Procès de «Mamie djihad»: «J’aime mon fils, il a fait des choses dont je suis fière, d’autres non»

JUSTICE Christine Rivière, 51 ans, comparaissait devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour «association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme»...

Helene Sergent

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Vue du tribunal correctionnel de Paris prise le 23 février 2015.
Vue du tribunal correctionnel de Paris prise le 23 février 2015. — AFP PHOTO JOEL SAGET
  • Originaire de Troyes, Christine Rivière, 51 ans, a rejoint à trois reprises son fils cadet en Syrie, devenu combattant pour l'organisation de l'état islamique.
  • Elle est suspectée d'avoir apporté un soutien financier et matériel à son fils, depuis interpellé en Turquie. 
  • Poursuivie pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme », elle encourt jusqu'à dix ans de prison.

« Je voulais partir en Inde, voyager… » De l’Asie, Christine Rivière, 51 ans, n’aura finalement rien vu. Jugée devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, cette mère de deux enfants, est poursuivie pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme ».

Interpellée en France le 2 juillet 2014 lors d’un de ses passages en France, elle s’apprêtait à repartir - « pour longtemps » - en Syrie.

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Convertie à l’islam en 2011 peu de temps après son fils cadet, Tyler Vilus, elle le rejoint à trois reprises entre 2013 et 2014 en Syrie. Parti combattre aux côtés des djihadistes de ce qui deviendra l’organisation de l'état islamique, son fils radicalisé grimpe rapidement les échelons de l’organisation terroriste et devient émir d’un petit groupe de francophones. Il sera lui aussi arrêté au début de l’été 2015 en Turquie et extradé vers la France.

« C’est la guerre »

En garde à vue et devant le juge d’instruction, la quinquagénaire ne cache ni son adhésion au Califat, ni le soutien financier et matériel apporté à son fils. « En 2015, vous expliquiez être opposée à la mort de civils mais vous précisiez que les attentats, c’était du combat. Quand des prisonniers de l’EI sont tués, qu’est ce que c’est ? », interroge la présidente Isabelle Prévost-Desprez. « Bah, c’est la guerre (…) mais je suis pas pour la guerre. » Lunettes remontées sur son chignon, la prévenue originaire de Troyes (Aube) peine à expliquer le processus qui l’a amenée à prêter allégeance au groupe terroriste et banalise la violence omniprésente.

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Les enquêteurs retrouveront plusieurs photos d’elle, armes à la main, en position de tir : « Là-bas y’a des armes partout, elles sont là, on prend des photos, parce que c’est la guerre (…) c’était pour montrer à mon fils resté en France l’environnement dans lequel on était. » Idem, pour les vidéos et photos de décapitations et crucifixions postées sur son profil Facebook : « C’était pour montrer la réalité de ce qu’il se passait là-bas (…) pour dire la vérité à ceux qui veulent venir. » Adepte de la Charia - sans être pour autant capable de la définir - elle nie toute tentative d’embrigadement à l’égard de jeunes femmes rencontrées en Tunisie où elle a vécu avec son fils avant de s’envoler pour la Syrie.

« Je rendais service »

Venue « pour voir et être » avec son fils avec qui elle entretient une relation quasi fusionnelle, Christine Rivière ne se contente pas sur place d’un simple soutien moral. A chaque retour en France, elle emporte avec elle des courriers rédigés par la femme de son fils, envoie des sommes d’argent, revient avec des vêtements. Des délits qu’elle minimise et qualifie de « services rendus (…) pour améliorer le quotidien » des proches de son cadet. « J’aime mon fils, il a fait des choses dont je suis fière, d’autres non », ajoute-elle.

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A l’audience, son autre garçon aujourd’hui âgé de 35 ans et seul à ne pas s’être converti à l’islam, n’a pu cacher son désarroi face au délitement de sa famille : « J’ai tout fait pour les garder auprès de moi, mais je n'y pouvais rien. Ma mère a préféré suivre Tyler dans son délire. Vous savez, ils jouent avec la faiblesse des gens, je me rends bien compte quand je leur parle qu’ils ont plus le même discernement (…) mais ça n’est pas une terroriste, elle a fait ce qui semblait le mieux pour son fils. » Christine Rivière encourt aujourd’hui dix ans de prison, son procès doit s’achever ce vendredi.