«Patron du Raid»: «J’ai toujours eu l’angoisse de perdre un homme en intervention», raconte Jean-Michel Fauvergue

POLICE L'ancien patron du Raid raconte dans un livre les quatre années passées à la tête de cette unité d'élite. Il a répondu aux questions de «20 Minutes»...

Propos recueillis par Thibaut Chevillard

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Jean-Michel Fauvergue dans son bureau, en 2013
Jean-Michel Fauvergue dans son bureau, en 2013 — PFG/SIPA
  • Jean-Michel Fauvergue a dirigé le Raid entre 2013 et 2017.
  • Il raconte dans «Patron du Raid» ses quatre années passées à la tête de la force d’intervention de la police nationale.

Il a passé quatre ans à la tête du Raid, l’unité d’élite de la police nationale. Quatre années où Jean-Michel Fauvergue a conduit ses hommes combattre les terroristes de Daesh dans les rues de Paris, de Saint-Denis ou de  Magnanville. Aujourd’hui retraité de la police nationale, il raconte dans un livre* paru le 18 octobre son histoire à la journaliste Caroline de Juglart, mais aussi celle des membres de cette force d’intervention particulièrement sollicitée depuis 2015. Elu député LREM de la Seine-et-Marne, il a accepté de répondre aux questions de 20 Minutes.

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Pourquoi avez-vous voulu raconter dans un livre vos années passées comme patron du Raid ?

Avec Caroline de Juglart, qui est journaliste à M6, nous avons commencé à travailler sur ce livre un peu avant les attentats du 13 novembre 2015. Il me semblait important que les gens sachent que derrière les policiers qui composent cette unité intervenant dans les moments désespérés et dans des conditions difficiles, il y a des femmes et des hommes, avec des sentiments, des problèmes, des passions…

Je voulais aussi raconter ce qui se passe dans la tête de leur patron, qui en plus d’être un policier est aussi un homme. Mais aussi expliquer comment on a amené le Raid à ce niveau de compétence, comment il est devenu une unité capable de relever de nombreux défis.

Jean-Michel Fauvergue avec Bernard Cazeneuve, alors ministre de l'Intérieur, en 2016
Jean-Michel Fauvergue avec Bernard Cazeneuve, alors ministre de l'Intérieur, en 2016 - WITT/SIPA

Vous avez commandé le Raid entre mai 2014 et mars 2017. Comment avez-vous géré les nombreux attentats qui ont émaillé cette période ?

J’ai effectivement vécu les événements que tout le monde connaît : la prise d’otage de l’Hypercacher, mais aussi l’attaque du Bataclan, l’assaut de Saint-Denis, les attentats de Magnanville, Saint-Etienne-du Rouvray et celui de Nice, en commandant à distance l’antenne du Raid qui était sur place.

Je suis arrivé au Raid après les tueries de Mohammed Merah à Toulouse et Montauban. A l’époque, nous nous doutions, compte tenu de l’actualité internationale, qu’il allait y avoir d’autres affaires du même genre, mais nous ne savions pas quand. Avec Merah, nous avions franchi une nouvelle étape. J’ai donc voulu réformer le Raid afin que les membres de l’unité puissent travailler différemment. Il fallait que nous puissions être à la hauteur des enjeux.

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Il a fallu aussi convaincre les autorités que les policiers et gendarmes qui patrouillent et qui se retrouvent confrontés à une attaque terroriste devaient être capables de riposter immédiatement pour stopper la tuerie. Le Raid a donc formé ces primo-intervenants qui sont désormais équipés de gilet pare-balles et de fusils d’assaut.

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Quel est votre souvenir le plus marquant de cette période trouble ?

Il s’agit sans doute de la prise d’otage de l’Hypercacher. Quatre personnes avaient été tuées avant notre arrivée. Mais il restait 26 otages à l’intérieur que nous devions sauver. C’était une affaire compliquée à mener. Ce jour-là, je commandais le Raid et aussi la BRI, afin d’être plus efficace dans la coordination des deux forces.

Pendant ce temps, les hommes du GIGN intervenaient à Dammartin-en-Goële, où les frères Kouachi s’étaient retranchés dans une imprimerie. Les preneurs d’otages se connaissaient. Il fallait donc intervenir simultanément, être parfaitement coordonnés entre nous. Finalement, nous sommes parvenus à sauver la vie des otages, c’est une fierté.

Comment l’homme qui est derrière l’uniforme a-t-il géré ces événements ?

Cela n’a pas toujours été facile. J’ai vécu quatre années très intenses. Entre décembre 2014, et l’affaire de Joué-lès-Tours, et mon départ en mars 2017, j’ai été constamment sous tension. Je passais douze heures par jour au service. Pendant l’Euro 2016, on dormait là-bas. Alors forcément, la vie familiale est très réduite.

Dès que le téléphone sonne, vous vous demandez sur quelle intervention vous allez partir. En tant que chef du Raid, il faut être présent dans les moments les plus durs, commander les hommes, être sur le terrain avec eux. J’ai toujours eu l’angoisse de perdre l’un d’entre eux en intervention. Cela a été encore plus le cas quand nous avons vu que les terroristes du Bataclan portaient des gilets explosifs.

Les forces d’intervention ont su évoluer et s’adapter à la menace, notamment après les attaques de Bombay et du centre commercial Westgate au Kenya. Que faut-il faire, selon vous, pour améliorer encore leur efficacité ?

Ce que j’explique dans le livre, c’est qu’il est nécessaire d’avoir un commandement commun pour le Raid et le GIGN. Un commandement qui aurait la possibilité d’envoyer des intervenants en faisant fi des problèmes relationnels entre chefs d’unité. Un commandement qui aurait aussi la main sur le budget. Les équipements des membres du Raid et du GIGN sont très onéreux. Peut-être qu’il n’est pas nécessaire de systématiquement les dupliquer. Cela pourrait permettre de réaliser d’importantes économies.

Jean-Michel Fauvergue aux côtés des chefs du GIGN et de la BRI
Jean-Michel Fauvergue aux côtés des chefs du GIGN et de la BRI - Thibault Camus/AP/SIPA

Vous êtes aujourd’hui député LREM de la Seine-et-Marne. Comment êtes-vous arrivé en politique ?

J’avais l’intention de prendre ma retraite quelques mois après avoir quitté le Raid. Pendant l’élection présidentielle, le programme d’Emmanuel Macron m’a interpellé. Je l’ai trouvé très équilibré, bien pensé. J’ai eu la possibilité de le rencontrer et d’échanger avec lui. Puis j’ai intégré son équipe de campagne pour parler, comme d’autres, de sécurité, d’antiterrorisme. Et l’idée de me présenter aux élections législatives dans le département où je vis a cheminé.

Pensez-vous pouvoir, en devenant élu, faire avancer les choses ?

Au sein de la majorité LREM, nous avons des spécialistes de plusieurs domaines, comme le mathématicien Cédric Villani. Il s’agit de gens qui connaissent les sujets dont ils parlent, et qui proposent des solutions qui divergent un peu ce celles proposées par les politiques qui n’ont pas ce vécu. Je pense qu’elles sont intéressantes à étudier.

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Quel regard portez-vous sur votre carrière et sur l’institution policière ?

Je suis devenu commissaire par vocation. J’ai toujours voulu être policier depuis mes 7 ou 8 ans. Au cours de ma carrière, quelles que soient les directions où je suis passé, je n’ai jamais été déçu. J’ai toujours fait un job qui me passionnait. Le Raid, ça a été l’apothéose, c’est l’unité la plus emblématique de la police nationale.

Je garde de toutes ces années un souvenir ému. J’ai croisé de grands professionnels, des gens qui veulent faire avancer les choses. Il faut les écouter, leur donner les moyens de réussir. C’est maintenant mon boulot en tant que député.

*Patron du Raid, de Jean Michel Fauvergue avec Caroline de Juglart (Mareuil éditions, 272 pages, 19 euros).