Pourquoi l'usage des armes à feu par les policiers a-t-il augmenté?

SECURITE Les déclarations d’usage de l’arme individuelle ont augmenté de près de 40 % par rapport à 2016 depuis le début de l’année…

Thibaut Chevillard

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Illustration d'un intervention de la police ici à République, à Rennes.
Illustration d'un intervention de la police ici à République, à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • La police des polices souligne une augmentation de l’usage des armes à feu par les agents depuis le début de l’année.
  • Les syndicats estiment qu’elle révèle la persistance des violences à l’encontre des policiers qui utilisent leur arme pour se défendre.
  • Pour la Conférence des bâtonniers, elle est surtout une conséquence de la loi votée par le Parlement en février dernier.

Les policiers hésitent de moins en moins à dégainer leur arme. Selon une note de l’IGPN, révélée par TF1, au cours des six premiers mois de l’année, les déclarations d’usage de l’arme individuelle ont augmenté de 39,48 % par rapport à 2016, en passant de 116 à 192. Une hausse « significative », estiment les boeufs carottes, soulignant que cette augmentation avait déjà commencé fin 2016.

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Pour Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint du syndicat Alliance police nationale, cette augmentation est révélatrice des violences que subissent les agents. En effet, elle concerne particulièrement les tirs d’intimidation ou de sommation, qui enregistrent une hausse de 89,47 %, passant de deux à 19 tirs. « Dans la majorité des cas, ces tirs sont effectués alors que les policiers sont encerclés, et pris à partie par des groupes d’individus menaçants, armés et de plus en plus souvent cagoulés », soutient l’IGPN.

« Les agents profitent des largesses qui leur ont été accordées »

La police des polices ajoute que « dans la plupart de ces situations, la légitime défense autoriserait les policiers à retourner leur arme en direction de leurs agresseurs. Ces tirs sont donc justifiés et justifiables et n’ont pas en l’état à être "découragés" ». « Les policiers ne font plus peur, ils ne sont plus respectés », explique Frédéric Lagache.

Une justification qui ne convint pas Me Yves Mahiu, président de la Conférence des bâtonniers. « Il faut bien donner une explication », souffle-t-il à 20 Minutes. Selon lui, cette augmentation est une des conséquences de la loi assouplissant les règles de la légitime défense pour les policiers, votée en février dernier. « A partir du moment où vous avez libéré les policiers de toutes contraintes, c’est tout à fait naturel qu’il y ait une hausse de l’usage des armes. Les agents profitent des largesses qui leur ont été accordées. »

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Ce texte avait été réclamé par les policiers après les graves incidents de Viry-Châtillon. Il définit un cadre commun de l’usage des armes à feu par la police et la gendarmerie, alignant la première sur la seconde. Les policiers peuvent désormais « utiliser leur arme après sommations » pour arrêter par exemple une personne récalcitrante dont ils ont la garde ou un chauffard fonçant sur eux. A l’époque, plusieurs organisations, à l’instar de la Conférence des bâtonniers, du Syndicat de la magistrature ou de la LDH, avaient critiqué ce texte, le jugeant dangereux.

Mais les policiers ne sont pas pour autant devenus « des cow-boys avec un permis de tuer », assure Frédéric Lagache. « Ils savent maîtriser leur arme, les situations. Alors que dans bien des cas, le texte les autorise à neutraliser un individu, ils évitent de le faire. » Mais il explique que, même s'il n'est pas parfait, il a « rassuré » les agents qui avaient jusqu' alors « peur de perdre leur boulot » s’ils utilisaient leur arme en service lorsque cela était nécessaire.

Une meilleure formation

Il reconnaît qu’il serait utile de donner aux agents une meilleure formation « dans le cadre de l’évolution de l’utilisation de nos armes ». Pour l’instant, les policiers se forment… sur leur ordinateur, en répondant à des questions sur les cas où ils peuvent l’utiliser. « Il faut davantage d’interactivité », dit-il. Un constat que partage Denis Jacob, du syndicat Alternative Police CFDT. « Les policiers n’ont que trois séances d’entraînement par an et ils ne tirent que trente cartouches. Ce n’est pas assez », indique-t-il, soulignant qu’il faut encore davantage les « sensibiliser à l’usage des armes suite à l’assouplissement des textes de loi ».