Viols et agressions sexuelles à Hollywood: Quand le «mythe de la virilité» fait aussi des victimes chez les hommes

VIOLENCES Les personnes agressées subissent souvent une « dissociation péritraumatique »…

Nicolas Raffin

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L'acteur Terry Crews
L'acteur Terry Crews — WENN
  • Les femmes représentent l’écrasante majorité des victimes d’agressions sexuelles et de viols.
  • Pour les spécialistes interrogées, les hommes - souvent jeunes - victimes d’agressions sexuelles subissent le même schéma patriarcal.

Alors que les témoignages de femmes accusant le producteur Harvey Weinstein de viols et d’agressions sexuelles se multiplient de jour en jour, la parole se libère aussi chez les hommes. Les acteurs Terry Crews et James Van der Beek, ainsi qu’un scénariste, Brian Scully, ont récemment témoigné sur Twitter des agressions sexuelles qu’ils avaient subies.

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Le sujet est délicat, à la fois parce qu’il s’agit d’une atteinte à l’intégrité physique et psychique d’une personne, mais aussi parce que la plupart des victimes de viols et d’agressions sexuelles sont des femmes. Sur Twitter, certains craignent donc que ces témoignages masculins viennent occulter les violences faites aux femmes :

« La violence sexuelle repose sur la domination »

« On n’est pas dans un concours de souffrance, estime Laure Salmona, spécialiste des violences sexuelles et membre de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie. Dans l’immense majorité des cas, les hommes victimes d’agressions sexuelles sont des enfants ou des adolescents. Dans 8 cas sur 10, la première agression a lieu lorsque la personne qui subit les violences - homme ou femme - est mineure ».

Laure Salmona rappelle par ailleurs que les victimes, quel que soit leur genre ou leur sexe, subissent le même schéma. « La violence sexuelle repose sur la domination, explique-t-elle. L’agresseur va sidérer sa victime, qui sera alors incapable de se défendre. Lorsque vous êtes agressé, le cerveau agit comme un disjoncteur : il va « s’éteindre » pour limiter le stress. Les personnes sont tétanisées, c’est ce qu’on appelle la dissociation péritraumatique ».

« C’est aux hommes de s’organiser »

Derrière cette violence, Céline Piques, porte-parole d'« Osez le féminisme », identifie « une idéologie centrale, celle du patriarcat, qui affirme que l’homme est tout-puissant ». Un système qui rend la parole des victimes difficilement audible. « Chez les hommes, le poids de la virilité fait que celui qui témoigne va tout de suite être considéré comme faible » note Laure Salmona.

La spécialiste estime qu’il est possible de parler de toutes les violences sexuelles, sans en mettre une de côté. « C’est aux hommes de s’organiser, d’aménager des espaces de parole pour qu’ils puissent témoigner » appuie-t-elle.