Attaque de policiers à Viry-Châtillon: Un an après, les agents toujours en colère

POLICE Un an après l’attaque des deux voitures de polices à Viry-Châtillon, de nombreux policiers ont l’impression que leurs conditions de travail n’ont pas été améliorées…

Thibaut Chevillard

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Les policiers s'étaient rassemblés à Viry-Châtillon, le 8 novembre 2016, pour protester contre l'agression de deux policiers qui a eu lieu le 8 octobre 2016.
Les policiers s'étaient rassemblés à Viry-Châtillon, le 8 novembre 2016, pour protester contre l'agression de deux policiers qui a eu lieu le 8 octobre 2016. — MIGUEL MEDINA / AFP
  • Le 8 octobre 2016, deux voitures de police étaient attaquées par un groupe d’individus cagoulés et munis de cocktails Molotov à Viry-Châtillon.
  • Ces attaques avaient déclenché un mouvement inédit de grogne des policiers.
  • Un an après, malgré les mesures prises par le gouvernement, certains agents ont le sentiment que rien n’a changé.

L’attaque avait déclenché une fronde inédite et spontanée de policiers. Le 8 octobre 2016, deux véhicules de police stationnés à Viry-Châtillon avaient été pris d’assaut en pleine journée par un groupe d’individus cagoulés et munis de cocktails Molotov. Deux policiers avaient été grièvement brûlés, deux autres plus légèrement. Les quatre mois suivants, les agents ont multiplié les manifestations, organisées grâce aux réseaux sociaux et sans l’aide des syndicats.

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Ils dénonçaient notamment le « laxisme » de la justice, une légitime défense mal adaptée ou des matériels obsolètes. Pour calmer cette grogne, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve, avait dans les semaines suivantes débloqué 250 millions d’euros pour les forces de l’ordre et fait voter une nouvelle loi assouplissant les règles de la légitime défense. Un an après, « il n’y a pas grand-chose qui a changé », affirme à 20 Minutes, Stéphane Lantz, secrétaire national de l’association  Mobilisation des policiers en colère.

« Les locaux n’ont jamais été la priorité »

Les autorités « avaient effectivement promis beaucoup de choses ». Pourtant, il estime que la police manque toujours autant de moyens « humains et matériels ». « Dans certains petits commissariats, où il y avait un manque flagrant de matériel, ils ont distribué quelques gilets pare-balles, quelques véhicules. Mais ça s’arrête là », ajoute-t-il, précisant qu’il s’agissait davantage selon lui d’une opération « communication » de la part du gouvernement.

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Plusieurs centaines de policiers ont ainsi récemment manifesté dans plusieurs villes de France pour dénoncer une nouvelle fois leurs conditions de travail. L’UPNI (Union des policiers nationaux indépendants) a également présenté ce jour-là un album compilant des photos des pires commissariats de France. « Ce n’est pas en une année que l’on va améliorer les choses de façon significative », estime Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au Cesdip. « Les budgets ont servi soit à recruter, soit à acheter du matériel et des voitures. Mais les locaux n’ont jamais été la priorité », explique-t-il. Selon lui, il est nécessaire de mettre en place « un plan de rénovation sur plusieurs années ».

Réaliser un audit de la police nationale

En septembre dernier, Gérard Collomb a annoncé une augmentation du budget alloué à la police de 1,9 % et promis une enveloppe de 45 millions d’euros dédiée à la rénovation et à l’entretien des commissariats. « On ne réglera pas le problème des conditions de travail des policiers de travail des policiers avec 250 millions d’euros ou avec le budget 2018 de la police nationale », estime Denis Jacob, du syndicat Alternative police CFDT. Il affirme qu’il est nécessaire de réaliser un audit de l’institution, de lister « ce qui marche et ce qui ne marche pas ». Puis, de mettre en place un « plan pluriannuel » pour redonner aux agents les moyens de réaliser leurs missions.

Par ailleurs, beaucoup de policiers « ont le sentiment qu’ils arrêtent un certain nombre de gens, qu’ils sont totalement engagés et que derrière les choses ne suivent pas », a expliqué dimanche soir Gérard Collomb, lors d’un déplacement dans l’Essonne.

Traduction : les policiers ont l’impression que les délinquants qu’ils arrêtent sont relâchés rapidement par les magistrats. « C’est un discours que l’on retrouve dans toutes les polices du monde, à toutes les époques », explique Mathieu Zagrodzki, ajoutant cela fait partie de la « culture professionnelle » des policiers de penser que « la justice n’est pas suffisamment sévère ».

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Soucieux de calmer ses troupes, le ministre de l’Intérieur a indiqué qu’il fallait « réformer la procédure pénale » et qu’il allait s’atteler rapidement à cette tâche avec la garde des Sceaux. « Cela va être un chantier assez épineux », estime le chercheur au Cesdip. « Ils vont se heurter au corporatisme respectif de la magistrature et de la police, et à des logiques professionnelles qui se défendent totalement. » Deux visions de la procédure pénale qui vont s’affronter lors des discussions.

Une « avancée notable »

En revanche, la réforme de la légitime défense, adoptée par le Parlement en février dernier, constitue une « avancée notable », a déclaré dimanche Maggy Biskupski, présidente de l’association Mobilisation des policiers en colère. Cette mesure « répondait exactement à leur demande », souligne Mathieu Zagrodzki. Stéphane Lantz reconnaît qu’elle « a changé le quotidien des policiers ». « Aujourd’hui, nous avons moins peur d’utiliser notre arme quand il le faut. »