Police de sécurité du quotidien: A quoi va ressembler la réforme d'Emmanuel Macron?

SECURITE Le président va présenter ce mercredi les grandes lignes de cette réforme lors d’un discours prononcé devant les préfets et les patrons de la police et de la gendarmerie…

Thibaut Chevillard

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(illustration)
(illustration) — J.Urbach/20Minutes
  • Emmanuel Macron va dévoiler ce mercredi les contours de la police de sécurité du quotidien, une promesse de campagne.
  • Objectif de la mesure: adapter le travail des policiers aux réalités du terrain.
  • Les premières expérimentations seront lancées au début de l’année prochaine.

Une police « plus proche du terrain, mieux intégrée dans le tissu social des quartiers, mieux à même d’intervenir avec discernement et de traiter les problèmes de proximité ». Voici comment le candidat Macron présentait, dans son programme présidentiel, sa proposition de créer une «  police de sécurité du quotidien ». Cinq mois après son élection, le président de la République va enfin préciser, ce mercredi après-midi, les grandes lignes de ce projet lors d’un discours devant les représentants des forces de sécurité et les préfets.

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Les policiers ont besoin de « plus de moyens, d’effectifs, de voitures qui fonctionnent, de locaux rénovés »

Pour l’instant, cette réforme reste encore « un peu théorique », reconnaît-on à l’Elysée. Il est question d’établir des diagnostics de sécurité « territoire par territoire », de donner les « moyens nécessaires » pour « traiter les phénomènes » de délinquance qui auront été identifiés, d’adapter l’organisation des services « à la réalité du terrain », et de « placer les citoyens au cœur de l’action » des policiers et des gendarmes. Des consultations de syndicalistes policiers et de chercheurs seront lancées à partir de lundi et une doctrine nationale, qui sera déclinée localement, doit être définie d’ici deux mois.

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Plusieurs maires se sont déjà portés candidats, espérant ainsi obtenir plus d’effectifs pour leur commune. Les « premières expérimentations » commenceront au début de l’année prochaine. Pour Mathieu Zadgrodzki, chercheur au Cesdip, « prendre le temps d’analyser et d’évaluer les besoins et les ressources disponibles avant de mettre en place une politique publique » va dans le bon sens. « Si vous questionnez les agents, ils répondent qu’ils ont besoin de plus de moyens, d’effectifs, de voitures qui fonctionnent, de locaux rénovés. Mais on ne doit pas pour autant faire l’économie d’une réflexion sur la philosophie générale des politiques de sécurité et sur le travail de la police », ajoute-t-il.

« Un rééquilibrage entre l’échelon central et local »

Depuis l’expérience de la police de proximité, entre 1998 et 2003, les gouvernements successifs inventent des dispositifs policiers pour tenter d’endiguer la délinquance et essayer d’améliorer les relations police-population. Aux Uteq (unités territoriales de quartier), créées en 2008, ont succédé les BST, Brigade spécialisée de terrain, en 2010, censé être plus répressives. Puis, en 2012, Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, lança les ZSP (zones de sécurité prioritaires), un vaste plan de bataille pour lutter contre l’insécurité dans certains quartiers ciblés. Mais pour l’instant, aucun ne semble avoir trouvé la solution magique.

Ce nouveau projet est différent des autres car il « pose enfin la question de comment doit fonctionner la police », estime Sébastien Roché, directeur de recherche au CNRS, contacté par 20 Minutes. « Ajuster l’action de la police à la réalité du terrain », ajoute-t-il, est une nécessité, bien trop souvent oubliée. « Les élus locaux vont pouvoir formuler un certain nombre de demandes. Pour le moment, tout part de la place Beauvau. Cette réforme constituerait donc un rééquilibrage entre l’échelon central et local. C’est très important, pour ne pas dire historique », explique-t-il.

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Du côté des policiers, on attend de voir, de peur d’être déçus. Secrétaire générale du Syndicat des commissaires de police, Céline Berthon attend déjà du président de la République qu’il précise mercredi « les objectifs et de la philosophie de cette nouvelle doctrine ». « Est-ce que le but de la PSQ, c’est de consacrer des moyens policiers pour entretenir un contact plus régulier auprès de la population ? S’agit-il de définir une nouvelle méthode afin de recueillir leurs attentes en matière de sécurité ? Ou est-ce qu’il s’agit uniquement d’envoyer les policiers patrouiller à pied ? » s‘interroge-t-elle.

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En outre, une autre mesure voulue par le gouvernement pourrait venir compliquer le travail fourni pour améliorer les relations police-population dans les quartiers populaire. Il s’agit de la contraventionnalisation de l’usage de drogue, explique le sociologue Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS. « Ça ressemble à une bonne mesure, mais ça n’en est pas une », assure-t-il à 20 Minutes. « Si la police se met à verbaliser tous azimuts, cela va être difficile d’avoir un bon contact avec les gens. Au contraire, cela risque de durcir les relations des agents avec les jeunes et notamment ceux des quartiers populaires. »