Procès d'Abdelkader Merah: «Jusqu'au bout, j'ai donné sa chance à Mohamed Merah» témoigne l'ancien patron du Raid

JUSTICE À l’occasion de cette 5e journée d’audience au procès des complices présumés de Mohamed Merah, l’ancien patron du Raid est longuement revenu sur les dernières heures du «tueur au scooter»…

Helene Sergent

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Amaury de Hauteclocque, ancien patron du Raid, a témoigné vendredi 6 octobre devant la cour d'assises spéciale de Paris dans le cadre du procès Merah.
Amaury de Hauteclocque, ancien patron du Raid, a témoigné vendredi 6 octobre devant la cour d'assises spéciale de Paris dans le cadre du procès Merah. — JACQUES DEMARTHON / AFP
  • Amaury de Hauteclocque était à la tête de l’unité d’intervention de la police, le Raid, lors de l’assaut mené à Toulouse contre Mohamed Merah.
  • Abdelkader Merah et Fettah Malki comparaissent aux assises spéciales de Paris depuis lundi 2 octobre.
  • Son frère est poursuivi pour «complicité d’assassinats» et son coaccusé pour avoir fourni les armes et les munitions utilisées pendant les tueries de Toulouse et Montauban.

« Jusqu’au bout du bout du bout, j’ai donné sa chance à Mohamed Merah ». Ce vendredi, l’ancien patron de l’unité d’élite du Raid, a livré le récit des trente-deux heures d’intervention menée par ses équipes au domicile du « tueur au scooter » le 21 mars 2012.

Amaury de Hauteclocque, épaules carrées, costume sombre et cheveux poivre et sel, a tenté d’apporter aux familles des victimes et à la Cour d’assises spéciale de Paris les réponses aux interrogations suscitées depuis cinq ans par ce siège d’une rare violence.

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Suivie en direct et à distance par des milliers de téléspectateurs, l’intervention du Raid aboutira à la mort de l’auteur des tueries de Toulouse et Montauban, Mohamed Merah. Face au tribunal, son frère Abdelkader et son ami Fettah Malki comparaissent pour « complicité d’assassinats » et « recel d’armes, de munition et de gilet pare-balles ». Ils encourent respectivement la peine de prison à perpétuité et 20 ans de réclusion.

« À 3h15, j’ai déjà un blessé »

Le 19 mars 2012, Mohamed Merah a déjà fait sept victimes - trois militaires, un enseignant et trois enfants d’une école juive - quand Amaury de Hauteclocque décide de mettre son « unité en alerte ». « Dès le mercredi 21, je me mets en action avec l’ensemble de mes équipiers et nous nous présentons à proximité du domicile de Mohamed Merah (…) Nous progressons de façon silencieuse dès 3h du matin », raconte d’une voix posée le policier. Pensant le suspect endormi, les forces de l’ordre tentent d’ouvrir la porte de son appartement à l’aide d’un dispositif par vérin hydraulique. « À ce moment-là, sa main passe à travers la porte entrebâillée et nous tire dessus à plusieurs reprises (…) il est 3h15, j’ai déjà un blessé que je ne peux pas évacuer », détaille le témoin.

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Immédiatement, Merah revendique les tueries de Toulouse et Montauban : « Entre 3h et 6h du matin, on a avec lui un dialogue peu construit constitué de nombreuses invectives. Il était dans une logique d’affrontement, de confrontation et nous disait 'Je vous attends !' ». Or les consignes sont claires : le Raid doit interpeller le tueur vivant. « Mon obsession permanente, c’est moins ce qu’il me raconte (…) que d’essayer d’aboutir à sa reddition », ajoute Amaury de Hauteclocque. Un négociateur de la DCRI tente de prendre le relais. Un temps, Merah laisse entendre qu’il va se rendre. En vain.

L’impasse

« À 22h45, il indique qu’il ne souhaite plus nous parler, coupe le talkie-walkie que nous lui avions donné. Je refais un point avec les autorités judiciaires mais on comprend que nous sommes dans une impasse », concède l’ex-patron du Raid. Toute la nuit, les policiers lanceront des grenades de diversion dans l’appartement du Toulousain pour l’empêcher de dormir, tenter de le fatiguer. « J’ai tout étudié pour voir si on pouvait percer le plafond, percer les murs, percer le sol », ajoute de Hauteclocque. À 11h30, une brèche est réalisée dans la paroi des toilettes de l’appartement. Merah réplique, tire sur les policiers positionnés sur le balcon et en blessera deux. Un déferlement de violence stoppé net par le tir d’une sniper qui mettra fin au siège.

Cinq ans après les avocats des parties civiles ont tenté d’éclaircir les conditions de l’opération : « Existe-t-il dans votre arsenal, ces fameuses grenades paralysantes qui auraient pu être projetées pour neutraliser l’individu ? », demande une avocate. « Je vais vous décevoir, mais ça n’existe pas », répond le témoin. Le policier a-t-il reçu des « pressions » du milieu politique, enchaîne un conseil. Réponse : « Évidemment non. La seule instruction étant, dans la mesure du possible, de le capturer vivant ».

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Pourquoi être intervenu précisément ce soir du 21 mars à 3 heures du matin alors que Merah est sorti quelques heures avant de son appartement pour poster sa revendication à la chaîne Al Jazeera ? « Croyez-moi, si j’avais eu cette information, je n’aurais pas choisi cette heure pour intervenir », reconnaît le policier. Puis l’objet du procès refait surface : « Concernant Abdelkader Merah, avez-vous eu le sentiment qu’il était dans la protection de sa famille pendant les négociations », demande un avocat. « Non, je ne pourrais pas dire ça, il a demandé s’il pouvait appeler sa mère, mais il est toujours resté extrêmement évasif concernant ses proches », insiste le témoin.

Longtemps décriée, cette opération de police a « complètement modifié la procédure » d’intervention du Raid soutient aujourd’hui son ancien patron avant de conclure : « J’y ai passé plus de trente heures, je ne regrette rien ». Le procès doit se poursuivre jusqu’au 3 novembre.