Manque de moyens, lassitude... Plus d'un soldat sur trois ne veut pas se réengager dans l'armée, selon un rapport

ARMEE Seuls 65 % des militaires du rang rempilent dans l’armée de Terre et 58 % dans l’armée de l’Air après un premier contrat…

H. B. avec AFP

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Paris, le 16 février 2017. Un soldat de l'opération Sentinelle patrouille à proximité de la station Châtelet-les-Halles.
Paris, le 16 février 2017. Un soldat de l'opération Sentinelle patrouille à proximité de la station Châtelet-les-Halles. — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Crise de la vocation dans l’armée française ? Un rapport du Haut comité d’évaluation de la condition militaire (HCECM) montre que l’armée peine à garder ses soldats en raison des conditions de vie au sein de l’institution et de la concurrence du privé. « La fidélisation constitue un défi de première importance » à l’heure où l’armée, mobilisée sur tous les fronts, a d’importants besoins en ressources humaines, relève ce 11e rapport thématique du Haut comité intitulé « La fonction militaire dans la société française ».

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« Difficulté à concilier vie militaire et vie personnelle, manque de moyens, crainte d’une perte de compétences techniques et tactiques, lassitude face aux difficultés rencontrées en matière de soutien et d’environnement (infrastructure et hébergement) » : voilà autant de « facteurs négatifs » qui « pèsent sur le moral » des militaires et leur envie de rester dans l’institution, détaille le HCECM. Seuls 65 % des militaires du rang rempilent ainsi dans l’armée de Terre et 58 % dans l’armée de l’Air après un premier contrat (d’une durée de trois à cinq ans en général). 

Manque d’entraînement

Premier sujet de préoccupation majeur, les militaires s’estiment insuffisamment entraînés faute d’équipements disponibles en métropole du fait des multiples engagements en opérations extérieures (Opex). Le Haut Comité indique avoir rencontré des équipages de blindés qui « n’avaient ni tiré, ni manœuvré avec leur matériel de dotation depuis près de deux ans ». Selon l’état-major, 20 % des pilotes de l’Aviation légère de l’armée de Terre ne sont pas aptes à une « mission de guerre » faute d’heures de vol.

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Or l’entraînement est fondamental dans la préparation des soldats. Il est perçu comme une assurance-vie avant l’engagement sur le terrain. « Les militaires ont le sentiment de ne pas avoir les moyens suffisants pour s’entraîner et redoutent une baisse de leurs capacités opérationnelles », met en garde le rapport.

Dégradation des infrastructures 

La dégradation des infrastructures immobilières et conditions d’hébergement constitue un autre point noir. Selon l’état-major, près de 80 centres de restauration sur 350 devront ainsi fermer pour non-conformité s’ils ne sont pas rapidement modernisés. « Les militaires souffrent de ces « délabrements » qui pèsent sur leur vie quotidienne, au quartier comme à l’entraînement », écrit le HCECM.

Lassitude du métier

La concurrence du secteur privé est en outre « forte pour des spécialités de haute technicité » comme la maintenance aéronautique, les systèmes d’information, la cybersécurité ou la chirurgie en médecine militaire, constate encore le rapport. Il offre généralement des salaires et conditions de vie beaucoup plus attractifs.

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Le HCECM suggère par ailleurs de créer plus de passerelles entre armée et fonction publique « dont les missions et les responsabilités gagneraient à être en partie exercées par d’anciens militaires ». De la même manière, les futurs cadres et dirigeants de l’État gagneraient, selon lui, à mieux connaître l’institution militaire en ayant une « obligation militaire d’une durée significative », avec expérience dans une unité, durant leur scolarité, notamment à l’École nationale d’administration (ENA).