la ligne 3. On s’apprêtait à verbaliser un contrevenant quand l’un de ses amis s’est énervé. Il a tenté d’arracher mon carnet, puis le groupe nous a foncé dessus pour sortir, à l’arrêt Rond-point de Vannes. Là, en voulant les retenir, je me suis pris un coup en pleine tête. Aux urgences, j’ai eu quatre points de suture et sept semaines d’arrêt. Depuis, je ne fais que revivre l’agression, d’autant que j’avais déjà reçu un coup de poing en février.

En fait, on n’est jamais sereins car ça peut arriver n’importe quand, n’importe où, quand on conduit ou quand on contrôle. Même les gens qui sont en règle s’énervent parfois, par exemple quand on leur demande de voir leur photo. La semaine dernière, on a dû faire appel à la police tous les jours. On se sent complètement lâchés, heureusement qu’on est tous très solidaires entre nous. »

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Pierre, 37 ans : « 56 jours d’arrêt maladie »

« Depuis quatre ans que je travaille à la Semitan, les agressions vont crescendo. J’ai fait le compte, j’ai totalisé 56 jours d’arrêt maladie cette année. Il m’a fallu un mois pour me remettre d’une déchirure musculaire au bras, après qu’un contrôle a dégénéré, à Commerce. J’ai aussi dû me reposer après m’être pris un coup de tête, sur la C6 à Beaujoire. C’était trop…

J’essaye de prendre sur moi mais c’est dur de ne pas péter les plombs quand on se fait insulter ou cracher dessus presque tous les jours. Il faudrait plus de moyens, en police municipale et nationale mais ils ont autre chose à faire. Quand on les appelle, il faut attendre une heure, ce qui laisse le temps à la situation de dégénérer. Je ne comprends pas pourquoi on ne voit plus la BSTC (brigade de sécurité dans les transports en commun). »

Une journée blanche a été décidée mardi par les agents de la TAN, dont Pierre
Une journée blanche a été décidée mardi par les agents de la TAN, dont Pierre - J. Urbach/ 20 Minutes

André, 36 ans : « On laisse de plus en plus faire »

« Même en étant seulement conducteur [certains sont aussi contrôleurs], on est exposé à de la violence. Du coup, on laisse de plus en plus faire : par exemple, on regarde moins les tickets ou les cartes des personnes qui montent car s’il se passe quelque chose, il faut réussir à gérer la situation tout seul. C’est stressant.

J’ai appelé une fois à l’aide quand un homme, violent et muni d’un tesson de bouteille voulait rentrer dans mon bus, le soir à Hôtel-Dieu. Il tapait contre mes vitres, mais au bout du fil on me disait de ne pas démarrer car il fallait respecter l’horaire. Le lendemain, je n’étais pas bien du tout. C’était une période ou j’enchaînais les nuits, j’étais très fatigué. Le médecin m’a dit que c’était un burn-out et m’a donné une semaine d’arrêt. »

Une journée blanche a été décidée mardi par les agents de la TAN, dont Christophe, André, et un de leurs collègues
Une journée blanche a été décidée mardi par les agents de la TAN, dont Christophe, André, et un de leurs collègues - J. Urbach/ 20 Minutes

Christophe, 42 ans: « C’est décidé, je quitte Nantes »

« Après 12 ans à la Semitan, j’ai décidé de quitter Nantes pour une ville plus tranquille. J’ai toujours peur de croiser dans la rue (ou en tant que conducteur) des personnes à qui j’ai mis des amendes. Récemment, je me promenais avec mon épouse et j’ai revu une femme que j’avais verbalisée. Elle était avec son fils, plutôt costaud, et m’a montré du doigt, en lui disant que la prochaine fois, il faudrait me casser la gueule.

C’est très difficile pour la vie de famille. On ne leur dit pas tout mais ils s’inquiètent. J’ai 42 ans et on me dit que j’ai changé dernièrement. Je suis stressé, j’ai tendance à me mettre une carapace. »