Oise: Colère et menaces de mort après l’abattage d’un cerf dans un jardin privé lors d'une chasse à courre

CHASSE Une polémique sur l’abattage d’un cerf après une chasse à courre braque les projecteurs sur cette activité méconnue…

Mikael Libert

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Illustration, un grand cerf.

Illustration, un grand cerf. — ANGOT/SIPA

Samedi, à Lacroix-Saint-Ouen, dans l’Oise, un cerf a été abattu dans une propriété privée à l’issue d’une chasse à courre en forêt de Compiègne. Depuis, Alain Drach, le maître d’équipage qui a achevé l’animal, se fait allégrement pourrir sur Internet et sur les réseaux sociaux. Une pétition a même déjà rassemblé 33 000 signatures.

Pour élucider cette affaire, et calmer l’indignation populaire, deux enquêtes ont été ouvertes. L’une par la gendarmerie, l’autre par la société de vénerie.

Menaces de mort

« Après la publication de photos sur Facebook par un anti-chasse bien connu, j’ai reçu plus de 250 menaces de mort », assurait lundi à 20 Minutes Alain Drach, le maître d’équipage de la Futaie des amis, organisatrice de la chasse à courre à l’origine de la polémique. Samedi, en fin d’après midi, il était donc entré dans le jardin d’une propriété à Lacroix-Saint-Ouen pour y achever un cerf. L’animal s’était retrouvé piégé dans la descente de garage après une traque qui avait duré près de cinq heures.

Se posait alors la question de la légalité de son initiative. Pour se justifier, Alain Drach a dégainé son « droit de suite » : « Servir [qui signifie tuer dans le langage des chasseurs à courre] un animal dans ces cas-là n’est pas un acte de chasse. Ce cerf était sous ma responsabilité en cas de problème. » Selon L’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), la gendarmerie, présente sur place, a bel et bien contacté les propriétaires du jardin. L’organisme a aussi confirmé à 20 Minutes qu’un animal épuisé entrait effectivement dans l’application du droit de suite.

Il n’a « pas cherché d’alternative »

Au-delà du débat juridique, qui devrait être réglé par les enquêtes en cours, c’est l’attitude du chasseur qui est pointée du doigt, notamment par la Fondation Brigitte Bardot : « Le chasseur n’a même pas cherché [d’autre option que celle] d’abattre ce cerf », regrette Christophe Marie, porte-parole de la fondation. « Le cerf n’était pas blessé, il suffisait de le laisser se reposer avant qu'il reparte », renchérit Violette du collectif Abolissons la vénerie aujourd’hui (AVA), qui dénonce aussi la violence de la scène.

Le samedi 28 octobre, à Saint-Jean aux Bois, dans l’Oise, AVA organise d’ailleurs un rassemblement « pacifique et familial » contre la chasse à courre. Cette activité, interdite notamment en Belgique, en Allemagne et en Grande-Bretagne, est pratiquée en France par environ 400 équipages. Si Alain Drach la présente comme « le seul mode de chasse qui ne blesse pas », la Fondation Bardot, elle, pointe du doigt « une chasse plaisir folklorique », où « les souffrances et le stress de l’animal durent très longtemps » et qui devrait « être interdite ».

Pas de loi dans les tuyaux

Portée par Barbara Pompili, une proposition de loi visant à interdire la chasse à courre avait d’ailleurs été enregistrée, en 2013, à l’Assemblée nationale par le groupe écologiste. Mais, « faute de temps », le texte n’avait même pas été présenté en séance, a expliqué à 20 Minutes l’ex-députée EELV, désormais députée LREM de la Somme, Barbara Pompili. Quant à remettre ce texte à l’ordre du jour, ce n’est pas dans les tuyaux : « J’ai beaucoup d’autres textes importants à défendre, notamment sur la mobilité. Et je ne présente jamais de projet de loi sous le coup de l’émotion », a-t-elle affirmé.