Ultra gauche: Qui sont ces groupuscules redoutés par les forces de l'ordre?

SECURITE Ces derniers mois, policiers et gendarmes ont été pris pour cibles à plusieurs reprises par des groupes se réclamant de l’ultra-gauche…

Thibaut Chevillard

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La voiture de police en feu, quai de Valmy à Paris (10e), le 18 mai 2016.

La voiture de police en feu, quai de Valmy à Paris (10e), le 18 mai 2016. — Francois Mori/AP/SIPA

  • Lors de son discours devant les forces de l’ordre, Emmanuel Macron a pointé du doigt les groupuscules d’ultra-gauche.
  • Depuis plusieurs mois, ils multiplient les attaques contre les policiers et les gendarmes.

Il n’a pas prononcé leurs noms. Mais ce sont bien des groupuscules de l’ultra-gauche dont parlait Emmanuel Macron, mardi, quand il a évoqué « les menaces dont les forces de l’ordre font l’objet de la part d’une mouvance organisée, structurée et engagée dans une démarche insurrectionnelle ». Cette « nébuleuse », comme ils sont désignés par les forces de l’ordre, a franchi un cap ces dernières semaines, avec les incendies volontaires des garages des gendarmeries de Limoges et de Grenoble.

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Le premier a été revendiqué par la « R.A.G.E », la révolte anarchiste des gendarmes exilés. Il s’agit, selon le communiqué publié sur le site Indymedia, d’ex-gendarmes qui ont agi en « solidarité » avec les sept « antifas » condamnés récemment pour avoir incendié une voiture de police, le 18 mai 2016, quai de Valmy, à Paris. Cinq véhicules de gendarmerie avaient été détruits dans la nuit du 18 au 19 décembre dans l’enceinte de la caserne Jourdans. Deux jours plus tard, c’est une quarantaine d’engins qui étaient détruits par les flammes à Grenoble.

Cette fois, l’attaque a été menée par un groupe affirmant, dans un communiqué également publié sur Indymedia, s’appeler les « Nocturnes ». Là encore, ses membres affirment avoir agi « en solidarité avec les personnes qui passent en procès ces jours-ci ». Le 18 mai 2016, deux policiers en service avaient été pris à partie par des militants d’extrême gauche, leur véhicule incendié et l’un des deux agressés avec une barre de fer. Des peines allant jusqu’à 7 ans de prison ont été prononcées à l’encontre des sept personnes qui comparaissaient devant la justice en septembre dernier.

Ces groupuscules d’ultra-gauche se sont montrés particulièrement virulents au moment des manifestations organisées contre la loi travail, en 2016. Les forces de l’ordre ont payé un lourd tribut : 363 policiers et gendarmes avaient été blessés, a rappelé mardi Emmanuel Macron. Parmi eux, on trouve certains « antifascistes », groupe dont faisait partie Clément Méric, tué lors d’un combat de rue avec des skinheads. Mais aussi « quelques anarchistes, des anarcho-syndicalistes et des autonomes », nous indique Jacques Leclercq, chercheur et auteur de plusieurs ouvrages sur l’ultra-gauche. Ces groupes veulent, dit-il, « abattre le système » depuis une quarantaine d’années.

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« Ils s’attaquent aux banques, aux forces de l’ordre, à tout ce qui peut représenter la mondialisation, l’autorité », explique à 20 Minutes Jérôme Gigou, secrétaire national en charge du renseignement au syndicat Vigi ministère de l’Intérieur. Ce sont souvent « des personnes assez jeunes, ultra-violentes », qui se déploient dans les cortèges sous la forme de « blacks blocs », c’est-à-dire cagoulés et habillés en noir, et qui ont reçu des formations pour apprendre à « résister aux forces de l’ordre », ajoute-t-il. Parfois, ils reçoivent même l’aide de militants venant d’autres pays.

Ces activistes « se retrouvent après avoir répondu aux appels lancés sur les réseaux sociaux puis se dispersent juste après », souligne Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat Vigi, très au fait des questions liées au renseignement. Selon lui, il s’agit « de gens bloqués dans leur idéologie, avec qui il est impossible de débattre ». « Si on n’est pas d’accord avec eux, c’est qu’on est fasciste. Du coup, ils utilisent la violence pour tenter d’imposer leurs idées », poursuit-il. Selon lui, ces militants, qui se mêlent aux manifestants pacifiques en dissimulant du matériel de combat comme des cocktails molotov ou des barres de fer, se montre à travers les années de plus en plus violents.

« Des actions ultra-violentes »

Combien sont-ils en France ? Difficile de le dire précisément. Une source affirme au Parisien qu’ils seraient environ de 2.000. Mais, comme le souligne Alexandre Langlois, si quelques groupes sont « bien identifiés structurellement », il est quasiment impossible de connaître leur nombre d’adhérents. Ces groupes « sont capables de se regrouper très vite pour réaliser des actions ultra-violentes », assure à 20 Minutes une source policière bien informée. Selon elle, une grande partie d’entre eux, qui se drapent dans la clandestinité » agissent « autour de la région lyonnaise » et dans le Sud-Est de la France. « Ce qui est étonnant puisqu’historiquement, l’ultra-gauche est présente plutôt dans l’Ouest. »

La « menace » qu’ils représentent est apparue « à partir de la fin de 2008 », « après les arrestations du dit "groupe de Tarnac", censées clore la vague de sabotages et/ou d’incidents affectant les lignes ferroviaires de la SNCF depuis plusieurs mois », note Isabelle Sommier, professeure de sociologie à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, dans son livre sur Les violences politiques en Europe. Mais, ajoute-t-elle, « sa dangerosité » était retombée « moins d’un semestre plus tard après une période d’emballement judiciaire autant que médiatique ».

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Néanmoins, ces groupuscules représentent bel et bien « un danger que les services de renseignement essaient de canaliser tant bien que mal », assure Jérôme Gigou. Mais les autorités redoutant d’autres attentats commis par Daesh, l’ultra-gauche n’est plus une priorité pour le renseignement territorial et la DGSI, estime une source proche du dossier contactée par 20 Minutes. Il manque aux enquêteurs, dit-elle, « une vision d’ensemble » de ces groupuscules disséminés un peu partout en France.

« Des techniques de guerre »

Alexandre Langlois s’inquiète notamment des activistes partis en Syrie combattre Daesh et Bachar al-Assad, aux côtés des Kurdes, à l’image des membres de la brigade « Henri Krasucki ». « Quand ils reviennent sur le territoire, ils maîtrisent des techniques de guerre », poursuit-il. Pourtant, selon lui, ni la DGSI, ni le renseignement territorial ne les suivent. « Une fois rentrés, on ne sait pas ce qu’ils font, ni où ils se trouvent. » Une chose est sûre : ils sont de plus en plus redoutés.