Affaire des écoutes: Pour le Parquet national financier, Nicolas Sarkozy et son avocat avaient des méthodes de «délinquants chevronnés»

JUSTICE Les magistrats du PNF ont réclamé le renvoi de l’ancien président en correctionnelle au terme d’un cinglant réquisitoire consulté par « Le Monde »…

C.P.

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Nicolas Sarkozy le 27 septembre 2017 au Parc des Princes.
Nicolas Sarkozy le 27 septembre 2017 au Parc des Princes. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

On connaissait déjà sa principale conclusion – la demande de renvoi en correctionnelle de Nicolas Sarkozy ainsi que de son avocat Thierry Herzog et de l’ex-magistrat Gilbert Azibert dans l’affaire de corruption et de trafic d’influence dite « des écoutes » -, Le Monde dévoile ce samedi l’argumentaire détaillé du réquisitoire des magistrats du Parquet national financier.

Informations secrètes contre promotion

« Au terme des 79 pages de leur cinglant réquisitoire, dont Le Monde a pris connaissance, les magistrats du PNF concluent sans ambiguïté qu’« il existe des charges suffisantes à l’encontre de Nicolas Sarkozy et de Thierry Herzog d’avoir commis les faits de corruption et de trafic d’influence actifs pour lesquels ils ont été mis en examen » et vont « jusqu’à comparer les méthodes utilisées par les deux hommes à celles de « délinquants chevronnés », rapporte le journal.

Nicolas Sarkozy est soupçonné dans ce dossier d’avoir tenté d’obtenir en 2014, via son avocat Thierry Herzog, des informations secrètes auprès d’un haut magistrat de la Cour de cassation, Gilbert Azibert, dans une procédure où il demandait la restitution de ses agendas saisis dans l’affaire Bettencourt. Une affaire qui s’est soldée pour lui par un non-lieu en 2013.

A l’origine de l’affaire, des écoutes téléphoniques de l’ancien président ordonnées dans une autre enquête, celle sur les accusations de financement libyen de sa campagne de 2007. Dans les conversations avec son avocat, Nicolas Sarkozy semble s’engager à intervenir en faveur du magistrat pour qu’il obtienne un poste de prestige à Monaco. Mais après avoir répété le 25 février qu’il fera cette démarche, il explique le lendemain à Thierry Herzog qu’il a finalement renoncé. Pour les enquêteurs, ce revirement peut s’expliquer par le fait que les deux hommes viennent d’apprendre que leurs téléphones non officiels, dont celui ouvert sous le nom de Paul Bismuth, avaient été placés sur écoute.

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Lignes téléphoniques occultes

Selon le parquet « en dépit des dénégations des intéressés, les éléments à charge sont multiples et concordants ». Parmi les principaux éléments cités par le réquisitoire : l’utilisation part Nicolas Sarkozy et son ami et avocat ThierryHerzog « pendant plusieurs mois » de « téléphones occultes pour passer une partie de leurs communications, celles qui, par nature, devaient échapper à une surveillance judiciaire. Les deux téléphones, achetés en janvier 2014 sous l’identité de Paul Bismuth puis utilisés selon un mode opératoire le plus souvent utilisé par des délinquants chevronnés cherchant à déjouer les surveillances judiciaires, n’étaient pas les premiers ».

Les investigations viennent par ailleurs confirmer une information publiée mercredi par le Canard Enchainé selon laquelle, avant d’activer la ligne « Bismuth », Nicolas Sarkozy et son avocat avaient utilisé une première ligne secrète, ouverte sous l’identité de Gilda Atlan.

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Selon le réquisitoire consulté par Le Monde, ce premier téléphone « clandestin » avait été utilisé essentiellement par Nicolas Sarkozy « pour converser en toute sécurité avec Thierry Herzog, des appels en direction du Qatar, des Etats-Unis et d’autres en France ont été identifiés par les enquêteurs ». En outre, les enquêteurs ont repéré douze appels entre le 28 septembre 2013 et le 28 janvier 2014, avec « un correspondant apparaissant également sur la ligne officielle de Nicolas Sarkozy, un homme prénommé Vincent utilisant une ligne ouverte au nom de la société Bolloré Participation à Puteaux »… » Reste à savoir pourquoi Nicolas Sarkozy, un intime de Vincent Bolloré, conversait avec l’homme d’affaires sur une ligne secrète » note le quotidien.

Vers un renvoi d’ici la fin de l’année

Dans son réquisitoire, le parquet estime totalement constituées les infractions de « corruption » et de « trafic d’influence » reprochées aux trois mis en examen. Les magistrats préconisent toutefois l’abandon des poursuites pour « recel de violation du secret professionnel » les visant, « l’enquête n’ayant pu identifier qui les avait prévenus qu’ils étaient sur écoutes et les avait incités à communiquer sur des téléphones secrets. »écrit Le Monde.

Les avocats ont désormais un mois pour répondre aux réquisitions du parquet. Les deux juges d’instruction Patricia Simon et Claire Thépaut pourraient alors signer l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel d’ici la fin de l’année.