Le fusil d'assaut HK G36, présenté par Bernard Cazeneuve, le ministre de l'Intérieur, à Paris, le 29 février 2016.
Le fusil d'assaut HK G36, présenté par Bernard Cazeneuve, le ministre de l'Intérieur, à Paris, le 29 février 2016. — CHAMUSSY/SIPA

POLICE

C’est quoi le problème avec les fusils d’assaut des policiers?

Au cours des six premiers mois de l’année, 19 tirs avec ces armes ont été répertoriés par la police des polices. Dont 18 sont accidentels…

  • Sur les 19 coups de feu tirés avec des armes longues lors des six premiers mois de l’année, 18 sont accidentels.
  • Auparavant réservées aux unités d’élite, elles équipent les policiers des BAC depuis les attentats de 2015.
  • Les syndicats estiment que les policiers ne sont pas encore assez formés.

Dans une note, dévoilée par TF1, l’ IGPN s’alarme du nombre « important » de tirs accidentels avec les nouvelles armes longues dont certaines équipent les unités de police primo-intervenantes depuis les attentats de 2015. Au cours des six premiers mois de l’année, 19 tirs avec ces armes ont été répertoriés dont 18 sont accidentels. Pour 2016, « ce chiffre déjà élevé s’établissait à 65 % », relève la police des polices.

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Ces déclarations de tir par imprudence concernent essentiellement l’utilisation de pistolets-mitrailleurs Beretta 12SD et des fusils d’assaut HK G36. Cette arme de fabrication allemande, qui a longtemps été réservée aux forces d’intervention d’élite, équipe depuis février 2016 les policiers des BAC (Brigade anti criminalité). Capable de tirer 750 balles à la minute, elle doit permettre à ces agents de neutraliser des terroristes avant l’intervention des unités spécialisées, comme le Raid, la BRI ou le GIGN.

La cause de ces tirs accidentels s’explique « par un défaut de maîtrise d’armes plus complexes et plus encombrantes », expliquent les bœufs carotte dans leur note. Or, ajoutent-ils, « ces armes, nécessaires sur le plan opérationnel, exigent un niveau de compétence plus important et ne peuvent être remises en dotation qu’à des fonctionnaires, certes formés et habilités mais également entraînés et rompus à leur manipulation ».

Des armes « dont ils ne savent même pas se servir »

« On a donné aux policiers des armes dont ils ne savent même pas se servir », fulmine Me Yves Mahiu, président de la Conférence des bâtonniers, une organisation qui avait dénoncé la loi assouplissant les règles de la légitime défense pour les policiers, votée en février dernier. « Il faut que les pouvoirs publics prennent conscience de la nécessité de mettre en place des formations pour éviter ces tirs accidentels », ajoute cet avocat.

« Concernant les armes longues, nos collègues ne sont pas assez formés aux gestes techniques », confirme à 20 Minutes Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint du syndicat Alliance police nationale. Selon lui, il est nécessaire que les agents soient davantage formés à l’utilisation de fusil d’assaut. « Plus vous l’utilisez, plus vous appréhendez », dit-il.

Pas assez de stands de tirs

Les policiers qui sont amenés à se servir du HK G36 reçoivent une formation initiale de deux jours, abordant les aspects théoriques et pratiques, comme le relate le quotidien régional L’Indépendant. Puis, tous les douze mois, ils sont amenés à retourner au stand de tir pour s’entraîner à manier ce fusil d’assaut. Un rythme insuffisant, comme le soulignent sur Twitter les représentants du syndicat Unsa police dans le Nord.

Au moment de leur déploiement, les syndicats s’inquiétaient du peu de stand de tirs adaptés à ces « armes de guerre », capables de résister à l’impact des balles et disposant d’assez d’espace. « En Ile-de-France, il n’y a que le stand de tir des Batignolles, celui du fort de Montlignon, dans le Val-d’Oise et un stand privé, au Coudray-Montceaux, dans l’ Essonne », indique à 20 Minutes Loïc Lecouplier, secrétaire national adjoint Paris du syndicat Alliance police nationale.

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Les stands de tir de la police sont prévus pour des armes de petit calibre. « Il y en a très peu près de Paris car, auparavant, très peu de policiers utilisaient cette arme. Or, maintenant, il y en a plus en dotation », poursuit Loïc Lecouplier. Afin d’éviter les embouteillages pour former les agents concernés, l’administration s’est donc tournée vers des stands de tir privés. Mais est-ce suffisant ?

« Risque non-négligeable pour des fonctionnaires ou des usagers »

Pour l’instant, la police des polices note que ces 18 tirs d’armes longues « n’ont heureusement pas fait de victime ». Mais, souligne selon elle, il « convient aujourd’hui de prendre en compte un risque non-négligeable pour des fonctionnaires ou des usagers ».